Entretien avec Carole Delga à propos du festival du film de Carcassonne 2019

Le Festival International du Film Politique de Carcassonne a présenté sa seconde édition du 10 au 14 décembre 2019. La Région Occitanie est depuis l'origine du festival son premier partenaire financier. Quand le politique se mêle de politique culturelle dans un festival de cinéma… quelques éléments de réponse de la part de la présidente de région Carole Delga.

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Cédric Lépine : Pouvez-vous rappeler en quelques mots vos responsabilités en tant que présidente de la région Occitanie autour de la politique culturelle ?

Carole Delga : Au sens de la loi et de la répartition des compétences entre l’État et les collectivités et entre les collectivités entre elles, la loi NoTRE, la culture est une compétence partagée. C’est donc une politique publique où l’ensemble des collectivités interagit pour soutenir le fait culturel. C’est ma responsabilité légale dirons-nous.

Ma responsabilité politique est bien plus grande. La culture est un formidable outil pour éveiller les consciences. Le soutien de la Région Occitanie à la création, la diffusion auprès de tous les publics en veillant à un aménagement équilibré des territoires est un des plus importants de France. Le budget de la culture en Occitanie représente plus de 3% du budget régional, en augmentation de 17,5% depuis 2016, avec plus de 80 millions d’euros nous accompagnons les collectivités pour la rénovation du patrimoine, les compagnies à travers l’aide à la création, les lieux de diffusion comme les scènes nationales ou encore les théâtres.

 

C. L. : Qu’est-ce qui a décidé la Région à apporter son soutien au festival international du film politique de Carcassonne ? Qu’est-ce qui vous a plu dans le projet qui vous a été proposé à l’origine ?

C. D. : L’idée de créer un nouveau festival de cinéma sur le film politique était originale quand elle nous a été présentée. Originale par sa singularité, il n’en existe pas de cette nature en France. Originale par sa thématique car la politique est partout et la programmation de l’équipe du festival le prouve : Woman de Yann Arthus Bertrand qui présente des portraits de femmes du monde entier, When the moon was full, film iranien de Nabes Abyar sur le terrorisme au sud de l’Iran ou encore K contraire réalisée par la française Sarah Marx qui évoque la réinsertion sociale. Originale, parce que Carcassonne est une ville moyenne de notre Région au centre de ses axes de communication. Y implanter un festival de cinéma était un pari audacieux.

Originale, enfin, dans le concept rare au monde de dialogue et de rencontre entre les professionnels du 7e art et le public.

 

C. L. : Quels sont les soutiens concrets de la Région Occitanie apportés à la création, à l’organisation et au développement du festival international du film politique de Carcassonne ?

C. D. : La Région est le premier partenaire financier du FIFP avec une synergie locale où l’ensemble des collectivités porte conjointement cette manifestation sur le territoire, c’était important pour la Région.

 

C. L. : Comment équilibrez-vous les différents soutiens apportés aux divers festivals de cinéma existant en Occitanie ?

C. D. : La vision de la Région n’est pas comptable. Nous accompagnons des projets qui ont du sens au regard de leur portée culturelle, de leur message et comme je le disais en veillant aussi à un accompagnement équilibré pour tous les territoires. Le budget de la Région sur l’audiovisuel et le soutien aux manifestations audiovisuelles approche les 6 millions d’euros.

 

C. L. : Quelle est votre vision du développement touristique en Occitanie et pensez-vous que l’industrie du cinéma, à travers notamment des tournages tournés en région, puisse avoir un impact dans la promotion de sa géographie ?

C. D. : C’est une évidence. D’abord ce qu’il est important de souligner c’est le développement économique que génère l’industrie du cinéma en Région. Quand l’Occitanie apporte 1€ de soutien à une œuvre c’est en moyenne 11€ qui sont investis sur le territoire, des emplois pour les techniciens, les comédiens, des dépenses dans les hôtels, les restaurants, les commerces ou auprès des entreprises, souvent artisanales.

Ensuite, en effet, toutes les œuvres tournées en Occitanie mettent en valeur notre territoire, nos montagnes, notre littoral, nos causses, nos villes et j’en oublie. Ces paysages sont notre richesse et ce n’est pas pour rien que notre Région est une des premières destinations touristiques.

 

C. L. : En quoi selon vous la diffusion dans les salles de cinéma permet-il au public de construire une réflexion sur la citoyenneté et le vivre ensemble dans des perspectives nationales et internationales ?

C. D. : Vaste question qui fait écho au sens de mon engagement. Quel que soit le message porté par une œuvre cinématographique, ce qui est essentiel c’est de provoquer l’émotion, de susciter la réflexion, d’amener à s’interroger. L’important dans un film que ce soit une fiction, un film animé ou un documentaire, c’est d’amener à regarder le monde tel qu’il est et tel qu’il pourrait être. Quand on va voir un film, c’est d’abord un choix et un intérêt, ensuite on se projette ou on se questionne si le film touche juste. Et c’est cette justesse du regard qui peut faire grandir ou évoluer chacun d’entre nous.

 

 

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