Un hold up en désespoir de cause dans l'Italie d'après-guerre

Quatre hommes s'emparent de l'argent de la caisse lors d'un match de football. Ils se séparent pour mieux échapper aux poursuites dans la banlieue délabrée de Rome dont ils sont issus.

"Traqué dans la ville" de Pietro Germi © Tamasa "Traqué dans la ville" de Pietro Germi © Tamasa

À propos du DVD : Traqué dans la ville de Pietro Germi

Encore une heureuse (re)découverte exhumée par Tamasa qui offre tous les jalons nécessaires pour revisiter l'histoire du cinéma, notamment italien. Traqué dans la ville de Pietro Germi est ainsi une œuvre essentielle dans cette histoire puisqu'elle fait le lien entre le néoréalisme italien et le polar américain, sans que ni l'un ni l'autre ne souffre de cette union ni perde le moindre de ses effets. Au centre du film, plus qu'un souci pour une illustration de genres cinématographiques, ce qui importe Pietro Germi c'est la destinée de ses personnages témoins de la société d'après-guerre. Le film commence avec un hold up et se poursuit en suivant successivement la destinée des quatre personnages qui y ont participé. Ce n'était pas de gaieté de cœur que les quatre complices se sont résolus à passer à l'acte ; une fois réalisé, la culpabilité, l'incessante possibilité de trouver leur place dans la société, reste implacable, bien plus lourde encore qu'auparavant. On pourrait imaginer à la lecture de cette histoire que le regard du cinéaste est moraliste. Il y a certes une concession à la censure de l'époque, mais lorsque l'on s'attache de près au film, les apprentis hors-la-loi sont bien appréhendés comme les tragiques victimes d'une société d'après-guerre qui s'est développée sur le mépris d'une partie d'elle-même parce que celle-ci n'incarnait pas le nouveau modèle social de réussite. Il est ainsi significatif que ce qui peut encore empêcher le suicide d'un homme dans le film, c'est l'amour de sa mère. Le déracinement est total pour ces quatre hommes orphelins en l'absence d'amour, qu'il soit filial, conjugal ou d'autre type de relation qui permette de reconnaître son humanité dans une communauté humaine.
La société contemporaine italienne est au c
œur du film de Germi dont les battements révèlent des individus exsangues, essoufflés jusqu'à l'épuisement d'avoir à courir vers une décence économique promise mais qui jamais ne viendra. Les références américaines sont d'autant mieux digérées par Germi qu'elles ne sont au final qu'un cadre initial pour générer un cinéma référencé. Dès lors, les conditions sont réunies pour que la critique sociale puisse apparaître, avec d'autant plus d'efficacité que le polar connu du public n'est qu'une ossature, dont la chair et la vie même du film est porté par la sensibilité délibérément humaniste du cinéaste.

 

 

 

 

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Traqué dans la ville
La Città si difend
de Pietro Germi

Avec : Renato Baldini (Paolo Leandri), Fausto Tozzi (Luigi Girosi), Paul Muller (Guido Marchi), Gina Lollobrigida (Daniela), Cosetta Greco (Lina Girosi), Enzo Maggio Jr. (Alberto Tosi), Emma Baron (la mère d'Alberto), Tamara Lees

Italie – 1951.
Durée : 79 min
Sortie en salles (France) : 23 mars 1953
Sortie France du DVD : 6 octobre 2015
Noir & Blanc
Langue : italien - Sous-titres : français.
Éditeur : Tamasa
Collection : Viva l’Italia

Bonus :
livret : Le regard de Jean A. Gili (12 pages)
Bande-annonce
Filmographies

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