L’asile : un espoir de vie pour qui ?

Dans l’asile pour personnes âgées où elle a été placée par sa famille, une femme raconte à sa petit-fille une autre expérience de l’asile, quand la vie pour elle s’est arrêtée à sa quinzième année en 1936 lors du coup d’État de Franco. De nos jours encore, du Nigeria, du Mexique, de l’Ouganda, du Congo des hommes et des femmes continuent de survivre dans l’exil pour retrouver leur dignité.

À propos du roman graphique Asylum de Javier de Isusi

L’histoire semble se terminer par la fin : l’asile comme maison de retraite. L’asile c’est aussi un espoir de recommencement dans un long exil effroyable, avant de déchanter à nouveau en constatant que l’asile est un camp de concentration quand on est espagnol en 1939 et que la république française ne veut pas être l’ennemie d’Hitler et de son ami Franco… Chercher asile c’est tenter de se reconstruire après avoir été violé, torturé, traité comme une marchandise à vil prix dans un commerce transfrontalier où la misère des uns fait la fortune des autres. L’histoire commence avec une histoire familiale basque qui pourrait être celle de la famille de l’auteur pour se tricoter progressivement autour des histoires de vie contemporaines d’exilés arrivés en Espagne et comment la solidarité est fondamentale dans des histoires politiques nationales toujours aussi lamentables où le droit d’asile a peu de poids dans la balance des priorités géostratégiques des États modernes. Au-delà des âges et des sexes, l’auteur dresse un portrait humaniste du sens de l’asile depuis près d’un siècle ou comment les liens intergénérationnels et transfrontaliers peuvent créer une véritable solidarité entre individus. L’espoir se situe auprès d’une petite fille qui prend le temps d’écouter sa grand-mère placée dans un asile pour retraités, ainsi que des hommes et des hommes trouvant dans un nouveau pays d’accueil des bras chaleureux pour les accueillir. La question que pose avec perspicacité l’auteur est ici centrale autour de cette notion d’asile pour tenter de comprendre quelle société sommes-nous implicitement en train de construire derrière ce terme moins anodin qu’il n’y paraît : asile. Javier de Isusi traite ses histoires dans ce roman graphique avec un souci de véracité historique autant que de dénonciation des situations diverses du monde moderne qui conduisent tant de personnes à prendre le risque de perdre leur vie afin de trouver refuge dans un pays inconnu dont la culture de l’accueil n’est pas un patrimoine naturel qui se transmettrait de génération en génération, hélas.

 

 

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Asylum
de Javier de Isusi

Nombre de pages : 96
Date de sortie (France) : octobre 2016
Éditeur : Rackham

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