Billy Wilder avec en arrière-plan la marche pour les droits civiques

Harry Hinkle, caméraman pour CBS, se fait renverser par un footballeur dont il était en train de filmer le match. Son beau-frère avocat est bien décidé à tirer le meilleur parti de cet accident en intentant un procès et une forte compensation monétaire alors qu'Harry n'est qu'à peine blessé.

"La Grande combine" de Billy Wilder © Rimini Éditions "La Grande combine" de Billy Wilder © Rimini Éditions

Au sujet de l'édition Blu-ray : La Grande combine de Billy Wilder

Dans une édition profitant d'une copie restaurée, La Grande combine de Billy Wilder est présentée avec deux bonus qui permettent de resituer le film dans son contexte de réalisation. La conversation des journalistes Olivier Macheret et Frédéric Mercier témoigne de leur passion pour Billy Wilder et l'enregistrement de l'entretien avec le fils d'I. A. L. Diamond, le coscénariste attitré du cinéaste, remet au centre de l'art de Wilder son travail d'écriture. Car ce qui éclate au grand jour dans ce film, c'est la méticulosité d'un scénario confectionné aux petits oignons avec la complicité de ses acteurs. Jack Lemmon, déjà complice de Billy Wilder, apparaît ici pour la première fois en duo avec Walter Matthau : leur complicité d'interprétation a été par la suite convoquée à plusieurs reprises dans d'autres films reposant sur leur casting. L'opposition entre le candide citoyen américain facilement manipulable et l'avocat véreux avide d'argent facile autour d'une escroquerie à l'assurance, fonctionne parfaitement et Walter Matthau révèle un talent d'acteur jusque-là sous-exploité qui lui a d'ailleurs valu l'Oscar du meilleur second rôle masculin. Et c'est tout à l'honneur de Jack Lemmon de servir finalement de faire valoir au personnage joué par Walter Matthau, car c'est bien le génie de la crapulerie convoqué chez cet avocat qui est le plus fascinant dans ce scénario. Les cas de conscience du faux blessé flirte trop avec une morale à la Frank Capra, les convictions en moins, pour attirer l'attention du spectateur vers lui. Ce personnage pourtant va se remettre en cause en raison des conséquences destructrices de ses mensonges sur le sportif noir culpabilisant qui sacrifie sa carrière pour devenir son homme à tout faire. Alors que les États-Unis d'Amérique du Nord étaient alors en plein mouvements afro-américains pour les droits civiques, Billy Wilder dépeint ses contemporains adeptes des magouilles les plus crapuleuses pour générer un profit dont la victime collatérale immédiate est un Noir-Américain. La sensibilisation à tout un pan de la société marginalisée se révèle un peu trop discrète dans le scénario par rapport à l'importance qui se déroule à un tout autre rythme dans les rues mais elle n'en est pas moins anodine, réapparaissant avec plus de force dans l'ultime séquence du film. La peinture de l'Amérique du self-made-man des années 1960 n'est guère réjouissante et montre encore l'aptitude d'Hollywood à saisir quelques traits de la société de son époque malgré son isolement dans la tour d'ivoire de ses studios. En commençant par une retransmission télévisée filmée, Billy Wilder saisit également la force du média télévisé, notamment associé aux retransmissions sportives, en train de se répandre à vitesse grand V dans les foyers américains. Il offre ainsi d'entrée de jeu une portée documentaire au film, que l'on trouvera encore dans le choix de ses longues focales, avec une netteté des différents personnages saisis, quelle que soit la hiérarchie entre eux. Cela permet d'embrasser le monde dans son ensemble et d'insérer avec modestie le récit de fiction dans ce cadre. C'est là une démarche moderne, très bien initié par l'iconoclaste Orson Welles dans Citizen Kane, autre film clé sur la manipulation et incidemment, de manière rétrospective, de la place d'un auteur génial à Hollywood. Billy Wilder montre encore dans ce film qu'il est le cinéaste qui filme la fin de l'Âge d'or d'Hollywood et son scénario autour d'un grand mensonge u,ne « grande combine » qui peut rapporter beaucoup d'argent est aussi une métaphore de l'industrie hollywoodienne où Billy Wilder est toujours en lutte comme un malicieux poil à gratter placé dans une tenue de soirée étriquée.

 

 

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La Grande combine
The Fortune Cookie
de Billy Wilder
Avec : Jack Lemmon (Harry Hinkle), Walter Matthau (Willie Gingrich), Ron Rich (Luther 'Boom Boom' Jackson), Judi West (Sandy Hinkle), Cliff Osmond (Purkey), Lurene Tuttle (Mère Hinkle), Harry Holcombe (O'Brien), Les Tremayne (Thompson), Lauren Gilbert (Kincaid), Marge Redmond (Charlotte Gingrich), Noam Pitlik (Max), Harry Davis (Dr. Krugman), Ann Shoemaker (Sœur Veronica), Maryesther Denver (l'infirmière Face-de-Furet), Ned Glass (Doc Schindler), Sig Ruman (le professeur Winterhalter), Archie Moore (Mr. Jackson), Howard McNear (Mr. Cimoli), Don Reed (le journaliste de la télévision), Herbie Faye (Maury), Bartlett Robinson (le premier spécialiste)
USA, 1966.
Durée : 125 min
Sortie en salles (France) : 31 mai 1967
Sortie France du DVD : 23 octobre 2018
Format : 2,35 – Noir & Blanc
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Rimini Éditions
Bonus :
Conversation entre les journalistes Olivier Macheret (Le Monde) et Frédéric Mercier (Transfuge)
I.A.L. Diamond / Billy Wilder : écrire à quatre mains (part. 2)

 

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