Entretien avec Sébastien Lasserre à propos du festival Rencontres Gindou Cinéma

Marie Virgo et Sébastien Lasserre partagent la responsabilité de la programmation et de délégués généraux du festival de cinéma Rencontres Gindou Cinéma qui fête cette année sa 35e édition. Cette année, les festivités se sont déroulées du 17 au 24 août 2019 au cœur du village de Gindou dans le Lot.

Sébastien Lasserre © DR Sébastien Lasserre © DR
Cédric Lépine : Quelle est la ligne éditoriale du festival pour construire chaque année une programmation ? Y a-t-il des limites géographiques aux films choisis ?
Sébastien Lasserre :
Le festival sur plus de trois décennies d'existence s'est affirmé au fil de ses éditions. Il se trouve que sa programmation lors d'une édition proposant un grand panorama autour des cinémas méditerranéens et de l'Afrique subsaharienne, a marqué le festival pour les années à venir. Ainsi, le festival a été identifié à travers cette géographie du cinéma. Nous n'avons pas les moyens de saisir les films à leur source comme le festival des 3 continents de Nantes où les programmateurs vont dans les pays mêmes concernés chercher leurs films. À partir de là, notre programmation s'est construite autour des films que nous pouvons voir dans d'autres festivals. Nous avons élargis notre panorama de programmation en nous intéressant également à la cinématographie mondiale sous l'appellation large « Vagabondages cinématographiques ». Autour de ce terme est associée une liberté pour découvrir de nouvelles cinématographies. Nous avons bien sûr le souci d'équilibrer la programmation pour que des régions du monde ne soient pas surreprésentées par rapport à d'autres et bien sûr que nous avons une appétence particulière pour les sujets sociaux et politiques qui questionnent la manière dont les sociétés se construisent et comment les individus vivent ensemble.
Nous sommes en outre ouverts à tous les formats de films avec une attention particulière aux courts-métrages des jeunes créateurs.


C. L. : Dans votre travail de programmateurs, comment tenez-vous compte des potentielles attentes de votre public au fil de ces années ?
S. L. :
Cette dimension est très importante et se manifeste dans le terme « Rencontres » de la manifestation. Je pense que le festival a pour mission effectivement d'apporter le cinéma en milieu rural et à Gindou en particulier qui est un lieu fédérateur. J'ai presque envie de dire que c'est un lieu neutre où notre rôle au sein du festival consiste à créer les meilleures conditions d'échanges autour des films. Et cela se retrouve également dans le souci d'éducation à l'image auprès du plus jeune public, favorisant les liens intergénérationnels. Ainsi, on trouve une programmation jeune public même s'il ne s'agit pas d'une spécialisation du festival.
Concernant le cinéma de patrimoine, il s'agit d'un rendez-vous qui revient tous les ans et qui est aussi fondateur du festival. En effet, dès les premières années un partenariat s'est établi entre la cinémathèque de Toulouse et les Rencontres de Gindou. Nous savons que cela est attendu du public.
Et puis ce qui donne une couleur forte à la programmation, c'est l'invité de la rétrospective. C'était une vraie envie de notre part de mettre en avant un cinéaste à travers sa filmographie auprès du public.


C. L. : Quel est le public du festival ?
S. L. :
Il est très divers et vient de partout : c'est une force qui nous porte ! Il y a le public cinéphile qui reste plusieurs jours et participe à de nombreux festivals. Il y a aussi des professionnels de plus en plus nombreux, notamment des cinéastes qui viennent et reviennent. Le public local est présent en grand nombre pour les projections nocturnes en plein air. C'est là un formidable brassage.
Quant aux bénévoles, ils sont une cinquantaine de jeunes à venir de toute la France.


C. L. : Qui porte et gère le festival à l'année ?
S. L. :
Le festival est porté par l'association Gindou Cinéma qui emploie six salariés à l'année. Nous sommes occupés par diverses activités pour intervenir toute l'année sur le territoire. Cette action culturelle contribue à la valorisation économique et culturelle du territoire. Il y a une dizaine d'années, nous avons vu la construction d'un amphithéâtre en dur et en plein air pris en charge par la communauté de communes. Une nouvelle étape à commencé avec la construction l'an dernier d'une salle en dur pouvant accueillir 240 spectateurs : la salle Arsénic dont le maître d'ouvrage est également la communauté de communes qui a réalisé cet investissement. Ce lieu possède une vie toute l'année à travers une programmation culturelle coordonnée par le chorégraphe de la compagnie de danse à proximité. Cette programmation mêle la danse, le théâtre, la musique et le cinéma une fois par mois à travers nos soins, sous la forme du cinéma itinérant du Ciné Lot.


C. L. : Quelles sont vos autres activités en plus de l'accueil des tournages et les résidences d'écriture ?
S. L. :
Nous avons aussi une action pédagogique puisque nous coordonnons école et collège au cinéma. Ensuite, nous avons une grosse activité autour du concours « Le goût des autres » sur le thème du vivre ensemble où il s'agit de donner la parole aux adolescents. Cette longue action à l'année consiste en un travail d'écriture de scénarios avec les jeunes de 12 à 18 ans en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine. Cela génère ensuite une activité de production avec la réalisation de courts-métrages qui sont présentés, une fois terminés, au festival et que nous soutenons dans leurs diffusions.
La Ruche est le nom donné à nos résidences d'écriture qui s'adressent aux autodidactes entre 20 et 30 ans en phase de préprofessionnalisation. Les autodidactes se sont multipliés avec l'arrivée du numérique et des nouveaux moyens de faire du cinéma. Ce sont des personnes qui n'ont pas eu l'opportunité pour diverses raisons de faire des études de cinéma. Suite à l'appel à projets, 8 auteurs sont ainsi choisis et nous les accompagnons durant 6 mois avec plusieurs temps de résidence : le premier à Gindou. le deuxième en octobre à Bordeaux durant le FIFIB (Festival International du Film Indépendant de Bordeaux), le troisième à Villeurbanne durant le festival de courts métrages et cela se termine en janvier avec des entretiens avec des producteurs.
Quant à l'accueil de tournages, il s'agit d'une activité plus ancienne. Nous jouons les intermédiaires entre les demandes de production et le territoire à travers les ressources qu'il dispose en terme de décors mais aussi d'équipes de techniciens, dans l'idée évidemment d'attirer les tournages en région en couvrant quatre départements : le Lot, le Tarn, le Tarn-et-Garonne et l'Aveyron.
Nous avons aussi des actions plus ponctuelles comme la participation à la fête du court-métrage. Nous soutenons aussi la composition de musique de films.


C. L. : Quel bilan faites-vous du festival et de sa nouvelle édition ?
S. L. :
Nous sommes satisfaits de la fréquentation et de la présence des réalisateurs. Nous sommes soucieux de la pérennité de l'événement pour continuer à faire vivre ce qui existe aujourd'hui. Nous ne recevons pas de subventions de fonctionnement propre mais du côté du soutien des pouvoirs publics à différents niveaux nous n'avons pas à nous plaindre. J'aime à rappeler que Gindou Cinéma est aidé de manière significative par la politique de la ville. Ce souci de la pérennité de l'événement n'exclut pas de développer d'autres projets même si nous sommes déjà très occupés. Nous dépendons aux trois quarts des financements publics et dans la conjoncture actuelle, nous sommes plutôt bien lotis mais il faut rester vigilant.

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