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Billet de blog 24 juin 2015

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Kering, partenaire officiel des femmes

Pour faire face au déficit préoccupant des films de réalisatrices à Cannes depuis plusieurs décennies, le Festival pour son édition 2015 a décidé de « sous-traiter » cette question au groupe Kering qui par la même occasion est devenu son nouveau partenaire officiel aux côtés de L’Oréal, Chopard, Hewlett-Packard, Renault et MasterCard.

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Pour faire face au déficit préoccupant des films de réalisatrices à Cannes depuis plusieurs décennies, le Festival pour son édition 2015 a décidé de « sous-traiter » cette question au groupe Kering qui par la même occasion est devenu son nouveau partenaire officiel aux côtés de L’Oréal, Chopard, Hewlett-Packard, Renault et MasterCard. Une belle opportunité pour le groupe Pinault, anciennement nommé Pinault-Printemps-Redoute (PPR) d’affirmer sa nouvelle identité cristalisée en 2013 sous le terme Kering pour « parachever totalement le recentrage du groupe entamé en 2005 autour des marques de luxe et de sport ». Ainsi, Kering a su prendre en charge l’un des handicaps récurrents du festival de Cannes. Des rendez-vous ont eu lieu durant le festival 2015, reste à connaître les intentions, l’aboutissement effectif de ceux-ci, le public visé et les messages adressés. Pour cela, Louise Beveridge, directrice de la communication, membre du comité exécutif de Kering depuis 2011, s’est chargée de répondre aux questions suivantes.

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© Stéphane Gladieu

Pouvez-vous préciser le partenariat établi entre le festival de Cannes et le groupe Kering ?

Louise Beveridge : Notre Groupe a signé un partenariat avec le Festival de Cannes pour une durée de cinq ans. Dans ce cadre, Kering est devenu Partenaire Officiel du Festival de Cannes, de même que chacune de nos marques, hors Montres & Joaillerie. Au-delà du volet commercial, et de l’opportunité que représente le Festival de Cannes pour nos marques, nous avons souhaité dès le départ apporter un contenu original au Festival. C’est à ce titre que nous avons développé le programme Women in Motion avec le Festival de Cannes. 

Le programme était composé cette année de deux piliers : d’une part, une série de Talks qui ont réuni près d’une vingtaine de personnalités du monde du cinéma, hommes et femmes, pour échanger sur la thématique des femmes et du cinéma. D’Isabella Rossellini, à Salma Hayek Pinault en passant par Frances McDormand, Agnès Varda ou Thierry Frémaux, les invités des Talks ont chacun abordé à leur manière et selon leur expérience personnelle les différentes facettes du sujet, volontairement transversal pour cette première édition. D’autre part, un dîner officiel pour célébrer les femmes de l’industrie du cinéma, durant lequel nous avons remis deux prix d’honneur, le premier à Jane Fonda, pour sa carrière exceptionnelle et son engagement, le second à la productrice Megan Ellison, pour son audace. 

Comment et à l’initiative de qui exactement a été conçu Women in Motion ?

L. B. : La discussion a été entamée il y a environ un an entre Thierry Frémaux, Pierre Lescure et François-Henri Pinault, le PDG de Kering. Le Festival était prêt à accueillir un nouveau partenaire et nous avions du côté de Kering le souhait d’investir de manière plus visible l’univers du cinéma, le Groupe, en direct ou via ses marques, soutenant le 7e art depuis plus de 10 ans. C’est une forme artistique qui permet de donner une résonance supplémentaire aux convictions et aux engagements de notre Groupe, notamment en matière de développement durable ou en faveur de la cause des femmes.

Le projet Women in Motion est né alors même que l’équipe du Festival cherchait par ailleurs à définir comment la compétition pouvait continuer à évoluer pour rester en phase avec les changements qui animent nos sociétés. Pierre Lescure et Thierry Frémaux se sont d’ailleurs déjà exprimé tous deux sur leurs souhaits de voir le Festival se moderniser et s’internationaliser.

Depuis lors, nous travaillons main dans la main, en direct, avec les équipes du Festival de Cannes.

Quelles sont les ambitions de Women in Motion ?

L. B. : Le développement de Women in Motion est parti d’un constat simple : celui d’une sous-représentation des femmes dans le monde du cinéma, tout particulièrement derrière la caméra. Avant de lancer le programme, nous avons rencontré de nombreuses réalisatrices, scénaristes, productrices aux quatre coins du monde, toutes talentueuses, et dont les voix sont encore aujourd’hui trop peu entendues.

L’objectif de la première édition de Women in Motion était donc d’offrir à ces professionnelles une tribune pendant toute la durée du Festival de Cannes. Faire en sorte que leurs récits soient plus audibles, leur talent plus visible, afin d’éveiller les consciences quant à la place et la reconnaissance qui leur sont données au sein de la profession. Bien entendu, les hommes faisaient également partie intégrante du programme. Bien que récurrent au Festival de Cannes, le sujet des femmes et du cinéma n’était que trop peu connu du grand public, et trop peu abordé par les professionnels du cinéma eux-mêmes. Nous avons réussi cette année à Cannes à créer une caisse de résonance suffisamment forte pour mettre le sujet à l’agenda du Festival, et nous l’espérons, au-delà.

Quel public visez-vous avec Women in Motion ? La communication s’adresse-t-elle aussi bien à la clientèle de Kering qu’à un public plus large, celui du cinéma ?

Plus nous serons nombreux à aborder le sujet, plus il sera facile de trouver des solutions et faire avancer les choses. La solution doit être collective, Women in Motion vise donc un public très large effectivement : les professionnels du cinéma, la presse française et internationale, les universitaires, les représentants d’institutions et d’organisations culturelles mais également nos public habituels autour de la mode ou du développement durable. Le cinéma a un tel impact sur nos perceptions, notre manière de penser et finalement d’agir au quotidien, c’est un sujet qui nous concerne tous.

Comment avez-vous choisi les invités des talks durant le festival de Cannes ?

Depuis le début de l’initiative Women in Motion, nous avons travaillé main dans la main avec Thierry Frémaux et les équipes du Festival de Cannes pour le développement du programme. La majorité de nos invités cette année étaient issus de la Sélection Officielle du Festival de Cannes : acteurs, réalisateurs, producteurs, membres de jurys… Nous souhaitions impérativement recevoir des hommes, mais également donner la parole aux femmes derrière la caméra (réalisatrices, scénaristes, productrices), que l’on voit et entend moins souvent. L’année prochaine, nous aimerions recevoir encore plus d’hommes.

En quoi le festival de Cannes est un bon lieu pour parler de la place des femmes dans le cinéma ?

La question de la place des femmes dans l’industrie cinématographique est au cœur des enjeux de la profession aujourd’hui, elle est donc essentielle pour le Festival, mais également pour la société de manière plus générale. Comme je vous le disais, le partenariat a été noué à un moment où les équipes du Festival, Pierre Lescure et Thierry Frémaux en tête, réfléchissaient à l’évolution de la compétition, à son internationalisation et sa modernisation. C’est dans cet état d’esprit que nous avons avancé ensemble pour développer Women in Motion. Le Festival de Cannes reste le rendez-vous annuel des professionnels du cinéma. De par sa légitimité sur la scène internationale, il représente une force de frappe unique pour donner de l’écho au sujet. Son autorité artistique, de même que son très fort potentiel médiatique, en faisait une tribune parfaite pour recevoir la première édition de Women in Motion.

Quel bilan faites-vous de cette première présence de Kering comme partenaire officiel de Cannes en 2015 ?

L’enthousiasme qu’a suscité le programme pendant toute la durée de la compétition à Cannes nous laisse penser que Women in Motion a plu et a su trouver son public à Cannes. Nous sommes ravis d’avoir pu rassembler les festivaliers chaque jour et réunir des personnalités si emblématiques, si différentes pour partager leur point de vue. Les échanges étaient extrêmement riches, reste à faire en sorte que la deuxième édition soit toute aussi qualitative et que le débat perdure au-delà du Festival de Cannes.

Considérez-vous que Kering à travers ses activités de marques réputées de luxe participent à sa manière à la construction de modèles de féminité ?

Les femmes représentent 80% de nos clientes et 60% de nos collaboratrices ; nos marques parlent bien entendu aux femmes. Chacune de nos marques possède une identité et une signature créative qui lui est propre. Les clientes se retrouvent dans nos marques, en fonction de leurs préférences, de leurs goûts, de leurs habitudes.

Avec ce partenariat, Kering affirme un peu plus son lien au monde du cinéma : pouvez-vous rappeler l’historique de ce lien en plus de sa participation au financement des documentaires Home et La Glace et le ciel ?

Nous soutenons le monde du cinéma depuis plus de dix ans, que ce soit au niveau du groupe Kering, de la Fondation Kering ou indirectement de nos marques. Nous avons effectivement apporté notre soutien aux films Home de Yann Arthus-Bertrand et cette année à La Glace et le ciel de Luc Jacquet. Nous sommes également partenaires de l’École de la Cité de Luc Besson depuis sa création. Au niveau des marques, je pourrais vous citer Gucci qui collabore depuis 2006 avec la Film Foundation de Martin Scorsese pour la restauration de chefs-d’œuvre du cinéma italien – la version restaurée de Rocco et ses frères était par exemple présentée à Cannes cette année. Par ailleurs, la Fondation Kering a également soutenu de nombreux films documentaires ayant une forte résonnance sociale tels qu’India’s Daughter de Leslee Udwin ou Brave Miss World de Cecilia Peck et Inbal B. Lessner via le Gucci Tribeca Documentary Fund.

Nous soutenons le cinéma qui fait écho à nos convictions en tant que Groupe, notamment autour des femmes et du développement durable. Cela reste un moyen parmi les plus efficaces pour faire évoluer les mentalités de nos jours.

Du fait de ce partenariat, que peut apporter selon vous le cinéma à Kering et réciproquement Kering au cinéma ?

Comme je viens de le préciser, le cinéma est pour Kering un moyen de faire résonner nos convictions. Nous nous efforçons de soutenir des films qui font écho à nos valeurs. C’est le choix d’une forme artistique accessible, qui peut agir durablement sur les comportements et les mentalités.

Quant à ce que Kering apporte au cinéma, je dirais que nous nous considérons véritablement comme un partenaire du 7e art, dans tous les sens du terme. Nous avons apporté notre soutien depuis des années à tous les niveaux de la production de film : nous soutenons financièrement des longs métrages ou des réalisateurs (Spotlighting Women Documentary Awards de la Fondation Kering), des formations (École de la cité de Luc Besson) ou bien encore des compétitions internationales. Nous apportons donc bien entendu d’une part un soutien d’ordre financier, de la visibilité, de la reconnaissance. D’autre part, comme avec le programme Women in Motion, nous avons réussi à créer les rencontres et le débat autour de la place des femmes dans le cinéma. Nous avons donné de la visibilité au sujet et permis aux personnalités qui souhaitaient s’exprimer de le faire. L’idée même de pouvoir se retrouver, pour les professionnels de l’industrie, afin d’aborder un sujet qui ne soit pas de leur actualité propre, relevait de l’exploit – nous leur avons donné cette opportunité cette année.

Grâce à notre légitimité acquise auprès des femmes et du monde du cinéma, nous souhaitons bien entendu faire avancer le débat, notamment en continuant à créer des rencontres, des moments d’échanges, afin de donner de l’écho au sujet au-delà du Festival de Cannes et d’identifier progressivement des solutions.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.