La justice française et son sens de l'Inquisition : l'affaire Viguier

Nora, intimement convaincue de l'innocence de Jacques Vigier, propose à Éric Dupond-Moretti, grand ténor du barreau, de le défendre.

"Une intime conviction" d'Antoine Raimbault © Memento Films "Une intime conviction" d'Antoine Raimbault © Memento Films

Sortie DVD : Une intime conviction d'Antoine Raimbault

Adapté d'un fait divers, Antoine Raimbault pour son premier long métrage de fiction reconstitue le second procès de Jacques Viguier, accusé d'avoir assassiné sa femme qui a disparu sans laisser la moindre trace. C'est en cinéphile nourri au cinéma américain que le cinéaste livre sa confiance à proposer un sujet si peu traité dans le cinéma français alors qu'à Hollywood le film de procès est devenu un genre en soi. Dans une approche documentaire de reconstitution des faits, Antoine Raimbault fut à la fois spectateur des séances du procès et a recueilli les témoignages de la famille Viguier, le film donne à voir la spécificité de la mise en scène de la justice française. Cette justice qui est l'héritière, comme l'explique le réalisateur et scénariste, de la tradition de l'Inquisition, où l'accusé doit se contenter d'être défendu et exposer avant tout l'ombre du doute de sa culpabilité pour pouvoir se défendre. La confrontation des parties opposées pour trouver une vérité des événements n'importe dès lors nullement. L'affaire Viguier repose ainsi sur des suspicions, la force des rumeurs imposées comme vérités unilatérales par la presse régionale à la réflexion aussi limitée que son absence totale de déontologie journalistique et de paresse totale dans le désir d'entreprendre une investigation (cf. La Dépêche citée dans le film). S'ajoute à cela une irresponsabilité profonde et grave de l'ensemble de l'équipe policière qui a basé son enquête sur les seules rumeurs véhiculées par l'amant vindicatif de la femme disparue. Toutes les failles du système judiciaire apparaissent au grand jour et dès lors, sur quoi repose le sens de l'équité ? Pour y répondre, Antoine Raimbault invente un personnage de fiction, Nora, obsédée par la conviction de l'innocence de l'accusé. D'abord héroïne parfaite de la fiction, son obsession devient symptomatique d'une déconnexion à l'égard de la réalité, de ses liens sociaux, de sa relation mère-fils. Pendant ce temps, l'avocat de la défense Éric Dupond-Moretti qui fascine en dehors de la caméra le cinéaste, devient la vedette du spectacle médiatico-judiciaire, interprété avec force par le charismatique et génial Olivier Gourmet. Marina Foïs en femme obsédée de justice et Laurent Lucas en accusé mutique sont également parfaits dans leurs rôles respectifs. L'intime conviction des jurés qui doivent établir l'avenir de leurs concitoyens, se trouve chargée d'une immense responsabilité que le réalisateur par son film réussit à interroger avec subtilité tout en insinuant une dynamique propre au thriller à sa mise en scène.

 

 

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Une intime conviction
d'Antoine Raimbault
Avec : Marina Foïs (Nora), Olivier Gourmet (Maître Éric Dupond-Moretti), Laurent Lucas (Jacques Viguier), Jean Benguigui (Maître Maître Szpiner), François Fehner (le président Jacques Richiardi), François Caron (Maître Laurent de Caunes), Philippe Dormoy (l'avocat général), Jean-Claude Leguay (Maître Maître Debuisson), Philippe Uchan (Olivier Durandet), Roger Souza (Jean Viguier), India Hair (Séverine Lacoste), Armande Boulanger (Clémence Viguier), Steve Tientcheu (Bruno), Léo Labertrandie (Félix), Laurent Schilling (le commissaire divisionnaire Robert Saby), Alexandre De Caro (Guillaume Viguier), Adrien Rogé (Nicolas Viguier), Pascal Galazka (le témoin joggeur), Arnaud Pépin (le commissaire Frédéric Mallon), Muriel Bénazéraf (Colette), Thierry Calas (le patron de la brasserie), Alain Dumas (l'habitué de la brasserie)
France, Belgique, 2018.
Durée : 110 min
Sortie en salles (France) : 6 février 2019
Sortie France du DVD : 4 juin 2019
Format : 2,39 – Couleur
Langue : français.
Éditeur : Memento Films
Bonus :
Commentaire audio du film par le réalisateur Antoine Raimbault
Scènes coupées commentées par Antoine Raimbault, échange avec le public en présence de Antoine Raimbault, Olivier Gourmet et Maître Dupond-Moretti
Making of, Jour de cinéma (Canal +)
Emission On aura tout vu (France Inter) : invités Marina Foïs, Maître Saint-Palais et Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire
Podcast NoCiné par Binge audio
Bande annonce

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