Chronique d’une séparation

En l’absence de visa, Yuval est contraint de rester en Israël et entretient sa relation avec Julie avec laquelle il a un jeune enfant, par écrans interposés. Or la séparation dure et la technologie de la communication, passé le fantasme de la proximité, met en avant la frustration de leur distance qui devient un gouffre.

"À cœur battant" de Keren Ben Rafael © Condor "À cœur battant" de Keren Ben Rafael © Condor
Sortie nationale (France) du 30 septembre 2020 : À cœur battant de Keren Ben Rafael
Voici un film présenté il y a tout juste un an au festival de Venise qui se révèle d’une grande acuité en ce qui concerne les relations de couple à distance dans le cadre d’un confinement imposé. Ainsi, le personnage de Julie est toujours filmé à l’intérieur de chez elle et la technologie de communication via Skype qui était censé créer un pont entre elle et son amoureux, va créer une distance toujours plus infranchissable. Ce second long métrage réalisé et écrit par Keren Ben Rafael repose sur un dispositif précis maintenu tout du long : la communication d’un couple à travers un écran. Ce cadre contraignant est malgré tout suivi jusqu’au bout et les acteur-rice-s ont relevé avec brio le fait de devoir jouer sans comédien physique auquel donner ses répliques immédiatement. La grande force du film repose dans le jeu de l’actrice Judith Chemla qui sait passer d’une tonalité d’émotion à une autre, dans le rôle d’une frêle jeune femme à la force de caractère remarquable pour relever les défis du quotidien en tant que femme seule assumant ses responsabilités de mère, de professionnelle et aussi de conjointe, avec une charge mentale toujours plus élevée.

Il se trouve que la technologie mis ici en valeur est un moyen manifeste de contrôle de l’autre sans qu’au préalable les protagonistes ne se méfient de cette technologie globalisante qui est entrée dans la vie quotidienne d’une grande partie des individus du monde actuel, générant des frustrations sans commune mesure entre personnes qui s’éloignent à vouloir se rapprocher l’un l’autre par cette technologie. En mettant au centre de son dispositif la communication d’un couple via Skype, Keren Ben Rafael non seulement interroge nos pratiques contemporaines de télécommunication mais aussi l’évolution des relations de couple à l’époque contemporaine. Pour tous ces sujets, le film est d’une grande pertinence. Il est vrai malheureusement que ce dispositif est parfois épuisant par ses répétitions et heureusement la présence de Noémie Lvovsky dans le rôle de la mère borderline de Julie apporte une nouvelle dynamique au film tout en permettant d’offrir des clés de compréhension quant à la construction du personnage principal féminin. De la dépendance affective, à la tentative de construire une famille alternative, les thématiques abordés sont riches même si le dispositif sur le long cours du film est quelque peu éprouvant.

 

 

a-coeur-battant-120x160-hd-640x853
À cœur battant
de Keren Ben Rafael

Fiction
90 minutes. France, Israël, 2019.
Couleur
Langue originale : français

Avec : Judith Chemla (Julie), Arieh Worthalter (Yuval), Noémie Lvovsky (Chantal), Lenny Dahan (Lenny), Joy Rieger (Yali), Gil Weiss (Aner), Bastien Bouillon (Charles), Vassili Schneider (Roméo), Odeya Koren (la mère de Yuval), Nathan Datner (le père de Yuval)

Scénario : Élise Benroubi et Keren Ben Rafael
Images : Damien Dufresne
Son : Elton Rabineau
1re assistante réalisatrice : Laura Froidefond
Directrice de production : Julie Rivière
Montage : Flore Guillet et Keren Ben Rafael
Montage / mixage son : Benjamin Laurent
Directrice de post-production : Pauline Dahan
1er assistant caméra : Adrien Bernard
Décors : Damien Dufresne
Maquillage : Nurit Barkan
Costumes : Élise Cribier-Delande
Production : Palikao Films
Productrice : Delphine Benroubi
Distributeur (France) : Condor Distribution

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.