"Les Cent cavaliers" un film de Vittorio Cottafavi

Autour de l’an mille en Espagne, une bande de Maures menée par le cheikh Abdelgalbon s’empare peu à peu du pouvoir politique d’une contrée. La rébellion villageoise commence à s’organiser menée par Don Fernando Herrera y Menendez et son père.

Sortie du coffret Blu-ray/DVD : Les Cent cavaliers de Vittorio Cottafavi

Abusivement distribué en France sous le titre Le Fils du Cid, Les Cent cavaliers de Vittorio Cottafavi se situe un siècle avant les années de vie du personnage historique surnommé Le Cid. Néanmoins, le film poursuit la vague d’un nouveau regain pour cette période après la réalisation du Cid (1961) d’Anthony Mann avec Charlton Heston tourné dans l’Espagne franquiste. C’est aussi les débuts d’une période florissante de coproduction entre l’Italie, l’Espagne et la RFA avec la consécration que constitueront les westerns réalisés notamment par Sergio Leone.
En attendant, Vittorio Cottafavi s’empare de son sujet avec un budget qui exclue Les Cent cavaliers d’appartenir à la série B. Le réalisateur a déjà derrière lui plus de vingt ans de réalisation pour le cinéma et la télévision de films touchant divers genres éloignés du néoréalisme qui saisit le cinéma italien pour mieux le renouveler à l’époque. Il est ainsi très à l’aise pour diriger de grandes équipes pour des films à grand spectacle en costumes, dans des scènes de bataille, etc. C’est à ce titre qu’il peut se permettre d’utiliser une distance brechtienne résolue dans un spectacle populaire poursuivant la longue tradition italienne de la comedia dell’arte où des drames historiques peuvent être traiter avec ironie et humour, avec une sagesse populaire omniprésente. Et l’une des plus grandes gageures de ce film tourné dans l’Espagne catholique franquiste est de prendre de la distance avec la propagande idéologique de l’évocation de la Conquista espagnole visant à construire un ennemi autour des Musulmans pour construire artificiellement une unité catholique occidentale. Or, le message est clair d’un bout à l’autre du film : les Chrétiens comme les Musulmans sont alternativement présentés comme veules, cruels, lâches comme héroïques, bienveillants et magnanimes. Ainsi, l’histoire peut se terminer sur un message de pacification et de métissage dans une société reconnaissant et entretenant la richesse de sa diversité culturelle. C’est aussi là le contexte géopolitique de reconnaissance au moment du tournage des indépendances des pays arabes à l’instar de l’Algérie.
Ainsi, cette histoire ne construit pas de héros mais préfère rire de cette idéologie xénophobe en puisant conjointement dans la tradition picaresque de la littérature espagnole (avec un personnage qui ressemble beaucoup à Don Quichotte dans le rôle du père de Fernando) et la comedia dell’arte italienne. Le film est à ce titre précurseur des fantaisies comiques qui allaient notamment être illustrées par la série des Trinita quelques années plus tard.
Encore une étonnante surprise du cinéma italien dévoilée par Artus Films dans cette édition qui comprend notamment un livret de 60 pages présentant les aspects de réalisation du film écrit par François Amy de la Bretèque dont on retrouve le propos plus développé en vidéo en guise de bonus et présentation du film en 35 minutes. Les deux du livret sont en revanche constitués du récit historique du phénomène de Reconquista en Espagne du VIIe au XIIe siècles écrit par Philippe Conrad, rédacteur en chef de La Nouvelle Revue d'histoire de 2013 à 2017 et président de l’Institut Iliade dont le mot d’ordre de ses stages destinés aux jeunes de 18 à 21 ans est : Choisir, Agir, Tenir : la jeunesse européenne sonne le grand réveil. S’armer pour défendre la civilisation européenne. Il faudra ainsi prendre avec quelques pincettes ce récit qui tricote idéologiquement l’histoire. Il manque assurément à Philippe Conrad la distance brechtienne et l’autodérision que prône en humaniste très inspiré Vittorio Cottafavi avec ses Cent cavaliers.

 

 

 

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Les Cent cavaliers. Le Fils du Cid
I Cento cavalieri
de Vittorio Cottafavi
Avec : Mark Damon (Don Fernando Herrera y Menendez), Antonella Lualdi (Sancha Ordoñez), Gastone Moschin (le frère Carmelo), Wolfgang Preiss (le cheikh Abdelgalbon), Barbara Frey (Laurencia), Rafael Alonso (Jaime Badaloz), Hans Nielsen (Alfonso Ordoñez), Manuel Gallardo (Halaf), Mario Feliciani (l'ambassadeur du cheikh), Arnoldo Foà (Don Gonzalo Herrera y Menendez), Aldo Sambrell (Alfaqui)
Italie, Espagne, RFA, 1964.
Durée : 110 min
Sortie en salles (France) : 1er décembre 1971
Sortie France du coffret Blu-ray/DVD : 3 novembre 2020
Format : 2,35 – Couleur
Langues : italien, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Artus Films
Collection : Chevalerie

Bonus :
le livre « Les Cent cavaliers, une histoire de la Reconquista » de Philippe Conrad et François Amy de la Bretèque (60 pages)
Diaporama
Bande-annonce (4’30”, VO)
Présentation du film par François Amy de la Bretèque (35’)

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