L’homme de l’alliance mondiale des extrêmes-droites

La réalisatrice Alison Klayman suit avec sa caméra peu avant les élections de mi mandat de la présidence de Trump et les élections législatives européennes, Steve Bannon dont les idées d’extrême-droite visent à créer une internationale de l’ultra droite.

"Steve Bannon, le grand manipulateur" (The Brink) d’Alison Klayman © DR "Steve Bannon, le grand manipulateur" (The Brink) d’Alison Klayman © DR
Sortie DVD : Steve Bannon, le grand manipulateur d’Alison Klayman

Steve Bannon est l’homme de l’ultra droite dont même Donald Trump a préféré s’éloigner alors qu’il fut le chef exécutif de sa campagne pour les présidentielles. Après son limogeage du poste à responsabilité auprès de la Maison Blanche, la caméra de la réalisatrice Alison Klayman le suit dans ses déplacements et ses rendez-vous afin de « convertir » (c’est le mot de Steve Bannon) la population à ses idées à travers les médias et ses conférences avec l’appui béatement ignare des puissantes fortunes qui le financent. Le point de vue de la réalisatrice se présente dans le cadre d’une semi-objectivité pour suivre au plus près cet homme, sans chercher à forcer ses témoignages et encore moins ses révélations. Le regard critique de la réalisatrice progressiste s’exerce avant tout dans son montage et beaucoup moins au moment du tournage où elle est spectatrice d’un homme trop heureux d’avoir une caméra à ses côtés.

Ce point de vue est unique et inédit puisqu’il permet de saisir la spécificité du fonctionnement et des stratégies de manipulation de l’extrême-droite au cœur même de celle-ci, sans le filtre diabolisant qui peut passer à côté de la spécificité de son sujet. Cette démarche rejoint également la dynamique fertile et très créative du documentaire La Cravate de Mathias Théry et Étienne Chaillou qui s'immerge dans le quotidien d'un militant du Front National en France. Même si l’on présuppose les valeurs opposées de la réalisatrice à l’égard de Steve Bannon, elle laisse de l’espace au spectateur pour se faire son propre jugement. Là où elle est plus interventionniste dans sa mise en scène c’est autour des voyages du consultant de l’extrême droite qui semble organiser une supra-

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organisation du mal tout droit semblable à celle des méchants internationaux d’un film de James Bond. Et il y a d’ailleurs à ce sujet de quoi s’alarmer ! Steve Bannon, ancien employé pour Goldman Sachs, disposant de financements qui lui permettent de sillonner l’Europe en jet privé pour rencontrer les différents digérants des groupes d’extrême droite pour leur proposer ses services et créer une alliance entre eux, continue sans relâche des deux côtés de l’Atlantique pour influer sur les prises de position politique étatique.

Le choix de mise en scène de la réalisatrice permet efficacement de désamorcer la fascination de cet homme dont le message politique n’a rien de construit ne de cohérent, dont l’organisation est chaotique mais qui dispose malgré tout d’alliés conséquents, dans le domaine politique et économique, comme ce milliardaire chinois recherché par Interpol qu’il n’hésite pas à désavoue car cette alliance révèle l’incohérence de son idéologie reposant sur le nationaliste conservateur.

 

 

Steve Bannon, le grand manipulateur
The Brink
d’Alison Klayman
USA – 2019.
Durée : 91 min
Sortie en salles (France) : 25 septembre 2019
Sortie France du DVD : 18 février 2020
Format : 1,85 – Couleur
Langues : anglais, français, espagnol, portugais - Sous-titres : français.
Éditeur : L'Atelier d'Images
Bonus :

Interview exclusive et inédite d’Alison Klayman
Séquences inédites avec le Rassemblement National

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