"Mank" un film de David Fincher

Dans les années 1930, Hollywood est divisée suite à la Grande dépression de 1929 et la politique socialisante de Roosevelt. Le scénariste Herman J. Mankiewicz, choisi par le jeune prodige Orson Welles pour écrire le scénario du futur « Citizen Kane », décide de s’inspirer du magnat de la presse William Randolph Hearst.

"Mank" de David Fincher © Netflix "Mank" de David Fincher © Netflix
Sortie mondiale sur Netflix du 4 décembre 2020 : Mank de David Fincher

Pour réaliser sans nul doute le film le plus personnel puisqu’il repose sur un scénario écrit par son propre père, Jack Fincher, David Fincher se tourne vers Netflix et obtient les moyens de son ambition pour reconstituer l’Hollywood des années 1930 en Noir & Blanc. Le film fourmille de nombreuses informations précises sur les rapports de pouvoir entre les scénaristes et les studios ainsi qu’entre Hollywood et la manipulation politique des masses autour de la figure du magnat William Randolph Hearst qui inspira largement la figure de Citizen Kane dans le film éponyme. Et derrière ce premier long métrage de l’enfant prodige Orson Welles, considéré comme le chef-d’œuvre de tous les temps du cinéma, se trouve un scénariste un peu oublié des annales auquel David Fincher et son père rendent ici hommage : Herman J. Mankiewicz, alias « Mank », frère aîné du scénariste et réalisateur Joseph L. Mankiewicz.

Si derrière ce scénariste profondément intelligent plongé dans une spirale autodestructrice par la force de pression hollywoodienne Jack Fincher a assurément mis beaucoup de lui-même, son fils s’approprie pleinement le scénario en développement son attention à la construction des figures du mal au cœur de l’usine à rêve qui s’apprêtait alors à conquérir le monde avec une nouvelle puissance avec l’arrivée du parlant.

Contemporain du cinéma des frères Coen et partageant avec eux le goût du néoclassicisme néo-noir, l’humour des frères en moins, Mank partage beaucoup de traits et préoccupations avec Ave, César ! (Hail, Caesar! 2016). Les deux films offrent une vision détaillée et profondeur du hors champ d’une industrie qui nourrit énormément chacun des films de ces réalisateurs qui ont littéralement embrassé le cinéma de genre à travers leur relecture personnelle.

David Fincher fait littéralement preuve d’une immense ambition dans son souci documentaire de reconstituer la dynamique d’Hollywood des années 1930 autour notamment des enjeux politiques méconnus à l’œuvre au cœur des productions. Mank délivre ainsi la genèse fascinante de Citizen Kane qui n’appartient dès lors plus seulement au seul génie d’Orson Welles mais aussi à un scénariste non reconnu à la hauteur de son talent qui disposait d’une compréhension éminemment profonde des enjeux de son époque. Les acteurs sont tous très convaincants dans leur interprétation, sans jamais chercher à voler la vedette à un autre alors que le film comporte de nombreux personnages déterminants pour l’intrigue. Quant au montage parallèle sur deux époques, le temps de l’écriture et les flashback sur les événements qui nourrissent littéralement ledit scénario, David Fincher démontre une fois de plus son sens aigu de conteur au service de son propre récit.

 

 

 

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Mank
de David Fincher

Fiction
131 minutes. USA, 2020.
Noir & Blanc
Langue originale : anglais

Avec : Gary Oldman (Herman J. Mankiewicz), Amanda Seyfried (Marion Davies), Lily Collins (Rita Alexander), Tom Pelphrey (Joseph L. Mankiewicz), Arliss Howard (Louis B. Mayer), Tuppence Middleton (Sara Mankiewicz), Monika Gossmann (Fraulein Freda), Joseph Cross (Charles Lederer), Sam Troughton (John Houseman), Toby Leonard Moore (David O. Selznick), Tom Burke (Orson Welles), Charles Dance (William Randolph Hearst), Ferdinand Kingsley (Irving Thalberg), Jamie McShane (Shelly Metcalf), Jack Romano (Sid Perelman), Adam Shapiro (George S. Kaufman), John Churchill (Charles MacArthur), Jeff Harms (Ben Hecht), Derek Petropolis (Eddie Cantor), Paul Fox (Josef von Sternberg), Nick Job (John Gilbert), Craig Welzbacher (Rexford Tugwell), Jessie Cohen (Norma Shearer Thalberg), Desiree Louise (Irene Selznick), Bill Nye (Upton Sinclair), Craig Robert Young (Charlie Chaplin), Isabel Dresden (Carole Lombard), Glenn Edward (George Schaefer), Grace Kennedy-Piehl (Bette Davis), Emily Joy Lemus (Billie Dove), Marcello Padilla (Cedric Gibbons), Tyler Schweer (Don Mankiewicz), Michelle Twarowska (Geraldine Fitzgerald), Joanne Thomson (Joan Crawford), Jelly Vamvas (Edith Head), Trevor Wooldridge (Darryl F. Zanuck)

Scénario : Jack Fincher
Images : Erik Messerschmidt
Montage : Kirk Baxter
Musique : Trent Reznor et Atticus Ross
Direction artistique : Chris Craine
Costumes : Trish Summerville
Producteurs : Ceán Chaffin, David Fincher et Douglas Urbanski
Sociétés de production : Netflix, IAC et Elara Pictures
Société de distribution : Netflix

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