Charlotte Serrand présente le Festival International du film de La Roche-sur-Yon

Charlotte Serrand, pour cette onzième édition du Festival International du film de La Roche-sur-Yon qui s'est déroulé du 12 au 18 octobre 2020, succède à Paolo Moretti en tant que directrice artistique de la manifestation.

Charlotte Serrand © DR Charlotte Serrand © DR
Cédric Lépine : Comment définiriez-vous la ligne éditoriale du Festival International du film de La Roche-sur-Yon ?
Charlotte Serrand : Ouverte, aventureuse, éclectique, autant exigeante qu’accessible, largement composée de premières françaises (35 cette année). C’est une ligne qui explore de nombreuses pistes menant toutes à la découverte, au partage, au plaisir. C’est aussi une ligne généraliste qui explore l’ensemble du cinéma contemporain sans aucune contrainte de genres, thèmes, durées, nationalités afin de susciter l'intérêt du public le plus large possible.


C. L. : Quel regard rétrospectif faites-vous sur l’histoire de onze années de festival à l’aune de votre première édition en tant que directrice artistique après plusieurs années à œuvrer au sein de l’équipe ?
C. S. :
Le Festival est né en 2001 sous le nom “En route vers le monde”, mais on le connaît en effet en tant que Festival International du Film de La Roche-sur-Yon depuis 2010, année où je l'ai par ailleurs découvert en tant que spectatrice. J'ai commencé à y travailler en 2012 en tant qu’assistante de programmation, puis à l’arrivée de Paolo Moretti en 2014 en tant qu’adjointe de programmation puis directrice artistique adjointe. Le Festival a gardé ce qui m'a toujours attiré et qui a été développé au fil des ans : la proximité entre les œuvres, les artistes et les spectateurs; son accessibilité; sa dimension humaine.


C. L. : Quelles relations avec le public cherchez-vous à développer : encourager la cinéphilie existante localement, la faire naître, créer des espaces de réflexions citoyennes sur l'état du monde à travers une programmation internationale ?

C. S. : C'est un bon résumé, tout cela à la fois ! Depuis 2014, la fréquentation du Festival a doublé. Cette année, nous avons accueilli presque 20.000 spectateurs, mais compte tenu de la limitation des jauges à 50% pour la sécurité des spectateurs, c'est le même taux de fréquentation que 2019 où nous avons accueilli 28.500 spectateurs. La programmation du Festival réunit grand public et cinéphiles plus téméraires, et parfois autour des mêmes films. C’est cette relation-là que nous cherchons également à développer : inclure le plus de monde possible, travailler de telle sorte que tout le monde puisse trouver son compte dans les multiples propositions du Festival.


C. L. : Quels ont été les nouveaux défis de cette nouvelle édition menée et développée avec les incertitudes dues à la pandémie mondiale ?
C. S. :
Nous avons bien sûr dû nous adapter à la situation sanitaire mais cela n'a pas eu de conséquences sur la qualité de la programmation qui s'inscrit pleinement dans la lignée des éditions précédentes. Un défi a certainement été de proposer, cette année encore, une exposition inédite sur le peintre italien Antonio Ligabue, en relation avec le film Je voulais me cacher de Giorgio Diritti. Pour cette exposition nous avons collaboré avec la Fondation musée Antonio Ligabue à Gualtieri qui a accepté de nous prêter des œuvres originales du peintre. L'exposition est gratuite et ouverte jusqu'au 14 novembre, et propose également une sélection de films jamais montrés en France sur et avec Antonio Ligabue.


C. L. : Quels sont les publics actuels du festival ? A-t-il évolué au fil du temps ?
C. S. :
Les publics sont de plus en plus variés, nombreux et représentent un bel échantillon du public français de cinéma. On reçoit également de plus en plus de professionnels, notamment des distributeurs qui viennent découvrir, avec les publics, les films en première française en vue de possibles acquisitions.


C. L. : Comment le festival travaille avec les salles de cinéma locales durant le festival et le reste de l’année ?
C. S. :
Il y a une relation très profonde entre le cinéma art et essai de la ville Le Concorde et le Festival, qui sont deux articulations de la même institution : l’EPCCCY. Le Festival représente à la fois un point de départ et un point d'arrivée de l'année cinématographique du Concorde. Mais le Festival nourrit aussi des collaborations plus larges avec d'autres salles de cinéma locales lors de séances décentralisées (cinéma Le Carfour à Aubigny- Les Clouzeaux, cinéma Le Roc à La Ferrière, ou encore le Cin’étoile à Aizenay). Guillaume Brac, membre du Jury de la Compétition Internationale, est ainsi allé présenter son film À l’abordage à Aubigny pendant le Festival. Nous avons également proposé Je voulais me cacher de Giorgio Diritti.


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C. L. : Pour cette nouvelle édition, avez-vous dû faire face à des réductions budgétaires drastiques ?

C. S. : Nous avons reçu le soutien de presque tous nos partenaires qui nous ont par-là témoigné de leur véritable intérêt pour le Festival, et se sont montrés sensibles au discours selon lequel nous devons aussi être ensemble dans les moments difficiles. Je les en remercie encore ainsi que la Ville de La Roche-sur-Yon qui nous finance principalement ainsi que le département, la région et la DRAC.


C. L. : Aux côtés de la compétition internationale, la programmation s’articule par un large choix autour de sections parallèles, allant de la mise en avant de personnalités artistiques (Sally Potter, Éric Judor, Joanna Hogg, Julia Hart), du cinéma de genre (section Variété) et aussi des découvertes plus larges comme la section compétitive « Nouvelles vagues » et non compétitive « Perspectives ». Qu’est-ce qui anime chacun de ces choix et cette diversité de propositions ?
C. S. :
Il n’y a aucune hiérarchie entre les sections. Elles ont toutes une valeur égale, ce sont des chemins, regroupant des films qui partagent un certain esprit. En ce sens, les sections servent aussi de carte artistique pour guider les spectateurs. Quant aux rétrospectives, le cinéma de Sally Potter, Julia Hart ou Joanna Hogg, n’avait jamais été ainsi présenté en France. C’était l’occasion de le faire découvrir et de rendre hommage à leur travail et cela prenait particulièrement sens avec leurs actualités : la première française de The Roads not Taken de Sally Potter découvert cette année au Festival de Berlin, la sortie en mars 2021 de The Souvenir de Joanna Hogg, la diffusion de Stargirl de Julia Hart sur Disney+ présenté en salle de cinéma pour la première fois durant le Festival et l'occasion de montrer son premier film encore inédit en France Miss Stevens (avec Timothée Chalamet, 2016). Quant à Éric Judor, nous avons souhaité saluer son travail en tant que cinéaste d’autant qu'il a lui aussi une actualité particulière avec la parution en novembre prochain du livre Jim Carrey : L’Amérique démasquée”, d’Adrien Dénouette, dont il a écrit la préface. Les différentes sections du festival donnent une image variée et riche de ce qui se fait dans le cinéma contemporain sous toutes ses formes. Au fond, ce qui nous anime c’est la volonté de proposer le plus de découvertes cinématographiques possibles et encore une fois, de créer des moments de partage et de plaisir avec les spectateurs.

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