Quelle libération pour la Pologne de 1944 ?

En 1944, l’insurrection de Varsovie prend fin dans le sang et l’Armée de l’Intérieur polonaise doit se livrer aux Allemands tandis que l’Armée Rouge non loin de là n’intervient pas. Le lieutenant Marcin voit finalement l’arrivée des chars soviétiques et décide de se mettre au service de la police politique communiste.

"L’Anneau de crin" d’Andrzej Wajda © Éditions Montparnasse "L’Anneau de crin" d’Andrzej Wajda © Éditions Montparnasse

Sortie DVD : L’Anneau de crin d’Andrzej Wajda

Le cinéma d’Andrzej Wajda est marqué par une mise en perspective de l’histoire de la Pologne, notamment à travers les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, après Korczak (1990) il réalise un nouveau film d’époque venant interroger la mémoire du pays autour de la fin des illusions pour un idéaliste épris de liberté qui va découvrir les véritables intentions des Soviétiques à l’égard de son pays et comment l’Europe et le monde entier, notamment à travers les décisions de Yalta, ont complètement livré la Pologne à la merci du monstre Staline. Andrzej Wajda, pour se confronter à cette histoire, choisit une mise en scène romantique antinaturaliste pour mettre en valeur la fin des rêves de liberté d’un jeune homme ayant lutté pour la liberté et l’émancipation de son pays. Le film se consacre à la manière dont la Pologne martyrisée par le nazisme ne sera pas moins épargnée par l’Armée Rouge. Si l’on compare la mise en scène de La Liste de Schindler de Steven Spielberg (1993) à propos du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale, sortit à la même époque, le film d’Andrzej Wajda peut sembler anachronique. Or c’est bien là le sentiment du personnage principal qui traverse toute la mise en scène de tout le film où comment le romantisme de la fougue libertaire se trouve totalement écrasé sous les chenilles des chars russes ! Le film souffre de dimensions historiques peu explicatives qui auraient pu être nourri par une longue investigation. Il en reste pas moins que les désarrois du personnage principal forment une parfaite métaphore de la Pologne elle-même dans le contexte de sa prétendue libération. Le réalisateur se permet même de livrer un regard rétrospectif sur sa propre filmographie en livrant une scène curieuse où apparaissent les protagonistes de son film Cendres et diamant (1958). L’histoire du pays et la filmographie d’Andrzej Wajda sont ainsi inextricablement liées, offrant une nouvelle perspective du pays de l’après 1989, où il est à nouveau question d’une libération : de qui et au profit de qui ? La question mérite encore d’être posée en 2017.

 

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L’Anneau de crin
Pierscionek z orlem w koronie
d’Andrzej Wajda
Avec : Rafal Królikowski (Marcin), Adrianna Biedrzynska (Janina), Cezary Pazura (Kosior), Jerzy Kamas (le colonel Prawdzic), Miroslaw Baka (Tatar), Piotr Bajor (Steinert), Jadwiga Jankowska-Cieslak (Choinska), Agnieszka Wagner (Wiska), Maria Chwalibóg (Courier), Wojciech Klata (Labeda), Tomasz Rojek (Kastet), Wojciech Lasota (Funk), Tomasz Konieczny (Maciek Chelmicki)
Pologne, France, Royaume-Uni – 1992.
Durée : 106 min
Sortie en salles (France) : 24 juillet 1994
Sortie France du DVD : 16 août 2017
Format : 1,66 – Couleur
Langue : polonais - Sous-titres : français.
Éditeur : Éditions Montparnasse

 

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