Cédric Lépine
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Billet de blog 25 déc. 2019

L’alcoolisme sans fard en 1945 par Billy Wilder

L’écrivain Don Birman doit partir en week end avec son frère afin d’échapper à l’emprise de l’alcool. Tout ne se passe pas comme prévu et Ray se souvient de sa première rencontre avec Helen qui lui a offert un jour un nouvel horizon d’espoir.

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"Le Poison" (The Lost Weekend) de Billy Wilder © Rimini éditions

Au sujet de l'édition DVD : Le Poison de Billy Wilder

Juste après Assurance sur la mort (Double Indemnity, 1944) Billy Wilder poursuit son exploration de la conscience obscure de ses personnages en adaptant un roman autobiographique sur la traversée infernale d’un homme plongeant dans l’alcoolisme. Contrairement à ses films précédents et à venir, en tant que réalisateur et scénariste pour d’autres, Billy Wilder choisit ici de suivre le registre du réalisme dans le cadre d’une mise en scène qui se réfère expressément au registre du film noir en usant avec subtilité des codes de l’expressionnisme. L’alcoolisme n’est plus ici traité, contrairement à ce qui s’était essentiellement fait jusque-là à Hollywood, comme la caractéristique bouffonne et comique d’un personnage secondaire : elle est traitée sans fard comme une véritable maladie dans une descente aux enfers qui laisse peu d’échappatoires autre que l’écriture, à la fois couperet insatiable et planche de salut pour cet écrivain tétanisé par ses propres déficits identitaires. Méconnu, le film a même failli être abandonné par Billy Wilder lui-même, devant les retours négatifs des premières projections tests avec un public peu habitué à une telle vision de l’alcoolisme dans un contexte social qui ne pouvait pas l’ignorer, onze ans après la fin de la Prohibition. C’est en effet le puritanisme hypocrite de la société américaine qui produit à la fois la Prohibition et le code Hays dans le cinéma que pointe du doigt le scénario et la mise en scène de Billy Wilder avec ce film qui gagne encore à être connu aujourd’hui. Ray Milland livre en outre une composition unique en son genre, s’impliquant personnellement dans un souci de réalisme avant-gardiste à l’époque alors que les expérimentations de l’Actor’s Studio étaient encore très peu visibles au cinéma. C’est un peu implicitement que l’acteur va chercher à faire éprouver à son corps la réalité de l’alcoolisme et Billy Wilder à réaliser ses prises de vue en décor naturel à New York, lui le grand adepte de la maîtrise totale de la mise en scène que permet le studio de cinéma. L’écriture des dialogues comme des choix de mise en scène confirme le talent de Billy Wilder pour son cinquième long métrage en tant que réalisateur, lui permettant sans nul doute par la suite d’aller plus profondément dans le chemin de ses prises de risque et livrant ainsi ses multiples chefs-d’œuvre qui marquent encore l’histoire du cinéma hollywoodien.
Il faut également noter le soin particulier par l'éditeur de cette édition vidéo pour ses compléments, à savoir un échange filmé entre les journalistes Mathieu Macheret et Frédéric Mercier ainsi qu'un livret de 28 pages réalisé par Marc Toullec qui apportent de nombreuses perspectives pour comprendre à la fois le cotexte de réalisation du film et la richesse de sa construction.

Le Poison
The Lost Weekend
de Billy Wilder


Avec : Ray Milland (Don Birnam), Jane Wyman (Helen St. James), Phillip Terry (Birnam), Howard Da Silva (Nat, le barman), Doris Dowling (Gloria), Frank Faylen ('Bim' Nolan, l'infirmier), Mary Young (Mme Deveridge), Anita Sharp-Bolster (Mme Foley), Lillian Fontaine (St. James), Lewis L. Russell (Mr. St. James), Frank Orth (le préposé au vestiaire de l'Opéra)

USA, 1946.
Durée : 99 min
Sortie en salles (France) : 14 février 1947
Sortie France du DVD : 1er octobre 2019
Format : 1,37 – Noir & Blanc
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Rimini Éditions

Bonus :
Conversation entre les journalistes Mathieu Macheret et Frédéric Mercier
Livret de 28 pages par Marc Toullec

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