"L’Attentat" d’Yves Boisset

Les services secrets manipulent un ancien militant pour l’indépendance des pays non alignés afin de tendre un piège à une grande figure de l’opposition aux régimes antidémocratiques et dictatoriaux.

"L’Attentat" d’Yves Boisset © Tamasa "L’Attentat" d’Yves Boisset © Tamasa
Au sujet de l’édition du DVD : L’Attentat d’Yves Boisset

Dans les années 1970, Yves Boisset à l’instar de Costa-Gavras ouvraient une voie inédite dans le cinéma français : celle du thriller politique reposant sur la dénonciation d’affaires réelles. Ici, bien que L’Attentat soit une œuvre de fiction où tous les noms des personnages sont inventés, l’inspiration est clairement adaptée de l’affaire Ben Barka où les services secrets français (SDECE) se sont associés avec les hommes de mains du ministre de l’Intérieur marocain pour enlever et faire disparaître le chef de l’opposition marocain et leader tiers-mondiste et panafricaniste en octobre 1965. Avant l’adaptation par Serge Le Péron avec son J’ai vu tuer Ben Barka (2005), Yves Boisset signait une œuvre forte en s’appuyant sur une adaptation des événements et des dialogues écrits par Jorge Semprún qui venait alors de collaborer aux scénarios successifs de deux films politiques saisissants de Costa-Gavras : Z (1969) et L’Aveu (1970). Yves Boisset reprend la formule de Costa-Gavras dans Z qui sera reprise plus tard par Oliver Stone dans JFK (1991) en faisant appel à un casting prestigieux pour interpréter les différents protagonistes impliqués dans ce scandale politique. Le projet est ambitieux et parfaitement à la hauteur de la réflexion politique proposée, qui va de la dénonciation du néocolonialisme de la part des gouvernements occidentaux dans leurs anciennes colonies au sens du militantisme à l’instar du personnage central de François Darien. C’est bien ce personnage fictif, inspiré de personnages réels, qui est au centre de l’intrigue d’Yves Boisset, et non pas la victime historique de cette affaire, Sadiel derrière lequel se cache Ben Barka. En choisissant Darien, interprété avec une conviction sans failles par Jean-Louis Trintignant, Yves Boisset questionne le sens de l’engagement politique quand on se dit de gauche et que l’on est lâche et séduit par le confort de la droite pompidolienne au pouvoir : l’histoire fictive se déroule en effet au moment du tournage du film sous la présidence de Pompidou comme on peut voir son portrait au commissariat.

L’efficacité de la mise en scène d’Yves Boisset est aussi forte dans son rythme que dans l’interprétation optimale de ses comédiens, chacun ayant l’opportunité de défendre son personnage avec force, même s’il s’agit des plus grandes crapules. Ce choix est d’autant plus perspicace, qu’avec une multitude de personnages vivement incarnés apparaît une petite part de vérité historique, loin du manichéisme élémentaire d’une pure fiction.

Cerise sur le gâteau et non des moindres, la magistrale bande originale signée Ennio Morricone, discrète mais très efficace, confine à faire d'Yves Boisset le cinéaste politique le plus italien de l'industrie française !

 

 

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L’Attentat
d’Yves Boisset
Avec : Jean-Louis Trintignant (François Darien), Michel Piccoli (le colonel Kassar), Jean Seberg (Édith Lemoine), Gian Maria Volontè (Sadiel), Michel Bouquet (Me Lempereur), Bruno Cremer (Me Michel Vigneau), Daniel Ivernel (Antoine Aconetti), Philippe Noiret (Pierre Garcin), François Périer (le commissaire René Rouannat), Roy Scheider (Michael Howard), Karin Schubert (Sabine), Nigel Davenport (un responsable de la CIA), Jacques François (Lestienne), Jean Bouise (un policier haut placé), Denis Manuel (Azam), Marc Mazza (le capitaine Lardi), Pierre Santini (l’inspecteur Melun), Georges Staquet l’officier de police Fleury), Jean Bouchaud (l’inspecteur Le Gall), Roland Blanche (un homme d'Aconetti), Jacques Richard (un homme d’Aconetti), Michel Beaune (un inspecteur de police)
France, Italie, Allemagne de l’Ouest, 1972.
Durée : 118 min
Sortie en salles (France) : 11 octobre 1972
Sortie France du DVD : 22 septembre 2020
Format : 1,66 – Couleur
Langue : français.
Éditeur : Tamasa Diffusion

Bonus :
Retour sur l’affaire Ben Barka par Pierre Vermeren (36’)
Gian Maria Volontè par Yves Boisset (5’)

 

 

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