Séduction, mensonge et avion

Bernard Laurent est un journaliste américain à Paris qui tient un planning très précis pour accueillir alternativement ses trois fiancées, hôtesses de l'air, sans que l'une ne connaisse l'existence de l'autre.

"Boeing Boeing" de John Rich © LCJ "Boeing Boeing" de John Rich © LCJ

Sortie DVD : Boeing Boeing de John Rich

Ce film produit par Paramount qui se déroule essentiellement dans un appartement des quartiers aisés de Paris près de la station Victor Hugo est l'adaptation pour le cinéma de la pièce du même nom de Marc Camoletti. Il s'agit de l'une des pièces de théâtre français les plus jouée dans le monde entier avec plus de 10 000 représentations. L'histoire s'inscrit dans l'immense quantité de vaudevilles mélangeant adultère, mensonge, esprit puéril du séducteur manipulateur, quiproquos, le tout à un rythme tonitruant afin de provoquer les situations comiques. Pas d'originalité dans le récit et encore moins dans la mise en scène de cette adaptation cinématographique dont le seul atout consiste à avoir voulu recomposer à l'écran un duo comique avec Tony Curtis et Jerry Lewis, reprenant la dynamique que ce dernier forme habituellement avec Dean Martin. Difficile de créer une connivence à l'écran et ici elle ne fonctionne pas entre les deux acteurs. Jerry Lewis ne se permet aucune initiative pour développer son personnage autant dans ses prestations comiques que séductrices. Tony Curtis est un peu trop engoncé dans son rôle, avec des gestes répétitifs pour répondre à la description de la pièce, sans jamais permettre de dialoguer avec le spectateur par la singularité de son personnage. Quant aux trois femmes, elles se contentent d'être présente dans leur beauté et le scénario ne leur offre aucune possibilité de reprendre en main le récit. Les clichés entre les nationalités (allemande, française et anglaise pour les hôtesses, étatsunienne pour les deux journalistes prédateurs) sont utilisés avec maladresse pour nourrir l'effet comique. Quant à la mise en scène, aucun effort pour sortir de l'adaptation théâtrale : la caméra est fixe, la plupart du temps enfermée dans l'appartement parisien avec les multiples portes qui s'ouvrent et se ferment pour jouer sur les entrées de jeu, comme au théâtre. Le réalisateur s'est contenté de mettre en images une histoire qui selon lui ne demandait aucun développement spécifique. Reste une seule une bonne idée que l'on trouve dans la version française : l'introduction bafouillante de Darry Cowl pour décrire un monde moderne tourné vers l'accélération du temps, des déplacements et du besoin obsessionnel de nouvelles conquêtes que symbolise les transports aériens. L'introduction est à cet égard bien inspirée pour décrire la folie d'une société de consommation qui veut toujours consommer plus au milieu des années 1960 avant la remise en cause internationale progressive de ce mode de vie qui tourne à vide.
Le film est ouvertement un drame bourgeois qui rit de son hypocrisie reposant sur la tromperie au sein du couple, avec des hommes n'assumant pas d'aimer plusieurs personnes à la fois et élaborant des stratagèmes pour conserver la morale sacro-sainte bourgeoise. Hélas, le film ne prend pas ce chemin de la critique sociale et se contente de rester sur la surface superficielle de l'adaptation d'une pièce de théâtre à succès.

 

 

boeing-boeing
Boeing Boeing
de John Rich
Avec : Tony Curtis (Bernard Laurent), Jerry Lewis (Robert Viard), Dany Saval (l'hôtesse d'Air France), Suzanna Leigh (l'hôtesse de British United Airways), Christiane Schmidtmer (l'hôtesse de la Lufthansa), Thelma Ritter (Maria), Eugene Borden (le chauffeur de taxi français)
USA, 1965.
Durée : 98 min
Sortie en salles (France) : 13 mai 1966
Sortie France du DVD : 3 avril 2019
Format : 1,85 – Couleur
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : LCJ Éditions

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.