Entretien avec Fanny Boutard, coach

Les différentes dynamiques d'accompagnement des personnes autour de leurs difficultés au quotidien évoluent rapidement à l'ère du confinement et du malaise social grandissant. Le coaching est une pratique qui tient à approcher les personnes dans leurs singularités avec un suivi personnalisé. Fanny Boutard (Aurielle Coaching) présente l'une de ces formes contemporaines d'accompagnement.

Fanny Boutard © Emmanuelle Nuzillat Fanny Boutard © Emmanuelle Nuzillat
Cédric Lépine : Pourquoi es-tu devenue coach ?
Fanny Boutard :
Cela faisait des années que je m’intéressais à l’humain et à son fonctionnement. En gros, j’ai toujours eu 3 grandes passions : l’écologie, l’art et le développement personnel. J’ai fait des études dans le domaine de l’environnement, j’ai travaillé dans le domaine agricole et alimentaire, puis j’ai fait une année d’arts appliqués. Du coup, il me restait le développement personnel ! Je me suis très tôt lancée dans la spiritualité, le développement personnel, l’énergétique et autres thérapies alternatives. J’ai testé pas mal d’outils, et je rêvais de pouvoir accompagner moi aussi des personnes vers du mieux-être. C’était super important pour moi d’être bien formée et de m’assurer de vraiment apporter quelque chose de sain et d’utile dans mes accompagnements, et je craignais d’être obligée de faire des années d’études en psychologie (l’idée d’apprendre par cœur le point de vue machiste de Freud me rebutait énormément, en plus du nombre d’années d’étude). J’avais déjà fait 5 ans d’études et je n’avais pas envie de repartir pour 5 ans. Finalement, j’ai rencontré l’école qui m’a formé (Activ’PNL à Lyon), et donc le métier de coach avec la spécialité en PNL (Programmation Neuro Linguistique). Je me suis formée pendant un peu plus d’un an dans l’école Activ’PNL à Lyon, auprès de Jordi TURC. C’est une école de coaching spécialisée en PNL. La formation en coaching donnée par cette école est reconnue par l’État et l’école donne aussi sa propre certification de coach PNL.
J’ai fait quelques modules « tests » pour évaluer l’école et la formation et j’ai été très vite convaincue de la qualité des enseignements, et rassurée sur les compétences que j’allais avoir en ressortant. J’étais lancée !

Ce qui est génial c’est que je peux relier mes différents centres d’intérêt avec ma thématique d’approche de l’autre. J’accompagne les personnes qui se sentent différentes à trouver leur place dans ce monde en mobilisant leur potentiel créatif, du coup je peux connecter ma pratique créative avec le développement personnel. De plus, l’écologie s’applique autant l’environnement qu’à l’humain, car il s’agit avant tout d’apprendre à respecter le vivant.


C. L. : Qu’est-ce qui différencie un coaching d’autres approches thérapeutiques ?
F. B. :
C’est une question qui n’est pas évidente. La formation n’est pas la même, donc les outils et l’approche sont différents. Je dirais que le coaching est particulièrement orienté vers l’avenir et l’atteinte des objectifs. Le coaching s’intègre dans ce que l’on appelle les thérapies brèves avec une moyenne de 6 à 10 séances pour aboutir au résultat avec le client. Cependant, aujourd’hui, il existe tellement d’outils à vocation thérapeutique que même un coach, selon sa formation et les outils dont il dispose, peut faire de la thérapie. C’est mon cas avec l’outil de la PNL. Donc parfois entre psychologue, psychothérapeute et coach par exemple il peut devenir délicat d’expliquer les différences car nous avons des points communs. Pour résumé je dirais que le coach est particulièrement orienté sur l’avenir tandis que le psychologue aura probablement plus d’expertise pour explorer et analyser le passé. Le but reste commun : aider notre client/patient à se réparer et à avancer. Pour choisir, je pense que le mieux est déjà de se renseigner sur les différents outils et puis de tester. Sachant que l’affinité avec le coach/thérapeute est essentielle. La qualité de la relation, le fait de se sentir à l’aise et en sécurité, sont des critères importants pour un accompagnement efficace.


C. L. : Ta pratique continue-t-elle à évoluer en intégrant progressivement de nouvelles approches ?
F. B. :
Bien sûr ! Ma pratique évolue sans cesse, rien qu’avec l’expérience. Mes clients me font évoluer et grandir. Et j’ai toujours plein d’idées de formations car je suis très curieuse et toujours à la recherche d’outils efficaces. Ce qui me motive c’est vraiment de trouver ce qui va me permettre d’aider au mieux mes clients.


C. L. : Quels sont tes outils spécifiques (concepts, grilles de lectures, etc.) que tu utilises dans tes séances ?
F. B. :
J’utilise essentiellement les outils de la PNL pour analyser les fonctionnements inconscients et faire de la réparation, et des outils de coaching pour le développement des ressources vers l’atteinte des objectifs du client. J’utilise également l’Analyse Transactionnelle, l’Ennéagramme et la Communication Non Violente.


C. L. : Quelles sont tes autres activités professionnelles et non professionnelles qui te définissent ?
F. B. :
Je suis créatrice d’Histoires Sensorielles (je démarre). J’écris des courtes histoires dans un style un peu fantastique que j’illustre et pour lesquelles je crée une ambiance sonore complète (musiques et bruitages). Mes histoires sont toutes un peu « initiatiques » et ont pour but de faire réfléchir et faire travailler l’inconscient.
Je suis très sensible aux questions du genre, du féminisme, des orientations sexuelles, en fait un peu tout ce qui sort un peu des « normes » et qui génère de la souffrance chez des personnes qui galèrent à trouver leur place dans un monde peu tolérant.
Je crois au pouvoir de l’imagination et de la créativité pour inventer le monde de demain, plus respectueux de la vie en général, dans lequel tout le monde pourrait trouver sa place et développer ses potentiels.
Je lis beaucoup sur ces sujets, j’adore les romans, avoir de longues discussions profondes avec les gens… Je passe beaucoup de temps à réfléchir, en fait !


C. L. : Comment en es-tu venue à proposer du coaching autour de l’affirmation de sa différence ?
F. B. :
Parce que c’est un sujet directement connecté à ma vie et qu’il me passionne. Je pense que le monde d’aujourd’hui est dans une fin de cycle et qu’il a besoin de façons de penser différentes pour préparer le prochain. Il me semble actuellement essentiel que tout le monde apprenne à se connaître, à s’affirmer, à exprimer sa créativité et à contribuer concrètement en accord avec ses talents uniques et ses valeurs. Je suis persuadée que chaque personne a sa place, comme une pièce d’un puzzle, et que si cette place n’existe pas encore aujourd’hui et bien cela fait partie de son chemin de la créer.
On peut se sentir différent sur plein de plans : familial, relationnel, mode de vie, travail, spiritualité…
Il y a plein de sujets qui sortent de la norme établie et sont encore mal acceptés et compris. Cela va du souhait pour une femme de ne pas avoir d’enfants, à l’envie de développer ses propres croyances spirituelles, en passant par la volonté de sortir du modèle de couple exclusif… J’ai commencé ma communication par ce dernier sujet, en le traitant sous plusieurs angles différents : polyamour, libertinage, couple libre. Mon but est de sensibiliser à ces différents sujets qui sortent de la norme, et regrouper les personnes qui se sentent en décalage afin d’apporter de l’espoir, du soutien, des pistes d’évolution. Le tout vers plus de tolérance envers les uns et les autres.

La deuxième raison c’est que malgré mon développement personnel de l’époque, en voulant me débrouiller toute seule sans aide j’ai fait beaucoup d’erreurs qui ont entraîné beaucoup de souffrance et de difficultés relationnelles. Je trouve que c’est dommage de dépenser autant d’énergie et de temps quand ça pourrait être plus simple et sain. Les livres, les amis, les accompagnants peu avertis sur les sujets qui me touchaient spécifiquement n’étaient pas suffisants. J’aurais vraiment adoré avoir un professionnel pour m’accompagner dès le début du processus, car j’aurais gagné énormément de temps et j’aurais moins souffert. C’est ce qui me motive aujourd’hui à proposer aux personnes qui veulent investir pour leur réalisation un accompagnement ultra complet et personnalisé vers l’affirmation de sa différence par la libération de ses potentiels créatifs. Je suis heureuse aujourd’hui d’avoir les compétences et l’expérience pour accompagner les personnes qui en ont besoin.


C. L. : En revenant sur le sujet du couple et de l’exclusivité, la notion d’ouverture de couple et de polyamour est-elle actuellement bien appréhendée dans la société actuelle selon toi ?
F. B. :
Le point positif c’est que le sujet est de plus en plus connu car médiatisé. Après il y a encore beaucoup d’incompréhensions, de fausses informations, de jugements. Pour moi le sujet est encore assez peu accepté et compris, il y a encore beaucoup de boulot ! Le polyamour par exemple est régulièrement associé à une vie sexuelle délirante, et vu comme une forme de pathologie de l’engagement, une vie un peu amorale. Peu de gens font la différence entre les diverses catégories de relations. Par exemple le libertinage n’a pas grand-chose à voir avec le polyamour, et l’on peut être à la fois libertin et polyamoureux. C’est pour ça que je préfère parler de relations ouvertes, par opposition à relations exclusives, pour justement intégrer tout ce qui peut exister dans ce domaine et pour que toutes les personnes qui sortent du cadre de l’exclusivité se sentent incluses.
On est encore très soumis à notre héritage religieux et une culture centrée sur « la femme ou l’homme de sa vie », l’idée de trouver « la personne qui nous complète ». Et puis à cela on ajoute ce mélange d’hypersexualisation mêlée de malaise face à la sexualité. On vit quand même dans une société hyper violente sur pleins de plans, et c’est logique que cela s’intègre jusque dans notre manière de penser et de vivre nos relations. Sans même sortir de l’exclusivité, il y a énormément de personnes aujourd’hui qui sont toxiques dans leurs relations, ou vivent des relations toxiques et malsaines, parfois sans en être pleinement conscientes.
Pour moi les relations ouvertes font partie d’un très vaste chantier autour des relations humaines, et il y a encore beaucoup à faire.
Je ne suis pas contre l’idée de l’exclusivité amoureuse et sexuelle, pour moi tout peut exister, ce qui est dommage, c’est qu’il y a une vraie fermeture, voir un rejet face à d’autres façon de penser et de vivre ses relations. Je pense que beaucoup de personnes n’ont même pas l’idée de penser leurs relations en dehors du cadre exclusif, tandis que d’autres n’osent pas, par peur de l’inconnu ou des jugements justement. Pourtant je suis persuadée que c’est un mode relationnel qui pourrait convenir à beaucoup de gens, et pourrait permettre de sortir du problème de l’adultère qui par le mensonge entraîne une rupture totale du contrat de confiance et d’honnêteté dans la relation.
Je serai satisfaite le jour où ces relations « non exclusives » seront pleinement acceptées et non jugées sur la base d’une culture fermée et d’informations erronées.
J’ai bon espoir, car je constate que le sujet intéresse et se fait connaître, c’est déjà super !

 

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