Entretien avec la compagnie Les GüMs pour leur spectacle "KäLk"

En août 2019, la compagnie Les GüMs (formée de Brian Henninot et Clémence Rouzier) est venue présenter son nouveau spectacle intitulé KäLk dans le cadre de la programmation du festival de spectacles vivants de L'été de Vaour. Il y est question, sous un mode burlesque, de l'évocation rétrospective de l'histoire d'un couple dans ses failles qui se transforment en ravins.

"KäLk" de la compagnie Les GüMs © Atelier du rush - Florian Delafounie "KäLk" de la compagnie Les GüMs © Atelier du rush - Florian Delafounie

Cédric Lépine : Pouvez-vous expliquer le choix de votre nom de compagnie, Les GüMs ?
Clémence Rouzier :
Nous avons cherché longtemps : nous voulions un nom qui puisse définir une famille : « les » quelque chose. Ensuite, nous avons travaillé sur l'absurde et le jeu de mot Les GüMs nous paraissait effectivement absurde. Ce mot n'a donc rien à voir avec les légumes.

Brian Henninot : Après de multiples questionnements, un soir nous avons trouvé Les GüMs : c'est con, c'est absurde et cela fonctionne.

C. R. : Qu'il s'agisse de notre nom comme celui de nos spectacles, StOïK et KäLk, il y a toujours des trémas, ce qui constitue un effet de style pour dire que nous sommes deux.


C. L. : Ces noms évoquent une autre langue et votre spectacle KäLk utilise d'ailleurs d'autres langues, constituant une véritable invitation vers l'ailleurs.
B. H. : Nous aimons beaucoup les films du nord de l'Europe. Nous nous en sommes bien inspirés : nous aimons bien leur univers avec le temps qui s'étire. L'idée d'utiliser une autre langue repose sur l'affirmation qu'il n'est pas nécessaire que le public comprenne les paroles : le corps suffit à exprimer ce que l'on a envie de raconter. Il y a d'ailleurs à peine deux mots utilisés par nous dans tout le spectacle.

C. R. : Et aussi une chanson en néerlandais.

C. L. : Puisque vous évoquez le nord de l'Europe, je pense aux films d'Ingmar Bergman qui traite des relations conflictuelles au sein du couple comme dans votre spectacle KäLk mais à travers l'humour burlesque. Au départ de l'écriture de KäLk, vous aviez l'intention précise de réaliser le portrait d'un couple à travers ses difficultés à vivre ensemble ?
C. R. : Nous aimons bien, lorsque nous commençons à écrire, partir de ce que nous sommes vraiment et être au plus juste de ce que nous sommes tous les deux ensemble. Au début de l'écriture de KäLK, cela faisait cinq ans que nous étions ensemble tout le temps dans notre travail jusqu'à ne plus nous supporter dans certains cas. En conséquence, le questionnement suivant est apparu : comment persiste-t-on ensemble dans le temps, quels en sont les ressorts ? Dans StOïK, nous étions également partis de nous, de notre rencontre. À partir de là, nous avons fait des recherches en allant interroger des couples qui étaient ensemble depuis longtemps. Car, finalement, nous nous connaissons depuis seulement dix ans : quelle légitimité aurions-nous à parler de l'usure du couple dans sa durée ?

B. H. : Si nous avions l'image du couple, nous voulions davantage parler du lien entre deux personnes, quelle que soit la nature de leur relation. Ce qui nous intéresse, c'est questionner comment continuer à passer beaucoup de temps ensemble. Les personnages pourraient être un couple, comme ils pourraient être frère et sœur, ou encore des amis. Il s'agit pour nous de mettre en évidence les compromis que nous sommes prêts à faire pour vivre avec l'autre, comment, malgré les défauts que l'on voit en l'autre, on continue à l'accepter...

C. R. : … et à l'aimer.

B. H. : En effet. À toutes ces questions, nous ne cherchions pas à donner de réponses dans notre spectacle. Nous sommes plutôt dans la dynamique de poser des situations possibles.

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C. L. : À un moment donné du spectacle, une plaque commémorative annonce que « l'amour est éternel ». C'est donc davantage l'amour dans une relation qui est ici interrogée que le couple en tant que tel. Plusieurs moments sont dès lors interrogés, de la rencontre spectaculaire sous forme de danse, à la lassitude du quotidien, à la détresse de l'incompréhension de l'autre et à l'isolement.
B. H. : Dans ce spectacle comme dans le précédent, nous aimons observer les gens dans leurs comportements quotidiens pour chercher à le retranscrire de manière la plus juste sur scène. Nous ne sommes pas dans le performatif à exécuter des choses que d'autres ne savent pas faire. Nous partons toujours de situations réelles. Évidemment, nous transformons les choses de manière clownesque, c'est pourquoi nous grossissons le trait de différentes situations. Nous allons développer la situation pour qu'elle devienne absurde. Nous partons toujours d'une réalité que nous pourrions observer dans le quotidien d'un couple. Le fait de faire cela permet d'ouvrir de nouvelles portes. En partant d'un quotidien que tout le monde peut connaître, nous conduisons le public vers quelque chose d'inattendu de prime abord.

C. R. : Nous avons essayé de construire ce spectacle en tranches de vie un peu stoïques : un peu "comme dans StOïK" (notre premier spectacle). Nous nous sommes pour cela beaucoup inspirés du cinéma et notamment le rapport non chronologique au récit du film réalisé par Alejandro González Iñárritu, 21 grammes (2003). Nous souhaitions également que la fin donne la clé à tout le reste de l'histoire comme dans Sixième sens de M. Night Shyamalan (1999).


C. L. : D'où vous viennent ces différentes propositions de jeu, qu'il s'agisse de s'exprimer avec votre corps omniprésent, des décors kitsch, les photographies de bouches expressives, la chanson, etc. ?
C. R. : En ce qui concerne le travail sur le corps, nous sommes issus d'une formation de cirque et c'est dans ce cadre que nous nous sommes rencontrés et que nous avons accroché l'un pour l'autre sur scène. Nous sommes persuadés que nous pouvons tout dire avec le corps. Nous partons donc du corps parce que cela nous plaît vraiment. Concernant les objets et le décor, nous y sommes très attachés parce que plastiquement cela nous intéresse. Nous sommes à cet égard très attachés aux films nordiques.

B. H. : Je pense notamment à Roy Andersson qui fait des films avec seulement des plans-séquences où la caméra ne bouge jamais. C'est en se mettant ainsi des contraintes que l'on en vient à trouver de nouvelles possibilités.

C. R. : Plastiquement, c'est aussi important d'avoir un univers que l'on a construit soi-même pour donner une cohérence à l'ensemble.


C. L. : Votre spectacle propose au public de voyager dans le temps, qu'il s'agisse des ressorts du duo comique comme du décor.
C. R. : Notre envie à la base consistait à n'avoir aucun repère qui identifierait un espace et un temps.

B. H. : Au début de la création du spectacle, nous avions un frigo et un canapé mais suite à des essais en résidence et suite aux retours du public, nous avons senti que cela ne marchait pas. Je pense que cela était trop représentatif, trop identifié comme un intérieur. Lors d'une résidence suivante, nous avons ainsi opté pour les chaises de camping, ce qui permettait de mettre en avant les objets en plastique qui représentent bien notre monde actuel où tout est faux.

 

C. R. : L'omniprésence du plastique répondait bien également à la représentation du couple idéal.

B. H. : Même les chiens sont faux ! Je trouve que ce décor permet de générer plus d'imaginaire. Il suffit de déplacer les chaises pour créer un autre endroit et d'amener le public vers d'autres espaces. Comme pour le gazon en plastique que l'on déplace. Cela nous parlait beaucoup plus de travailler ainsi avec un tel décor.


C. L. : Vous travaillez votre mise en scène dans la profondeur de champ avec le personnage féminin au premier plan qui prend le micro et le personnage masculin plus en retrait au fond de la scène comme s'il était spectateur de ce qui était en train de se passer. Est-ce que ce parti pris était présent à l'origine ?
C. R. : Nous avions imaginé ce spectacle comme si le public voyait l'histoire du personnage masculin alors qu'elle n'existe déjà plus. Ainsi, elle l'accompagne dans ses pensées mais lui est toujours tout seul. C'est pour cela qu'il y a vraiment deux entités spécifiques. Ils sont ensemble au départ et l'on voit progressivement leur distance l'un vis-à-vis de l'autre.

B. H. : C'est la mise en scène de ses souvenirs. Tout se passe comme si tout le spectacle était la projection de sa propre pensée et du souvenir de sa relation. On le comprend avec l'image finale.

 

 

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Création et interprétation : Brian Henninot et Clémence Rouzier

Mise en scène : Johan Lescop

Regard chorégraphique : Isabelle Leroy

Création lumière : Julie Malka

Régie : Marylou Bateau / Julie Malka (en alternance)

Production / Diffusion / Administration : AY-ROOP

Site de la Cie : http://www.lesgums.com

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