Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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Billet de blog 27 sept. 2020

Brigitte Lahaie, une star du cinéma de la marge

Dans ce premier volume consacré à la star de la pornographie française Brigitte Lahaie, sont réunis six films réalisés à la fin des années 1970 où l’actrice apparaît. Ce fut pour elle une courte mais intense filmographie avec sa participation à près d’une centaine de films en cinq ans à peine, marquant une histoire révolue de l’industrie du cinéma de la marge.

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"Hurlements d’extases" de José Bénazéraf © LCJ

Sortie du coffret DVD : Brigitte Lahaie volume 1

La sélection des six films réunis est clairement hétéroclite et ne possède que pour seul point commun de présenter l’actrice Brigitte Lahaie, devenue une icône médiatique de la sexualité grâce à la médiatisation dont elle est a pu bénéficier dans les médias traditionnels les décennies suivantes jusqu’à aujourd’hui. Or, son cheminement est un cas rare dans une industrie du cinéma pornographique où celles et ceux y ont travaillé à un moment donné, sont majoritairement condamné-e-s à rester dans l’ombre du monde du spectacle. Ainsi, Brigitte Lahaie peut constituer un fil rouge pour se plonger dans une production qui semble avoir ses propres règles et sert souvent de défouloir pour définir le bon du mauvais cinéma. Si le cinéma bis dans lequel a pu brillamment participer Brigitte Lahaie au même moment grâce à la mise en scène inspirée d’un Jean Rollin, a pu être le fer de lance d’un cinéma décomplexé vis-à-vis des règles de mise en scène, il est aisé d’imaginer que la pornographie puisse suivre un élan émancipateur dans une poussée surréaliste. Or, il faut bien avouer que dans les 6 films ici présentés, on voit apparaître des limites et des contraintes dans la réalisation.
Sur ces 6 films, Ta gueule, je t’aime ! de Serge Korber est le seul à ne pas être un film pornographique mais bien plutôt une comédie érotique avec certes un scénario aux enjeux extrêmement restreints, mais qui permet de coller une individualité à chaque personnage. Les blagues homophobes témoignent d’une époque où l’homosexualité était un délit puni par la loi en France avec l’appui de certains psychanalystes orthodoxes. D’ailleurs, on pourrait imaginer que les monteurs comme les réalisateurs des films ici réunis devaient être freudiens, tant l’omniprésence de pénis en érection et les fellations dominent les scènes, particulièrement dans La Mouillette de Sam Corey (Jean Luret) qui atteint le summum du phallocentrage. Il est à noté encore que si la sexualité partagée entre deux femmes est régulièrement présentée, il n’y a aucun équivalent pour les hommes. Le corps des femmes de leurs côtés répond à une norme très forte qu’il s’agisse de leur épilation, la couleur de leur peau, la taille de leur poitrine, leur sexualité, leurs silhouettes. Ainsi, pour les responsables de casting, les femmes devant la caméra sont interchangeables en l’absence totale de singularité. Ceci suppose ainsi une sexualité grossophobe dans ces productions pornographiques de la fin des années 1970 observable en six films avec Brigitte Lahaie.
Si l’on trouve de la diversité ethnique dans Body-body à Bangkok de Jean-Marie Pallardy c’est implicitement pour promouvoir sans complexe le tourisme sexuel néocolonial. Il est vrai cependant que ce film jouit d’une production plus importante lui offrant un tournage à l’étranger et de disposer d’un scénario qui permet au héros masculin de suivre ses aventures où l’amour pointe son bout du nez pour donner un peu de piment au spectateur en manque de romantisme.
Les films pornographiques souffrent également d’une très mauvaise bande sonore où seules les voix ont été reproduites en post-production, sans aucune attention pour les autres sons. Dans L’Obsédée sexuelle de Sam Corey (alias Alain Nauroy) la bande sonore a été complétée bien plus tard avec une voix off qui souligne la présence de Brigitte Lahaie dans son premier rôle en guise de narration et une musique qui est postérieure de plus d’une décennie à l’année du doublage.
Hurlements d’extases de José Bénazéraf à la production restreinte avec moins d’une heure de film, une limitation à trois personnages dans le huis clos d’une villa résidentielle du Sud de la France avec piscine, est plutôt surprenant en commençant par une conversation où le personnage de la riche épouse jouée par Brigitte Lahaie ironise d’une nouvelle époque dominée par la médiatisation de la philosophie prétentieuse d’un BHL pour qui la civilisation n’a commencé qu’il y a 2000 ans. L’histoire elle-même surprendra par son dénouement tragique comme si celui-ci venait souligner la condamnation de la liberté de pensée et d’action d’une femme qui en outre soumet le propriétaire des lieux. Ce film est le seul de ce coffret à offrir une place prépondérante à Brigitte Lahaie alors que dans les autres elle ne fait qu’une apparition ou se contente d’un second rôle sexuel parmi tant d’autres. C’est le cas de sa prestation dans Bordel SS de José Bénazéraf qui dispose d’un scénario plus élaboré que la moyenne des productions pornographiques, tenant compte du contexte historique qu’il traite tout en jouant des fantasmes autour de la représentation des nazis dans des délires de soumission notamment. Ainsi, ce premier volume des films sélectionnés parmi plus d’une centaine offre un panachage de la diversité des enjeux des productions comme de l’évolution d’une actrice appelée au rôle de star iconique traversant les décennies.

Bordel SS
de José Bénazéraf
Avec : Brigitte Lahaie, Guy Royer, Hubert Géral, Erika Cool, Barbara Moose, Karin Gruas, Pierre Belot, Aaron Hauchart
France, 1978.
Durée : 84 min
Sortie en salles (France) : 11 janvier 1978

Hurlements d’extases
de José Bénazéraf
Avec : Brigitte Lahaie
France, 1979.
Durée : 53 min

Body-body à Bangkok
de Jean-Marie Pallardy (as Boris Pradley)
Avec : Brigitte Lahaie, France Lomay, Jean-Marie Pallardy, Jack Gatteau, Marilyn Jess, Robert Le Ray, Julia Perrin, Gabriel Pontello, Guy Royer, Claude Sendron, Cathy Stewart
France, 1981.
Durée : 75 min
Sortie en salles (France) : 20 mai 1981

L’Obsédée sexuelle
de Sam Corey (alias Alain Nauroy)
Avec : Charly Schreiner, Richard Lemieuvre, Alain Plumey, Marilyne Guillaume, Florence Marais, Cathy Pallet, Brigitte Lahaie
France, 1977.
Durée : 66 min
Sortie en salles (France) : 6 avril 1977

Ta gueule, je t’aime !
de Serge Korber
Avec : Henri Czarniak (Henry), Michèle Perello (Simone), Pierre Danny (Marco), Anne Libert (Fanny), Jean-Loup Philippe (Pip), France Lomay (Herminia la bonne), Brigitte Lahaie (Ingrid), Cathy Stewart (Sylvie), Carlo Dorelli (le mécano), Jean-Paul Regat (Charly, le curé), Paul Bisciglia (le metteur en scène)
France, 1980.
Durée : 80 min
Sortie en salles (France) : 18 juin 1980

La Mouillette
de Sam Corey (Jean Luret)
Avec : Charlie Schreiner (Jimmy), André Chazel (le producteur), Vic Armand (l’amant), Vikky Morreau (Hyacinthe), Diane Dubois, Martine Grimaud, Brigitte Lahaie, Viviane Laurent
France, 1978.
Durée : 63 min
Sortie en salles (France) : 14 juin 1978

Sortie France du coffret DVD : 24 juin 2020
Couleur
Langue : français.
Éditeur : LCJ Éditions

http://www.lcj-editions.com/

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