Cédric Lépine
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Billet de blog 28 févr. 2020

L’auto-aliénation des cols blancs : pouvoir et humanité évanescente

Frank, cadre au sein d’une entreprise de fret maritime à laquelle il est totalement dévoué, prend une grave décision impliquant la vie d’un homme à l’autre bout du monde, ce qui le conduit à être licencié. Pendant ce temps, sa famille compte sur lui pour maintenir leur confort de vie.

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"Ceux qui travaillent" d’Antoine Russbach © Condor

Sortie DVD : Ceux qui travaillent d’Antoine Russbach

Cela faisait longtemps après des films comme Violence des échanges en milieu tempéré (Jean-Marc Moutout, 2003) et L’Emploi du temps (Laurent Cantet, 2001) que la responsabilité des cadres dans le monde du travail à travers leur auto-aliénation ne soit avec ce premier long métrage d’Antoine Russbach aussi pertinemment interrogé. Certes, le film doit beaucoup à l’implication complète de cette force naturelle d’incarnation que représente Olivier Gourmet toujours capable de jouer autant de son corps que de la psychologie d’un personnage apparemment éteint. Et il fallait bien au casting une telle exigence de travail d’acteur puisque le personnage n’est guère sympathique au premier abord alors que c’est bien en interrogeant l’humanité de ce dernier que l’on parvient à saisir toute la violence d’un monde maintenu malgré les valeurs sincères de chaque personne prenant une part de responsabilité conséquente à son maintien et à sa continuité. C’est là que l’écriture du scénario est d’une richesse inouïe que l’on trouvait d’ailleurs déjà dans les premiers courts métrages d’Antoine Russbach (Michel et Les Bons garçons) visibles parmi les bonus de cette édition DVD.

Dans la mise en scène des conflits entre les personnages et les situations auxquelles ils sont confrontés, il y a beaucoup d’éléments issus des frères Dardenne mais avec en outre la volonté d’aller poser également son regard ailleurs, chez les « cols blancs » dans Ceux qui travaillent, en utilisant les ressources du thriller notamment. La problématique posée autour du travail et de la violence du néolibéralisme mondialisé n’est plus explicitée en termes d’oppositions de classes opposant oppresseurs contre opprimés, mais interroge encore une responsabilité collective. Ainsi, au final, certains tuent pour que chaque consommateur faussement naïf et innocent puisse disposer de produits manufacturés au prix le plus bas venus de l’autre bout du monde où la main d’œuvre ne dispose pas des mêmes législations sur le travail que dans les pays des principaux consommateurs. Le personnage dérangeant de cet homme qui fonce comme un bœuf dans son ardeur au travail puisque tout son entourage ne laisse pas d’opportunité d’être autre chose que cette force de travail générant du bénéfice économique, est une brillante opportunité pour saisir le monde actuel moins insaisissable qu’il n’y paraît au premier abord lorsque l’on interroge l’élémentaire humanité de base.

Ceux qui travaillent
d’Antoine Russbach
Avec : Olivier Gourmet (Frank), Adèle Bochatay (Mathilde), Delphine Bibet (Nadine), Pauline Schneider (Hilde), Sabine Timoteo (Valentine), Michel Voïta (Jérémy)


France, Suisse, Belgique – 2019.
Durée : 98 min
Sortie en salles (France) : 25 septembre 2019
Sortie France du DVD : 25 février 2020
Format : 1,85 – Couleur
Langue : français.
Éditeur : Condor Entertainment


Bonus :
Courts métrages :

  •  Michel d’Antoine Russbach et Emmanuel Marre (22’)
  •  Les Bons garçons d’Antoine Russbach (23’)

L’entretien d’embauche d’Olivier Gourmet
Frank, portrait d’un homme qui travaille
Entretien avec Antoine Russbach

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