Les Panama Papers selon Soderbergh : une satire du néolibéralisme

Alors que son mari meurt dans un accident de bateau, une femme découvre un montage frauduleux des assurances liées à un cabinet d’avocats localisé au Panama Mossack Fonseca.

"The Laundromat : L'Affaire des Panama Papers" de Steven Soderbergh © Netflix "The Laundromat : L'Affaire des Panama Papers" de Steven Soderbergh © Netflix
Sortie mondiale (France) du 18 octobre 2019 : The Laundromat : L'Affaire des Panama Papers de Steven Soderbergh

Dans son dernier film présenté en compétition officielle au festival de Venise en 2019, Steven Soderbergh manie en virtuose son art du récit pour évoquer le scandale international sans précédent des Panama Papers en faisant du cabinet d’avocat incriminé les maîtres de cérémonies d’une grande farce cynique caractéristique de la réalité économique néolibérale actuelle. Après avoir démonté sous le ton du drame la mainmise des narcotrafiquants de l’économie entre le Mexique et les USA dans son film Traffic (2000), le cinéaste reprend la structure chorale en l’associant au film à sketch à l’humour noir, dans la tradition de la comédie italienne des années 1970 remise au goût du jour avec Les Nouveaux sauvages (Relatos salvajes, 2014) de Damián Szifron pour proposer une satire du scandale des paradis fiscaux à l’échelle internationale. Pour cela, il fait à nouveau appel à un casting brillant dont lui seul a le secret avec notamment Meryl Streep, Gary Oldman, Antonio Banderas, Jeffrey Wright et Matthias Schoenaerts toujours en grande forme. L’autodérision est ici de mise, la pratique scandaleuse des paradis fiscaux permettant aux plus riches de devenir encore plus riche en toute légalité ou presque avec le soutien des divers gouvernements et de leur législation dans le monde entier. Ainsi, le film de Steven Spielberg est diffusé en exclusivité mondiale sur la plateforme spécialiste des montages fiscaux (Netflix) qui lui permet en France comme dans tous les pays où elle génère des millions de bénéfices de ne contribuer aucunement à la fiscalité desdits pays où elle bénéficie pourtant de ses infrastructures et de son service public. Comme les personnages des avocats de cette satire en témoigne, le réalisateur lui-même du film pratique l’évasion fiscale grâce à l’État de Delaware aux États-Unis. Autrement dit, dans cette satire de l’inhumaine organisation néolibérale du monde, inutile de chercher une croisade des citoyens purs et incorruptibles face à d’odieux puissants milliardaires machiavéliques, comme le laissait attendre le personnage de la retraitée américaine interprétée par Meryl Streep et qui aurait pu prétendre suivre la destinée du rôle éponyme d’Erin Brockovich, un John Doe épris de justice. Le ton du film est ici plus léger, parfois un peu trop, pour démontrer de manière didactique le fonctionnement crapuleux de l’économie mondiale. Si les acteurs sont parfaits dans leur rôle et le dispositif narratif de Soderbergh est toujours très malin, il manque un peu de densité à la mise en scène de chaque sketch afin de servir à une compréhension plus globale des enjeux des Panama Papers dont la révélation finale tombe quelque peu à plat, comme si, à la différence d’un Oliver Stone ou encore d’un Frank Capra, Steven Soderbergh n’avait plus aucune foi dans le fonctionnement démocratique dans l’Amérique de Trump comme au niveau global…

 

 

The Laundromat : L'Affaire des Panama Papers
The Laundromat
de Steven Soderbergh
Fiction
95 minutes. États-Unis, 2019.
Couleur
Langue originale : anglais

 

Avec : Meryl Streep (Ellen Martin / Elena / elle-même), Gary Oldman (Mossack), Antonio Banderas (Ramón Fonseca), Jeffrey Wright (Orville Boncamper), David Schwimmer (Matthew Quirk), Robert Patrick (le capitaine Perry), Sharon Stone (Hannah), James Cromwell (Joseph David « Joe » Martin), Matthias Schoenaerts (Maywood), Melissa Rauch (Martin), Chris Parnell (un gringo), Will Forte (un gringo), Larry Wilmore (Jeff), Nikki Amuka-Bird (Miranda), Rosalind Chao (Gu Kailai), Nonso Anozie (Charles), Jessica Allain (Simone), Amy Pemberton (Fetching), Miracle Washington (Astrid), Jay Paulson (le pasteur Conners), Cristela Alonzo (l’agent Kilmer), Shoshana Bush (Rebecca Rubinstein), Norbert Weisser (le skieur suisse), Marsha Stephanie Blake (Vincelle Boncamper), Veronica Osorio (Maria)

Scénario : Scott Z. Burns, d'après l'ouvrage Secrecy World : Inside the Panama Papers Investigation of Illicit Money Networks and the Global Elite de Jake Bernstein
Directeur de la photographie : Steven Soderbergh (sous le pseudonyme de Peter Andrews)
Montage : Steven Soderbergh (sous le pseudonyme de Mary Ann Bernard)
Musique : David Holmes
Costumes : Ellen Mirojnick
Direction artistique : Samantha Avila
Décors : Howard Cummings
Producteurs : Scott Z. Burns, Lawrence Grey, Gregory Jacobs, Steven Soderbergh et Michael Sugar
Producteurs délégués : Jake Bernstein, Ben Everard et Douglas Urbanski
Sociétés de production : Anonymous Content, Grey Matter Productions et Netflix
Société de distribution : Netflix

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