La Sécurité Sociale : l’histoire idéologiquement oubliée de l’État Providence

La Sécurité Sociale en France a une histoire étrangement inconnue, alors que l’existence de ce service public fait partie d’une des plus grandes avancées sociales en France au XXe siècle et que nombreux sont les pays à l’étranger à envier une telle organisation solidaire entre citoyens.

"La Sociale" de Gilles Perret © DR "La Sociale" de Gilles Perret © DR

Sortie DVD : La Sociale de Gilles Perret
La Sécurité Sociale en France a une histoire étrangement inconnue, alors que l’existence de ce service public fait partie d’une des plus grandes avancées sociales en France au XXe siècle et que nombreux sont les pays à l’étranger à envier une telle organisation solidaire entre citoyens. Michael Moore en 2007 dans son documentaire Sicko en démontrant le cauchemar que constituait le système de santé américain, s’extasiait devant ce qu’il considérait comme le « modèle » français. La Sécurité Sociale symbolise parfaitement la notion de l’État Providence s’articulant autour de l’efficience de ses services publics. Si nombreuses sont les personnes d’influence qui se sont échinées à la discréditer afin de vendre au plus offrant la prise en charge des systèmes de soin en France depuis quelques décennies, l’accélération du processus a pris une nouvelle ampleur à l’heure du démantèlement dudit État Providence dont l’actuelle présidence Macron n’est qu’un bourreau de plus dans les acharnements pour la mettre à mort. Pensez donc : la Sécurité Sociale est l’un des plus gros budget de l’État ! Un scandale pour tout néolibéral qui se respecte ! Conscient de l’amnésie générale à l’égard des valeurs de la Sécurité Sociale et du cadre général du projet social révolutionnaire dans lequel elle est apparue, Gilles Perret a souhaité par ce film rappeler ladite histoire pour lutter contre le révisionnisme ambiant à l’égard de l’histoire sociale des droits humains élémentaires. Ce film s’inscrit dans la suite logique des Jours heureux (2013), documentaire que Gilles Perret a consacré à la (re)découverte de l’esprit fondateur et toujours vivifiant de nos jours du Programme du Conseil national de la Résistance, où comment au sortir d’une France physiquement, psychologiquement et socialement réduite en ruines, s’est reconstruite une organisation sociale autour de projets ambitieux du vivre ensemble et du respect élémentaire de l’individu allant à l’encontre de toute propension à la division. Un véritable projet de cohésion sociale était né ! Parmi ces hommes qui se sont ardemment évertués à défendre une société plus humaine pour tous, on trouve Ambroise Croizat, ministre du Travail et de la Sécurité sociale entre 1945 et 1947, à qui l’on doit rien moins que la mise en place de l’assurance maladie, du système de retraites, des allocations familiales ! Que reste-t-il des actions de cet homme à l’heure actuelle où un ministre socialiste du travail de la présidence Hollande, François Rebsamen pour ne pas oublier de le citer, ignorant complètement l’existence d’Ambroise Croizat, préfère maladroitement cacher son désintérêt total pour les valeurs sociales de la République, par un profond mépris de classe faisant du général de Gaulle le seul homme digne d’intérêt en 1945 en France… C’est l’un des entretiens volontairement volé à l’élite dirigeante qui se nimbe de socialisme pour justifier son goût pathologique du pouvoir qui apparaît dans ce film. Il y a également un autre grand moment de summum de bêtise humaine avec un représentant du MEDEF pour qui la France est fondamentalement communiste… Pour le reste, le film se construit autour des témoignages de spécialistes (historiens et sociologues) ouvriers ou universitaires, pour rendre compte de l’histoire de la Sécurité Sociale, dans quel contexte elle est apparue et sa perception à l’heure actuelle. Cela passe par un retour rétrospectif sur l’histoire de l’un de ses principaux acteurs, Ambroise Croizat, auquel Gilles Perret offre un profond, large et mérité hommage. Le guide narrateur de cette histoire est portée tout au long du film par la figure de Jolfred Frégonara, parfaite mémoire vivante de cette histoire passée dont l’activisme actuel dans son souci de transmettre sa mémoire et le rêve de ses jours heureux de promesses que constituait le Programme du CNR, constitue l’architecture fondamentale du film. À l’instar d’un Christian Rouaud (Les LIP, Tous au Larzac, etc.), Gilles Perret est très attentif aux personnes qu’il rencontre afin de porter à l’écran la mémoire des luttes sociales. Le cinéma documentaire de Gilles Perret devient ainsi à la fois un outil de mémoire et d’analyse des problématiques actuelles, réussissant à assumer la trop rare responsabilité de passeur dans un cinéma français souvent dépourvu d’enjeux sociétaux.

 

 

sociale
La Sociale
de Gilles Perret
France – 2016.
Durée : 84 min
Sortie en salles (France) : 9 novembre 2016
Sortie France du DVD : 23 octobre 2017
Format : 1,85 – Couleur
Langue : français - Sous-titres : anglais, français.
Éditeur : C-P Productions
Distributeur : Doriane Films
Bonus :
Livret 16 pages.
Vidéos inédites : Entretien avec Gilles Perret – Les scènes coupées – Quelle Sécu pour demain ?

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