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Sortie nationale (France) du 29 avril 2015 : Howard Zinn, une histoire populaire américaine, d’Olivier Azam et Daniel Mermet

Après la disparition brutale et soudaine de l’émission radiophonique Là-bas si j’y suis sur les ondes de Radio France, Daniel Mermet est de retour dans les salles de cinéma en tant que coréalisateur, aux côtés d’Olivier Azam, d’un documentaire. Après la réalisation de Chomsky & le pouvoir (2007) et Chomsky & Compagnie (2009), voici une nouvelle figure d’intellectuel que le duo de réalisateurs mettent en avant. Dans les deux cas, il s’agit d’intellectuels américains proposant une réflexion alternative, inédite et peu commune dans la sphère médiatique des États-Unis. Derrière ces deux importantes figures, se trouve une communion de pensée entre le travail de ces intellectuels et les efforts développés durant tant d’année dans Là-bas si j’y suis. La démarche est sensiblement identique à l’émission de radio, avec des entretiens, des voyages d’un endroit à l’autre pour brosser le portrait d’une société et d’une époque. De même, Daniel Mermet offre sa voix de narrateur au documentaire, tel un hôte de choix invitant son public coutumier à poursuivre son expérience de cinéma. La grande nouveauté qui met réellement à profit l’image apparaît dans les images d’archives de photos fixes où les portraits des grands « barons » de l’industrie américaine, tel Rockfeller, prennent vie et par la voix de Daniel Mermet énoncent des propos qui furent les leurs. Cette utilisation ludique, qui n’est pas sans rappeler l’humour des Monty Python à travers leurs collages animés, créent véritablement des monstres dont l’image est aussi horrible que leur pensée énoncée.

Ce documentaire d’Olivier Azam et Daniel Mermet vise à la fois à faire connaître au public de l’Hexagone Howard Zinn ainsi que son œuvre de référence qui fut un best-seller aux États-Unis. La conséquence, on le voit bien, est d’offrir ainsi une véritable alternative à la vision de l’histoire américaine alors que la force de frappe médiatique de cet État est telle qu’elle réussit la plupart du temps au niveau international à imposer une image de son histoire totalement fantasmagorique, au service d’une idéologie précise. Le documentaire se révèle finalement être une illustration de l’ouvrage éponyme d’Howard Zinn : ainsi le déroulement est chronologique, partant de ce qui se cache derrière les images d’Épinal fondatrices de la création des États-Unis jusqu’au début du XXe siècle. Une grande partie de ce documentaire se concentre finalement beaucoup sur la période qui va de la fin du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale, autour des grandes grèves dans les industries florissantes d’une nation en pleine expansion. C’est là l’objet de ce premier chapitre intitulé Du pain et des roses. Car l’ambition consiste à poursuivre au fil d’autres documentaires le développement de l’histoire d’Howard Zinn. En attendant, ce premier volet constitue une belle introduction à l’œuvre de l’historien qui s’est intéressé avant tout à l’histoire de ceux qui n’avaient pas le pouvoir d’imposer leur nom, même s’ils ont participé à faire évoluer la société. En allant chercher aux fins fonds de l’histoire américaine, Howard Zinn a brillamment sondé l’inconscient de son pays. On comprend ainsi progressivement l’origine de la longue histoire de la peur du « rouge », qui trouve un point extrême avec le maccarthysme mais qui est omniprésent dans tous les discours politiques actuels, de telle sorte que les termes socialisme, communisme sont chargés de beaucoup d’émotion pour ne pas dire de traumatisme. Howard Zinn montre les origines de ce malaise bien enraciné dans la culture américaine pour défaire les fantômes du passé toujours à l’œuvre destructrice dans la politique actuelle.

L’histoire des luttes sociales aux États-Unis qu’Howard Zinn a sorti des cendres du passé qu’une histoire officielle avait tenté de dissimuler éhontément, se révèle indispensable à tout à chacun pour se réapproprier son histoire personnelle et sortir d’une pensée monolithique où un État dans sa globalité aurait une mission unique à accomplir prévu de toute éternité. Car dans l’Amérique des self made men devenus capitaines d’industries d’armement, nulle place pour la majorité de la population œuvrant jour et nuit à faire tendre la croissance économique au-delà du possible.

 

 

Howard Zinn, une histoire populaire américaine. Première partie : Du pain et des roses

d’Olivier Azam et Daniel Mermet

Documentaire

106 minutes. France, 2015.

Couleur

Langues originales : français, anglais

 

Avec les interventions de : Howard Zinn, Noam Chomsky, Chris Hedges

Scénario : Olivier Azam, Daniel Mermet

Entretiens et commentaires : Daniel Mermet

Images : Olivier Azam

Montage : Olivier Azam

Musique : Vincent Ferrand, Fred Alpi Franck Haderer

Son : Giv Anquetil

Archives : Brice Gravelle, Laure Guillot

Production : Les Mutins de Pangée

Distributeur (France) : Les Films des Deux Rives

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Tous les commentaires

bravo aux realisateurs de vulgariser cet auteur trop peu connu des francais en leur permettant d acceder a son message sans lire le livre qui est une reference 

triste de voir a quel point il est difficile de trouver des salles qui diffusent 

merci mediapart de mentionner ces documentaires qui nous informent