Contre la folie du pouvoir présidentiel

En pleine guerre des États-Unis au Vietnam, le New York Times révèle que selon une étude commandée par le Département de la Défense, les divers gouvernements savaient de longue date que la guerre était perdue d'avance. Interdit de publication, c'est au tour du Washington Post de poursuivre, ou non, de défendre l'idéal démocratique.

"Pentagon Papers" de Steven Spielberg © Universal "Pentagon Papers" de Steven Spielberg © Universal

Sortie DVD : Pentagon Papers de Steven Spielberg

Dans une tradition néoclassique hollywoodienne assumée, Steven Spielberg se présente en héritier direct de Frank Capra défendant les valeurs de la démocratie mises à mal. Autour de la figure sournoise, paranoïaque et manipulatrice du président Nixon, apparaît la juxtaposition contemporaine de Trump. L'affaire des « Pentagon Papers », moins connue que celle du « Watergate », est un prétexte bien pratique pour Spielberg d'évoquer l'Amérique contemporaine en rendant hommage aux vertus de la constitution des États-Unis qui lui permet de se protéger d'un pouvoir central trop fort grâce à des contre-pouvoirs indépendants. Si le Sénat joue son rôle, c'est d'abord ici grâce à la ténacité d'un journalisme intègre, quatrième pouvoir incontournable de la politique américaine. Dans cette reconstitution historico-politique, Spielberg utilise avec efficacité ses propres citations (cf. la découverte du coffre contenant les dossiers secrets comparable à celle de « l'Arche perdue » de la saga Indiana Jones) au service d'un thriller à suspens qui se déroule sur quelques jours seulement. Timidement, Spielberg ose remettre en cause l'icône du président martyr Kennedy, signe de l'air du temps où l'angélisme n'a plus lieu d'être en politique. Le film dénonce également les relations incestueuses des mondes politique et journalistique que l'on retrouve également dans un autre contexte en France. Même si ce n'est pas un scoop, ce thème a toute sa raison d'être dans cette grande production où il est également question de la place des grandes fortunes dans la vie politique et du combat des femmes pour s'affirmer dans un monde d'hommes. Ce sujet lui-même est traité superficiellement mais a le mérite d'être présent. Il en résulte un film qui se suit sans déplaisir à un rythme trépidant, où l'on se prend à s'émouvoir des valeurs humaines défendues, dans une volonté de faire du cinéma un outil de vulgarisation de l'histoire politique passée et implicitement contemporaine.

 

 

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Pentagon Papers
The Post
de Steven Spielberg
Avec : Meryl Streep (Katharine « Kay » Graham), Tom Hanks (Benjamin Bradlee), Sarah Paulson (Antoinette « Tony » Pinchot Bradlee), Bob Odenkirk (Ben Bagdikian), Tracy Letts (Fritz Beebe), Bradley Whitford (Arthur Parsons), Bruce Greenwood (Robert McNamara), Matthew Rhys (Daniel Ellsberg), Alison Brie (Lally Weymouth), Carrie Coon (Meg Greenfield), Jesse Plemons (Roger Clark), David Cross (Howard Simons), Zach Woods (Anthony Essaye), Pat Healy (Philip L. Geyelin)
USA – 2017.
Durée : 117 min
Sortie en salles (France) : 24 janvier 2018
Sortie France du DVD : 29 mai 2018
Format : 1,85 – Couleur
Langues : anglais, français, allemand, russe - Sous-titres : anglais, français, allemand, russe.
Éditeur : Universal
Bonus :
« Ligne éditoriale » : recréer une époque
« Arrêtez les presses » : le tournage du film
« Arts & divertissements » : la musique du film

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