Cédric Lépine
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Billet de blog 30 nov. 2020

"Le Départ" de Jerzy Skolimowski

Obsédé par une course de voiture de sports à laquelle il veut participer, Marc est prêt à tous les subterfuges pour prendre possession d’une Porsche. Il rencontre la singulière Michèle qui va accompagner avec sa sagesse personnelle l’hystérie de ce singulier jeune homme.

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"Le Départ" de Jerzy Skolimowski © Malavida Films

Sortie DVD : Le Départ de Jerzy Skolimowski

Pour son premier film réalisé hors de Pologne, Jerzy Skolimowski s’enflamme pour l’inspiration jazzistique et se réapproprie à sa manière l’énergie émancipatrice de la Nouvelle Vague en lui insufflant ses propres enjeux. Ce dialogue avec la génération nouvelle de l’industrie du cinéma français, passe directement par Godard et son Masculin/féminin (1966) auquel il emprunte non seulement son couple d’acteurs protagonistes Jean-Pierre Léaud et Catherine Duport mais aussi son chef opérateur Willy Kurant. Il ne s’agit pas de singer ledit film mais de redisposer les pions pour jouer une toute autre partie.
Avec un Jean-Pierre Léaud incontrôlable, on pouvait s’attendre que l’acteur français parasite l’ensemble du film mais il s’agit pour le cinéaste polonais d’un moyen de contrôle à distance puisque l’hystérie de l’acteur lui permet de mettre en scène pas à pas le drame profond d’une immaturité masculine entretenue par la société de consommation représentée notamment par les voitures de course. Le film rejoint à cet égard le thème développé quelques années plus tôt par Dino Risi avec son Fanfaron (1962) où la vitesse frénétique d’un homme se conjuguait à sa boulimie consumériste. Mais à la différence du personnage de Vittorio Gassman, celui de Jean-Pierre Léaud est un grand adolescent aux portes de l’âge adulte : c’est bien Jerzy Skolimowski qui fait franchir à l’acteur ce passage, lui qui était encore associé à la juvénilité depuis les 400 coups de Truffaut, avant d’entrer dans des rôles plus graves, tragi-comiques, de jeune adulte dans La Maman et la putain (1973) de Jean Eustache. Car le drame de ce jeune homme est de ne pouvoir vivre son accession à la maturité, vampirisé à la fois par la société de consommation et ceux qui en tirent les profits immédiats : la bourgeoisie qui ne manque pas une occasion pour violer sa frêle jeunesse, qu’il s’agisse du patron du studio de coiffure avec deux jeunes femmes, comme de Marc acceptant de se prostituer pour une Porsche dans une séquence de fellation qui laisse le jeune homme au débit inénarrable et à la gestuelle volcanique, dans la position muette d’une statue stupéfaite.
Derrière les artifices factices d’une artificialité de scénario élémentaire qui pourrait tenir sur un bout de papier d’une addition de restaurant, se trouve un sujet dont l’emprise avec la jeunesse de l’époque est immédiate et profonde. Le tout est servi par le génie de la composition musicale de Komeda, totalement inspiré par le jazz dans ce récit à la dynamique tonitruante.

Le Départ
de Jerzy Skolimowski
Avec : Jean-Pierre Léaud (Marc), Catherine Duport (Michèle), Jacqueline Bir (la cliente du salon de coiffure), Paul Roland (le patron), Léon Dony (le vendeur de voitures), Lucien Charbonnier (le vendeur de saucisses), John Dobrynine (l'ami de Marc déguisé en maharadjah), Bernard Graczyk (le collègue du salon de coiffure), Paul Frère (lui-même), Georges Aubrey, Marthe Dugard, Maxane, Jacques Courtois, Paul Delrivière
Belgique, 1967.
Durée : 85 min
Sortie en salles (France) : 6 décembre 1967
Sortie France du DVD : 22 octobre 2020
Format : 1,66 – Noir & Blanc
Langue : français
Éditeur : Malavida Films
Collection : collector

Bonus :
un livret (20 pages) :
interview d’Andrzej Kostenko
textes de Thierry Jousse, Damien Bertrand, Saad Chakali
photos de tournage

Interview de Willy Kurant (2012, 23’)
Bande-annonce 2011 (2’)
Bande-annonce 1967 (4’)
Thème du film par le Polish Jazz Quartet (13’)
20-40-60 : 1er segment de Jerzy Skolimowski (1968, 29’, VOST)

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