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Billet de blog 20 mai 2011

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Et si DSK n'était pas qu'un prédateur sexuel? (ou comment dédouaner le PS)

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La France est sidérée. L'incompréhension est totale. Aucun cerveau n'arrive à superposer l'image du patron du FMI et celle du suspect menotté. Voici quelques hypothèses.
La première hypothèse est qu'il est innocent. La femme de chambre du Sofitel ment. Son "frère" (en fait son ami) ment (ou est manipulé par elle). Tristane Banon ment. La mère de Tristane Banon ment (ou est manipulée par sa fille). Piroska Nagy (la collègue hongroise du FMI), lorsqu'elle a dit que DSK a abusé de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles, a menti ; la preuve, DSK a été blanchi. Thierry Ardisson, quand il dit qu'il a une douzaine de copines qui racontent avoir été harcelées par DSK ment (ou est manipulé par 12 menteuses). Jean Quatremer qui écrit que DSK frôle souvent le harcèlement ment lui aussi...
Même si ça fait beaucoup de faux témoignages, c'est possible. Si je n'en dis pas plus, ce n'est pas que je discrédite cette hypothèse, mais d'inombrables arguments dans ce sens ont déja été développés ailleurs.
La deuxième hypothèse est moins familière des blogs, mais j'insiste, ce n'est qu'une hypothèse. DSK ne serait pas un prédateur sexuel, mais un prédateur tout court. On rencontre ces personnages dans la vie de tous les jours mais aussi souvent dans les livres ou dans les films : ce sont ces héros méchants, menteurs et manipulateurs. Ils sont redoutablement intelligents et ont une excellente mémoire, ce qui leur permet en général d'accéder à des postes de dirigeants (chefs de partis politique, professeurs de médecine, présidents d'université...). Ils ont la capacité, à la manière des joueurs d'échecs, d'analyser rapidement toutes les situations et ainsi d'en tirer parti pour gagner de l'argent, du pouvoir, l'estime des autres... Ils ont la faculté de déceler forces et faiblesses chez leurs interlocuteurs, ce qui leur permet de les manipuler en utilisant toute une palette d'attitudes: séduction, flatterie, menaces, attaques... A force de manipuler une à une de nombreuses personnes, ils finissent par avoir une influence sur tout un groupe: certains en ont peur, d'autres ont intérêt à les suivre, d'autres encore ont pour eux une admiration sans limites. Il peut se mettre en place un système pyramidal : ils manipulent quelques personnes, qui en toute bonne conscience, et avec leur aval, utilisent les même méthodes sur d'autres, etc... Mêmes d'éventuelles victimes d'humiliations, de brimades, d'agressions sexuelles, de mises à l'écart, arrivent à douter de leur propre ressenti. Comme en plus, personne ne les croit, elles souffrent doublement. La capacité de nuisance est telle qu'elle peut pervertir un groupe (un parti politique?). C'est ce qui se passe dans les sectes; l'influence des gourous est extrême : pourtant, ceux qui n'y sont pas confrontés, ne peuvent l'imaginer. Et plus on est proche, plus on est manipulé, plus on est sous emprise. Epouse, famille, collègues sont les premières victimes.
Ces prédateurs arrivent à obtenir des relations privilégiées avec chacun, tout en semant la zizanie entre tous. Ainsi, les autres ne risquent pas d'échanger leurs doutes si tant est qu'il en advienne, et si quelqu'un s'oppose, il reste tout seul.
Au départ, on a l'impression que le prédateur partage nos valeurs. C'est presque incroyable comme il nous comprend bien, et ce parfois pendant des années. Il est hyperintelligent et il nous accorde de l'intérêt, il pense comme nous, c'est flatteur. Il nous donne des conseils judicieux, il s'inquiète pour nous, on se sent protégé. Ensuite petit à petit, on remarque des ombres au tableau : mais qu'est-ce que quelques erreurs comparées à l'infinité de son intelligence et de sa grandeur d'âme? C'est vrai que son comportement vis-à-vis de tel ou tel est contraire à notre morale, mais pour qu'un tel homme agisse ainsi, c'est certainement que l'autre l'avait mérité. On refuse l'évidence car c'est trop difficile de renoncer à tant d'idéal.
Si cette hypothèse était exacte, elle expliquerait l'agression sexuelle du Sofitel et tous les autres témoignages.
Elle expliquerait l'attitude d'Anne Sinclair. Après l'aveu d'adultère avec Piroska Nagy, elle a dit tourner la page. Soit. Mais pourquoi ajouter qu'elle et son mari s'aimaient "comme au premier jour"? C'est quand même humiliant d'être trompée, que le monde entier le sache. Comment alors aimer pareil après qu'avant, sans réserve. Et le dire en plus. Et comment comprendre son incrédulité totale devant les accusations d'agression sexuelle ce dimanche? DSK l'a déjà trompée, cest un fait. Elle connaît forcément le témoignage de Tristane Banon. Elle aurait pu avoir un petit doute alors. Elle aurait pu juste se taire. Défendre quelqu'un au risque de sa propre crédibilité, c'est bizarre. Comme si l'autre était plus important que soi-même, comme s'il valait bien notre propre sacrifice.
Elle expliquerait la réaction de Martine Aubry qui aurait "craqué et fondu en larmes" à l'idée que les accusations soient fondées. Nous savons tous que les gens ont des qualités et des défauts. Cependant ces prédateurs arrivent à convaincre certaines personnes qu'ils sont vraiment au-dessus des autres, qu'ils sont parfaits. On leur accorde une telle confiance, que c'est très difficile d'admettre qu'on s'est trompé à ce point. Ils savent tout et sont tout-puissants, un peu comme les parents le sont pour leurs jeunes enfants. La prise de conscience de l'erreur de jugement commise induit une espèce d'effondrement intérieur.
Elle expliquerait les mots de cette mystérieuse Cassandre (auteur du livre "Les secrets d'un présidentiable" publié en 2010) qui raconte être passé d'une "immense admiration" pour l'homme à la sensation d'être en face d'un "ogre".
Elle expliquerait aussi l'invraissemblable spectacle donné par le PS depuis des années. Les cadres du PS sont intelligents, autant que ceux des autres mouvances politiques. Je suppose qu'ils ont des conseillers en communication, comme les autres. Je pense qu'ils savent bien, d'ailleurs ils le disent tout le temps, que l'union fait la force. Alors pourquoi cette guéguerre permanente, ces contradictions récurrentes, cette impression de "machine à perdre"? Est-il possible que DSK ait manipulé tout le monde, ait joué les uns contre les autres, ait divisé pour mieux régner?
Elle expliquerait pourquoi DSK ne s'est pas fait soigné contre une supposée addiction sexuelle, mais a préféré faire étouffer les accusations par ses proches. Pour demander des soins, il faut être convaincu d'être malade! Ceux qui pensent leur pouvoir illimité et considèrent les autres comme des objets, ne voient pas quel mal il y a à les utiliser, y compris sexuellement.
Si cette hypothèse est exacte, on peut imaginer la réaction de Tristane Banon dimanche matin. Imaginer, on a le droit. Elle a dû pleurer, d'émotion, de tristesse et de joie. D'émotion mêlée de tristesse car elle a revécu sa propre expérience et probablement ressenti la détresse de cette femme de chambre. La peur, la douleur, la transformation en quelques secondes en objet, alors qu'on était là en tant que sujet (de surcroît sujet au travail, une interview dans un cas, le ménage dans l'autre, mais semble-t-il pour toutes les deux l'ambition de réussir et de bien faire). La joie d'être enfin crue, de ne plus avoir à se justifier (pour expliquer qu'elle n'avait rien fait pour provoquer le comportement de DSK, elle a expliqué qu'elle portait un col roulé ce jour-là). La joie d'être enfin certaine qu'on n'était pas coupable : car quand même, être belle à ce point, est-ce que c'est permis? La joie de retrouver l'adéquation entre ce qu'on a vécu, l'impression que l'homme est mauvais et sans scrupules (elle a dit qu'elle avait prononcé le mot viol lors de l'agression, apparemment sans l'effrayer), et les paroles des autres qui, eux, le vénéraient. Peut-être qu'elle n'a pas porter plainte parce que sa mère et d'autres l'en ont dissuader. Peut-être qu'ils lui ont dit qu'il avait juste commis une erreur, qu'il était très gentil en fait. Peut-être qu'elle a eu l'impression que c'était elle la méchante de vouloir se venger, de risquer lui faire du tort, un si grand homme, sauveur potentiel du pays et du monde...
On peut imaginer Piroska Nagy, la collègue hongroise à qui son mari avait pardonné. On l'imagine tomber dans les bras de son mari (elle aussi, en larmes), et lui dire : "tu vois je n'ai pas menti, tu as bien fait de me faire confiance même si le FMI l'a blanchi, merci, merci...maintenant on peut vraiment repartir, sans cet infâme doute qui te taraudait...".
On peut imaginer toutes les autres, les 12 amies de Thierry Ardisson et toutes les anonymes qui n'ont rien dit. Pour ne pas perdre un travail. Pour ne pas perdre un mari. Pour ne pas perdre l'estime des autres. Par honte d'avoir été bernées aussi bêtement. Par peur de ne pas être crues et d'avoir honte une deuxième fois.
Autre hypothèse encore, ils n'ont pas été manipulés, ils savaient tous, chacun a protégé ses intérêts, et tant pis pour la justice, pour la morale. Et maintenant, ils continuent à nous tromper, à mentir au nom de l'amitié, en fait pour se disculper de leur insupportable complicité.

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