Omar Bongo Junior : « Tôt ou tard je rendrai un dernier hommage à mon père »

Son message sur Facebook, le 25 avril dernier, est à l’image de l’homme : serein, détendu, à l’écart des basses polémiques. A ceux qui croyaient provoquer un séisme en l’empêchant de se rendre aux obsèques de Fidèle Andjoua, son oncle paternel, Omar Denis Bongo Junior a adressé ces quelques mots : « Tôt ou tard je rendrai un dernier hommage à mon père. Sans rancune… ».

Certes, en prenant ainsi de la hauteur, Bongo Junior a, par la même occasion, pris un ascendant psychologique certain sur les conspirateurs qui, dans l’ombre ou ouvertement, ont manigancé pour qu’il n’assiste pas aux funérailles du patriarche Andjoua. Pour autant, les comptes de cette affaire que d’aucuns qualifient ironiquement de « tempête dans un verre d’eau familial » sont loin d’être soldés, car, en ligne de mire, il y a la prochaine élection présidentielle.

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Relatant avec force détails les déboires de Bongo Junior à la frontière entre le Gabon et le Congo, le média en ligne Info241.com a levé un coin du voile sur les enjeux de la guéguerre autour de la dépouille de Fidèle Andjoua : « Omar Denis Bongo et sa délégation venue du Congo ont été empêchés par les autorités gabonaises d’assister aux obsèques de son oncle Fidèle Andjoua qui ont eu lieu vendredi et samedi (les 23 et 24 avril, NDLR). A la tête d’une forte délégation d’une soixantaine d’hommes, le fils d’Omar Bongo a été refoulé vendredi à la frontière altogovéenne entre les deux pays. (…) Il faut croire que la guerre est désormais ouverte entre Ali Bongo, son fils Noureddin Valentin et Omar Denis Bongo. Une crise familiale qui a contraint le fils d’Omar Bongo et d’Edith Lucie Bongo à rebrousser chemin devant l’hostilité du palais présidentiel à le voir assister aux obsèques de son oncle dont il était particulièrement proche. Les deux camps qui lorgnent en sourdine le fauteuil présidentiel d’Ali Bongo, se sont illustrés vendredi en interdisant au neveu de rendre un dernier hommage à son oncle. Comble de cette guerre larvée, un détachement de la garde prétorienne du régime de Libreville a été envoyé renfort pour empêcher la délégation congolaise de fouler le sol gabonais. »

En effet, des dizaines de militaires de la Garde républicaine (GR) basés à Franceville (environ 130 km) ont été dépêchés à Kabala, le village-frontière situé à 26 km de Lékoni, sur ordre de Brice Oligui, le très zélé commandant en chef de ce corps d’élite de l’armée gabonaise. « De la part du général Oligui, ce n’est vraiment pas étonnant, cet homme est un mélange d’ingratitude et de cynisme », nous a confié un officier de la GR. « Mais je suis quand-même profondément choqué de le voir maltraiter ainsi un enfant que nous, membres de la sécurité rapprochée du président Omar Bongo à l’époque, avons vu grandir », s’est ensuite désolé l’officier.  « Oligui qui était l’aide de camp principal du président Bongo à la fin de sa vie, avait une très bonne connaissance du lien, de la proximité tout à fait singulière que le patron avait avec ses enfants légitimes, c’est-à-dire ceux avec son épouse Edith-Lucie. Mieux que quiconque, il est bien placé pour le savoir. C'est d'ailleurs cela, en partie, qui lui a valu d’être limogé du Palais et de se retrouver comme attaché militaire au Sénégal, dès que le président Ali a pris le pouvoir en 2009 ».

De plus, d’après nos informations, Ali Bongo et son entourage reprochaient à Brice Oligui, non seulement d'être l’homme de Pascaline Bongo,  mais également d’en savoir trop à la fois sur les origines de l’actuel président gabonais et sur l’imposture que ce dernier avait mise en place pour conquérir le pouvoir.  On a du mal à croire que c’est ce même individu qui, à présent, sert de bras armé à Ali et Noureddin Bongo contre le dernier fils d’Omar. Où est donc passé le Brice Oligui aigri, rancunier, qui, en octobre 2018, s’était ouvertement réjoui des ennuis de santé d’Ali Bongo ? « Il a trop joué avec l’esprit du président Bongo, cet esprit l’a frappé et c’est bien fait pour lui ! », avait-il lancé en apprenant l’AVC dont venait d’être victime le président gabonais. Et si l’ambitieux et très vénal Oligui faisait la guerre à Omar Denis Bongo, non pas pour ses nouveaux maîtres, mais plutôt pour son propre compte ? Car, après tout, « le chien chasse pour lui-même, et non pour son maître ».

Ologui en embuscade Ologui en embuscade

Cela pourrait alors parfaitement expliquer le fait que le nouveau patron de la GR ait, le 23 avril dernier, décidé tout seul de pré-positionner deux engins militaires à la sortie de la ville de Lékoni, aux abords de la rivière dite « L’eau claire ». La présence des deux machines nous a été confirmée par une source familiale : « Pour ce que je sais, il s’agissait, dans un premier temps, de faire traîner Junior et sa délégation à la frontière jusqu’à la fin de la journée. Ensuite, les autorités gabonaises donnaient l’ordre de les laisser passer. Entre-temps, les engins se seraient mis au travail en profitant de la nuit pour saboter le pont qui traverse ‘‘L’eau claire’’. Rendue sur place, la délégation congolaise n’aurait eu qu’à constater les dégâts. Je n’ose pas imaginer ce qui se serait produit la nuit, dans la confusion… ».

C'est aux abords de ce cours d'eau qu'un drame aurait pu se jouer C'est aux abords de ce cours d'eau qu'un drame aurait pu se jouer

Les Congolais en étaient-ils informés ? Rien n’est moins sûr. Dans tous les cas, ils ont eu le bon réflexe de rebrousser chemin après 4 longues heures de tracasseries à la frontière. « Tôt ou tard je rendrai un dernier hommage à mon père », a promis Omar Denis Bongo Junior. Maintenant que Fidèle Andjoua n’est plus de ce monde, le retour du fils d’Omar Bongo devrait normalement susciter moins de crispation de la part de la bande à Ali. Car, si l’on en croit le journaliste Brice Ndong qui a couvert quasiment minute par minute les déboires de Junior Bongo, « l’enjeu était de l’empêcher de prendre les pouvoirs spirituels de ‘‘papa Andjoua’’ pour conquérir la présidence ». L’histoire ne nous dit pas si Ali a récupéré le ndjobi et l’onkira , deux rites initiatiques dont Fidèle Andjoua était le dépositaire. Mais, quoi qu’il en soit, la saga politico-familiale des Bongo-Valentin-Sassou va se poursuivre. Et le casting est déjà connu : si, à première vue, on devrait assister à un duel Noureddin Bongo Valentin contre Omar Denis Junior Bongo Ondimba, il ne faudrait pas, cependant, écarter l’hypothèse Oligui. Sans le dire, mais sans véritablement se cacher non plus, le commandant en chef de la GR est en embuscade. Nul doute que le moment venu, s’il trouve une ouverture pour s’emparer du pouvoir, il le fera sans d’état d’âme. C’est dans sa nature.

Pascaline Bongo, congolaise par sa mère, aurait tort de se réjouir des malheurs de Junior Pascaline Bongo, congolaise par sa mère, aurait tort de se réjouir des malheurs de Junior

La preuve : aujourd’hui, Brice Clotaire Oligui Nguema, ce « mélange d’ingratitude et de cynisme » piétine allègrement la mémoire d’Omar Bongo son bienfaiteur. Que fera-t-il demain d’Ali, Pascaline, Sylvia, Noureddin, Christopher, Nesta et leurs proches ? Pourvu que ceux qui ont sorti Oligui de son « exil » dakarois ne soient pas amenés, un jour, à expérimenter la justesse de ce proverbe danois : « Qui retire un chien ingrat d’un puits porte souvent les marques de ses dents »

 

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