Françafrique/Gabon : les indécentes gesticulations de l’ambassadeur Philippe Autié

Esbroufe, enfumage, manipulation… la panoplie de l’ambassadeur de France au Gabon sort rarement de ce désespérant registre. Particulièrement lorsqu’il prend langue avec les dirigeants de l’opposition.

Philippe Autié a dû le constater par lui-même : Ali Bongo est définitivement perdu pour la politique Philippe Autié a dû le constater par lui-même : Ali Bongo est définitivement perdu pour la politique

Il en fut encore ainsi lors des visites-spectacles que « son Excellence » Philippe Autié a rendues, le mois dernier, à Alexandre Barro Chambrier (président du Rassemblement pour la Patrie et la Modernité) et Zacharie Myboto (président de l’Union Nationale). Dans un cas comme dans l’autre, rien de concret n’est sorti de ces entrevues.

Pire,  les différentes visites du diplomate français aux leaders de l’opposition avaient même quelque chose d’insultant, la ficelle de la manipulation étant tellement grosse. En dehors de quelques photos abondamment relayées sur les réseaux sociaux, Philippe Autié et ses hôtes n’ont traité d’aucun sujet digne d’intérêt. Tout était dans les apparences et les sourires figés derrière les masques.

Le dernier communiqué publié par l’ambassade de France sur son site Internet est d’ailleurs  révélateur de l’extrême vacuité de ces rencontres : « Entretien entre l’ambassadeur et le président et le vice-président de l’UN (30.10.2020). Dans le cadre de ses rencontres régulières avec les principales formations politiques de tous bords, l’ambassadeur s’est entretenu ce matin avec M. Zacharie Myboto, président de l’Union nationale (UN), et M. Casimir Oye Mba, vice-président de l’UN. L’entrevue a été l’occasion d’aborder la situation générale du pays et les relations entre la France et le Gabon. » Hormis le côté langue de bois ridicule,  cette communication a toutefois le mérite de renseigner sur les nouveaux codes de la diplomatie française au Gabon. Ainsi apprend-on que l’ambassadeur de France est désormais chargé de traiter des questions bilatérales, non seulement avec les autorités gabonaises auprès desquelles il est accrédité, mais également avec les chefs de l’opposition politique. Suivant le principe de la réciprocité, l’on ne devrait donc pas s’étonner de voir, dans quelque temps, la toute nouvelle ambassadrice du Gabon en France aller rencontrer Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon pour « aborder la situation générale du pays et les relations entre la France et le Gabon ». 

En réalité, tout ce charabia abscons n’a pour principal objectif que  d’essayer de masquer l’échec cuisant essuyé par Philippe Autié dans sa tentative de manipulation de Zacharie Myboto.

Flashback  sur un retentissant camouflet. Le 30 octobre dernier, lorsque le diplomate français débarque chez le patron de l’Union Nationale (UN), un peu avant 11H, il n’en mène pas large. Normal : les crispations qui avaient émaillé leur première rencontre en mars 2019 sont encore présentes dans son esprit. Et les appréhensions de Philippe Autié ne tarderont pas à se justifier. Après les civilités d’usage, les deux hommes vont très vite se rendre compte qu’ils ne sont d’accord sur aucun sujet d’importance. Pendant près d’1H30 d’entretien, le Français s’attachera vainement à éluder les vraies questions, se contentant, au passage, de débiter des inepties du type, « les institutions gabonaises fonctionnent normalement ». Pour sa part, Zacharie Myboto, lui, va revenir avec insistance sur le fait que depuis l’AVC d’Ali Bongo en octobre 2018, « ce sont des Français qui dirigent le Gabon ». Et le président de l’UN de rappeler qu’après « Brice Laccruche, aujourd’hui en prison, ce sont toujours des Français qui continuent à diriger notre pays en nous humiliant à la face du monde. ».

De g à d : Zacharie Myboto, Casimir Oyé-Mba (en arrière plan), Philippe Autié De g à d : Zacharie Myboto, Casimir Oyé-Mba (en arrière plan), Philippe Autié

Comme toujours dans ce type de dialogue de sourds, Zacharie Myboto et Philippe Autié se sont parlé sans s’écouter. C’est ainsi que, sans répondre le moins du monde aux préoccupations soulevées par son interlocuteur, le diplomate français a cru bon d’inviter l’opposition, à travers le président de l’UN, à se préparer en vue de la présidentielle de 2023. « Organisez-vous pour présenter une candidature unique », a-t-il eu l’outrecuidance de demander à Zacharie Myboto. Cette proposition malhonnête, insultante et tendancieuse a valu à l’ambassadeur une réponse cinglante de l’opposant gabonais qui lui a, en revanche, demandé de « regarder la réalité en face ». C’est-à-dire celle d’un pays au bord du gouffre parce que dirigé par des gens ne disposant d’aucun mandat, et qui refusent obstinément de déclarer la vacance du pouvoir, seule voie devant permettre la mise en place d’institutions à la fois légitimes et crédibles.

En disant cela, Zacharie Myboto, homme politique d’expérience, ne se faisait sans doute aucune illusion. Comme quasiment tous les Gabonais, il sait que depuis longtemps la France (de Sarkozy à Macron en passant par Hollande) a choisi son camp : les Bongo/Valentin plutôt que la souveraineté du peuple gabonais qui s’est exprimée ces dernières années en faveur d’André Mba Obame en 2009 et de Jean Ping en 2016. De toutes les façons, le pays des droits de l’homme (blanc) a toujours assumé sans complexe sa connivence avec les tyrans, et ses représentants sont  tenus de suivre cette ligne. De temps à autre, ceux-ci balancent un os à ronger  à l’opposition et à l’opinion publique. C’est ce que ne cesse de faire Philippe Autié depuis sa prise de fonctions en 2018.

Suivant à la lettre les directives de son mentor Jean-Yves Le Drian, grand ami des dictateurs africains, l’ambassadeur français semble prendre un malin plaisir à multiplier les vexations à l’endroit des leaders de l’opposition gabonaise. Une manière, croit-il, de la soumettre…

« Le malheur de l’Afrique c’est d’avoir rencontré la France », avait déclaré Aimé Césaire. Il ne croyait pas si bien dire, l’écrivain et poète martiniquais !

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