Intrigues et manipulations à la SGS : les « braqueurs » en déroute !

« Une bombe à retardement » ! C’est ainsi que les observateurs avisés de la vie socio-politico-économique gabonaise qualifient cette entreprise qui emploie près de 6OOO personnes. Lesquelles sont, pour leur grande majorité, détentrices d’armes à feu. C’est dire…

En tout cas, tant que la Société gabonaise de Services (SGS), spécialisée dans le gardiennage, la sécurité et le convoyage de fonds, assurait régulièrement la paie de ses salariés, tout allait bien.

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Mais ce n’est malheureusement plus le cas depuis plusieurs années. Ce qui, évidemment, fait craindre le pire, car des centaines, voire des milliers d’hommes armés livrés à eux-mêmes constituent un danger potentiel pour la paix sociale. D’où l’expression « bombe à retardement ».

Confrontée à de récurrentes tensions de trésorerie, la SGS était au bord du dépôt de bilan quand, en 2017, l’entreprise a été placée sous administration judiciaire  par le tribunal de première instance de Libreville. Par une ordonnance rendue le 08/08/2017, cette juridiction a confié la gestion de la société en difficulté à Me Athanase Ndoye Loury en lui accordant « les pouvoirs les plus étendus à l’effet de dresser un bilan, de convoquer les assemblées des actionnaires, de proposer des solutions viables pour la sauvegarde et le redressement de la SGS ».

 

Benjamin Mounguengui Boulingui expulsé de son bureau

Pendant deux ans, les salaires seront tous quasiment payés à terme échu, à l’exception du mois de décembre 2018, où les salariés avaient dû percevoir un acompte. Puis, tout a brusquement basculé en août/septembre 2019. Depuis cette période, les employés n’ont plus touché le moindre franc. Une situation déplorable dont le signal avait été donné le 16 septembre dernier par une note de service du directeur général, Jérôme Andjoua, qui informait « l’ensemble du personnel qu’en raison des difficultés de trésorerie liées aux retards de règlements de nos nombreux clients, le paiement des salaires du mois d’août 2019 est décalé à une date ultérieure». Sans plus de précision. Pour leur plus grand malheur, les employés de la SGS et leurs familles ont donc passé les « fêtes » de fin d’année dans le désarroi, la tristesse et l’angoisse.

L’angoisse à cause de l’absence de perspective due à une gestion chaotique et folklorique de l’entreprise.  Du folklore, justement, il y en a eu hier, 9 janvier, lorsque le directeur financier, Benjamin Mounguengui Boulingui alias Benji s’est fait expulser de son bureau sous les huées du personnel présent au moment des faits. Il faut dire qu’on assistait là, à un énième rebondissement dans la saga SGS qui n’arrête plus d’alimenter les gazettes. « On va enfin toucher nos salaires », nous a soufflé un délégué syndical visiblement satisfait de la tournure des événements. « Depuis que la nouvelle direction s’est installée, on ne sait trop comment, tout est bloqué, pas de salaires, alors que nous travaillons », a dénoncé le même syndicaliste.

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En effet, vers la fin du mois d’août dernier, une réunion du conseil d’administration de la SGS  a mis un terme au mandat de l’administrateur judiciaire et désigné un nouveau directeur général en la personne de Jérôme Andjoua.

 

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Membre de la famille Bongo, ce dernier est par ailleurs le représentant légal de l’actionnaire majoritaire de la SGS, en l’occurrence le holding Delta Synergie, un empire protéiforme créé par l’ancien président Omar Bongo et qui opère dans tous les secteurs d’activité. A ce qu’il semble, l’éviction de Me Ndoye Loury ne s’est pas faite dans la légalité.

C’est, en tout cas, ce que déclare l’intéressé qui, le 6 janvier, a adressé une sommation par voie d’huissier au nouveau DG. Panique à la direction de la SGS ! Normal, puisque Jérôme Andjoua  ne dispose  ni du dossier juridique de la société, ni du moindre support légal pouvant justifier la tenue du conseil d’administration qui l’a porté à la tête de l’entreprise.

 

Un trio de « braqueurs »

Plus grave, au cours de nos investigations, nous avons découvert que ledit conseil avait été organisé sur la base de vrais-faux documents. Par exemple, dans  l’extrait K-Bis, à côté du nom du DG Jérôme Andjoua, et de celui de son adjoint français Philippe Noël, apparaissent ceux des administrateurs décédés depuis plusieurs années, à savoir Jacqueline Rawiri et Louis Marie De Béthencourt. Pour cela, et peut-être pour d’autres « exploits » du même acabit, le neveu sino-gabonais d’Omar Bongo (Jérôme Andjoua est le fils de sa belle-sœur Gisèle Opra) pourrait se retrouver devant le procureur de la République. Et avec lui, ses mentors Franck Sima Mba et le truculent « Benji » Mounguengui. Ce dernier est à l’origine du blocage qu’a connu la SGS en août 2019. N’ayant pas pu justifier la destination prise par le reliquat des salaires non perçus par les employés qui sont payés en numéraires, et qui s’élève à plus de 300 millions de francs CFA, le directeur financier Mounguengui a amené les commissaires aux comptes à suspendre la certification des comptes de la SGS. C’est sans doute la raison pour laquelle « Benji » s’est précipité dans les bras de Jérôme Andjoua lorsque celui-ci a entrepris, en violation des textes, de reprendre la société en main. Au passage, il en a profité pour le manipuler.

 

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Quant à Franck Sima Mba, cet expert-comptable qui a été porté à la tête de l’Ordre national des experts-comptables gabonais (avril 2019), il n’a pas hésité à apporter sa caution à une opération illégale, notamment la tenue d’un conseil d’administration convoqué par des personnes qui n’avaient pas qualité à le faire. Il en aurait même, d’après nos informations, assuré le secrétariat. Voilà donc le trio de « braqueurs » qui a momentanément fait main basse sur la SGS !

Sous d’autres cieux, Franck Sima aurait été au moins suspendu, surtout si l’on se réfère à son « palmarès ». Par le passé, il avait cornaqué Magloire Ngambia et Léon Ndong Nteme.

Le premier, un ex-ministre, est en prison depuis 3 ans. Le second, lui, ancien DG du Budget, bénéficie d’une liberté provisoire depuis  le 29 juin dernier après 28 mois de détention à la maison d’arrêt de Libreville.

Jérôme Andjoua a donc de bonnes raisons de s’inquiéter… Surtout si un audit sur sa courte, mais contestable gestion est commis. Une bombe à retardement, on vous disait !

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