Postures et impostures : les gros mensonges du ministre Lee White

Jeudi 6 mai 2021 au soir, les téléphones des Gabonais ont été saturés par la nouvelle de « la fuite du ministre britannique de la forêt gabonaise », le sieur Lee White, pour ne pas le nommer.

Selon les contempteurs de la petite friandise exotique d’Ali Bongo, la « fuite » vers son Angleterre natale serait liée aux multiples dossiers compromettants qui menacent de l’éclabousser. Il s’agit, entre autres,  d’un contrat opaque portant sur plusieurs milliards de francs CFA avec la pieuvre singapourienne OLAM, de l’audit ordonné par l’Assemblée nationale sur les comptes de l’ANPN (Agence nationale des parcs nationaux) dont Lee White demeure le gourou tout puissant, du rapport de la Cour des Comptes sur la gestion financière du ministère dont il a la charge.

Lee White, faisant acte d'allégeance à Ali Bongo Lee White, faisant acte d'allégeance à Ali Bongo

Le lendemain, nous avons vu passer les mêmes messages parlant de fuite de Lee White estampillés « Fake News », suivis d’un misérable plaidoyer pro-domo déguisé en article de presse et publié par le média en ligne « infoestuaire ». Ainsi, pouvait-on lire : « Alors que les rumeurs circulent sur les réseaux faisant état d’une cabale (sic !) du ministre des Eaux et Forêts, Lee White, ce dernier prend part depuis ce 6 mai à la 12ème réunion du Dialogue de Petersberg sur le Climat. »  Soit ! Seulement, une rapide vérification sur le site Internet du Citepa – Centre technique de référence en matière de pollution atmosphérique et de changement climatique – nous confirme que ledit Dialogue s’est bien tenu aux dates indiquées, mais... Online. Autrement dit, personne ne s’est déplacé physiquement pour la rencontre. Alors, Lee White, pour peu qu’il était effectivement invité à ce Dialogue, aurait dû y prendre part depuis son bureau ministériel de Libreville.

En somme, le ministre « fugitif » d’Ali Bongo est le seul participant au Dialogue de Petersberg à s’être déplacé. Non pas en Allemagne dans la petite ville montagneuse de Petersberg, mais en… Angleterre. De plus, cet étrange déplacement intervient au moment les deux principaux responsables de l’ANPN passent le plus clair de leur temps au B2 : depuis quelques jours, Christian Tchemambela et Hubert-Claude Ella Ekogha, respectivement Secrétaire exécutif et Directeur technique sont entendus par des enquêteurs du très redouté service de renseignements de l’armée. Les interrogatoires, selon une source bien informée, tourneraient essentiellement autour de la gestion financière de l’Agence qui, malgré les énormes ressources dont elle dispose, ne parvient plus à assurer la rémunération des éco-gardes. A ce jour, ces derniers cumulent plus d’un trimestre de salaires impayés.

Christian Tchemambela, le très servile lampiste installé par Lee White à la tête de l'ANPN Christian Tchemambela, le très servile lampiste installé par Lee White à la tête de l'ANPN

Analysant la rumeur sur la « fuite » supposée de Lee White, notre source assène : « Il n’y a pas de fumée sans feu, le ministre Lee White sait que si son homme de main Christian Tchemambela passe à table, il sera lui-même invité à répondre aux enquêteurs. C’est certainement pour ne pas se faire surprendre qu’il a organisé ce voyage vers Londres ». Pour surprenante qu’elle puisse, a priori, paraître, cette hypothèse est parfaitement plausible, car Lee White est devenu, au fil des années, une éminence de moins en moins grise. Présenté pendant longtemps comme le « M. Environnement » du régime gabonais, le Britannique fait face, depuis plusieurs mois, à une fronde résolue des fonctionnaires et autres collaborateurs du ministère des Eaux et Forêts où quasiment plus personne ne travaille. A cela, il faut ajouter les soupçons de mauvaise gestion de l’ANPN qui planent sur Lee White. Acculé, l’intéressé multiplie, depuis sa planque londonienne, rodomontades et sorties médiatiques sur Internet.

« Je suis en mission à l’étranger ! » : tel est le mantra martelé par celui qui a courageusement pris la fuite. Mais suffit-il de répéter un mensonge pour en faire une vérité ? En tout cas, le silence assourdissant du gouvernement sur cette affaire témoigne d’un profond embarras. Pour autant, le ministre Lee James Taylor White ne pourra pas indéfiniment se soustraire à la reddition des comptes sur sa gestion de l’ANPN. Il va falloir qu’il s’explique sur le déficit abyssal qu’il y a laissé, après près d’une dizaine d’années à la tête de l’Agence, d’autant que les bailleurs de fonds que sont l’AFD, Total ou Perenco ruent dans les brancards pour que des justificatifs leurs soient fournis quant à l’utilisation de leurs subventions. En 10 ans, sous l’ère Lee White, l’ANPN a reçu des financements pour près de 100 milliards de francs CFA.  Total, par exemple, débourse annuellement pas moins de 500 millions de francs. C’est dire !

En quittant l’ANPN en 2019, le récidiviste Lee White aurait dû, non pas entrer au gouvernement, mais faire l’objet de poursuites judiciaires. Récidiviste, oui ! En 2008, le Britannique avait été discrètement remercié de son poste de directeur de WCS Gabon (Wild life conservation society) pour diverses indélicatesses. Souhaitant sans doute intégrer l’administration publique, Lee White acquiert opportunément la nationalité gabonaise cette même année-là.

Bien lui en a pris car, à peine installé à la tête du pays, Ali Bongo qui a une fascination quasi-pathologique pour tout qui touche à l’Angleterre le récupère et lui confie la gestion exclusive de l’ANPN. A propos du penchant britannique d’Ali Bongo et de ses conséquences, le psychologue Christian Mouloungui a décrypté pour nous : « Le fait, pour ce monsieur, d’avoir toujours  voulu refouler ses origines biafraises, a entraîné chez lui une grande détresse psychologique, au point que celle-ci a incontestablement affecté son comportement. J’ai encore en mémoire cette affaire tout à fait loufoque où M. Ali Bongo avait demandé à une agence de recrutement de Glasgow, le cabinet Ellis Mack, de lui trouver un valet de chambre écossais. Cela a pu prêter à sourire, mais ce n’était pas un acte anodin. D’un autre côté, il faut savoir que la violence armée, le mensonge, le déni permanent de la réalité qui caractérisent sa gouvernance depuis 2009 sont, en fait, quelques-unes des conséquences de ce trouble ».

Apparemment, Lee White a bien cerné les failles psychologiques du personnage. Ce qui pourrait expliquer le fait qu’il se soit battu comme un beau diable pour que le Prince Charles d’Angleterre accepte de rencontrer le très complexe et complexé président gabonais. Le 25 octobre 2017, les deux hommes ont ainsi pu discuter à Londres de la lutte contre la déforestation. Lee White venait là, de frapper un grand coup et, par conséquent, de s’attirer les bonnes grâces d’Ali Bongo.

25 octobre 2017, jour de gloire pour Ali Bongo 25 octobre 2017, jour de gloire pour Ali Bongo

Mais la donne a changé entre temps : Ali Bongo qui a fait un AVC dont il porte encore les stigmates ne contrôle plus rien. Le pouvoir est désormais entre les mains de son fils Noureddin et, surtout, de son épouse Sylvia. Pas forcément pour le ministre britannique de la forêt gabonaise car, il y a quelques années, Sylvia Bongo s’était brutalement débarrassée d’une collaboratrice qu’elle soupçonnait de malversations. Certaines sources parlent d’une somme avoisinant les 2 milliards de francs CFA.  Et cette collaboratrice n’est autre que l’épouse de Lee White. Le retour de mission du ministre s’annonce mouvementé !

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.