Audit de TV+ Gabon : le rapport qui accable Franck Nguema

Sur fond de rivalités politico-familiales, de captation d’héritage et d’abus de biens sociaux, l’histoire de TV+ ressemble, sans mauvais jeu de mots, à un feuilleton télé. Tracts anonymes, attaques d’une rare violence via les réseaux sociaux, procédures judiciaires devant les tribunaux : les héritiers d’André Mba Obame (AMO) ne se font pas de cadeaux depuis le décès de celui-ci en avril 2015.

Franck Nguema alias "Le vache qui rit" encadré par ses nouveaux maîtres : André Mba Obame doit se retourner dans sa tombe ! Franck Nguema alias "Le vache qui rit" encadré par ses nouveaux maîtres : André Mba Obame doit se retourner dans sa tombe !

Enjeu de cette bataille qui est loin d’honorer la mémoire du défunt, le contrôle de la chaîne de télévision TV+.

D'un côté, le neveu Franck Nguema soutenu par sa mère Angèle Christiane Ondo. De l’autre, les enfants d’AMO avec, à leur tête, Joseph Ondong Atomo.

Le 14 août dernier, une ordonnance du Vice-président du tribunal de grande instance de Libreville est venue clarifier les choses en désignant le cabinet Consortium AA pour la réalisation d’un audit de la société. Cette décision, il faut en convenir,  n’était que la suite logique de la victoire  judiciaire des enfants d’André Mba Obame contre leur cousin Franck Nguema qui, depuis la création de TV+ en 2000, était l’unique dirigeant de l’entreprise. Pour rappel, cette chaîne de télé était la propriété d’AMO. Et il en avait confié la gestion à son neveu. Sans préjuger de la suite des événements qui pourraient relancer cette saga à rebondissements, il y a juste lieu de noter que les conclusions de l’audit sont particulièrement accablantes pour  Franck Nguema.  « Délit de non- établissement et non-dépôt des états financiers annuels de synthèse au Registre du Commerce » ;  « Communication d’informations mensongères… » ;  « Non respect de l’obligation de déclaration d’impôts » ; « Délit de fraude fiscale » ; « Fraude à la Sécurité sociale »… Telle est la liste – non exhaustive – des délits et fautes de gestion dont s’est rendu coupable l’ex-PDG de TV+.  Lequel, en dépit de son nouveau statut de ministre des Sports, pourrait avoir à répondre devant un tribunal.

psx-20200121-103112

Et pour cause ! L’article 126 du Code de la protection sociale sanctionne d’une « peine d’emprisonnement de 10 à 30 jours et d’une amende de 100.000 à 500.000 FCFA, tout employeur qui a contrevenu aux prescriptions de la loi relatives à l’immatriculation des travailleurs, sans préjudice de l’amende, des pénalités et majorations encourues ». Voilà pour ce qui est de la fraude à la Sécurité sociale. Quant au Délit de fraude fiscale, l’article P-1024 du Code Général des Impôts Gabonais dispose : « Sont passibles d’un emprisonnement de 15 jours à un an ou d’une amende de 500.000 à 5.000.000 F.CFA ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque se soustrait frauduleusement ou tente de se soustraire frauduleusement à l’établissement, au paiement, au reversement total ou partiel des impôts, droits et taxes visés dans le Code Général des Impôts ; refuse expressément de faire sa déclaration dans les délais prescrits ; dissimule une part des sommes sujettes à l’impôt ; organise son insolvabilité ou fait obstacle au recouvrement de l’impôt ». Justement, le rapport d’audit de TV+ qui pointe une dette fiscale de 136.948.311 FCFA au 31 décembre 2018 rappelle à ce sujet que : « sur le plan pénal, cette faute de gestion continue et répétée dans le temps (absence de déclarations continues sur plusieurs années) est susceptible d’emporter la responsabilité pénale du dirigeant d’entreprise Monsieur Franck Nguema… » Tout comme il pourrait être appelé à répondre du non versement des cotisations sociales des travailleurs à la CNSS. Au 31 décembre 2018, TV+ devait à l’organisme de Sécurité sociale la somme de 754.002900 FCFA.

Avec un tel passif en plus des risques encourus sur le plan pénal, le bon sens aurait pu commander à Franck Nguema de lâcher l’affaire. Mais l’intéressé, jouant de sa proximité avec les tout puissants frères Laccruche Alihanga (Brice et Grégory) était persuadé que rien de fâcheux ne pouvait lui arriver. Il  a donc persisté dans sa volonté de garder le contrôle de TV+ dont il a totalement dévoyé la ligne éditoriale en faveur du régime Bongo/PDG/AJEV.  André Mba Obame doit se retourner dans sa tombe ! Et plutôt deux fois qu’une d’ailleurs, car l’audit  du cabinet Consortium AA va révéler que ce neveu en qui AMO avait placé sa confiance lui faisait les poches et le trahissait déjà de son vivant. On découvre ainsi que depuis 2006 au moins, de nombreuses prestations réalisées par TV+  pour le compte de clients comme Celtel (devenu Moov), ou Léandre Nzue (pour sa campagne électorale de 2013), étaient payées à la SARL  Régie Africa Network dont  Franck Nguema est à la fois gérant et associé unique. Le montant de ces encaissements détournés allait de 15.120.000 FCFA à 494.626.041 FCFA. Si d’aventure la nouvelle direction de TV+ décidait de saisir la justice, le ministre des Sports d’Ali Bongo pourrait très vite perdre son éternel sourire.

 « Le vache qui rit » ! Un pseudonyme un peu vache, certes, mais qui, à la lumière des révélations contenues dans le rapport d’audit du cabinet Consortium AA, renvoie à la double personnalité de Franck Nguema.  Invitée à parler de son ex-patron,  une ancienne journaliste vedette de TV+ a lâché : « Derrière ce sourire niais qui ne le quitte presque jamais, se cache un personnage  singulièrement vache, calculateur, tordu et sans scrupules ». Tout est dit !

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.