Jean-Pierre Oyiba, un homme en danger !

Même s'il fait mine de ne pas s'en préoccuper outre mesure, Jean-Pierre Oyiba n'est pas dupe : il sait qu'il est dans le collimateur d’Ali Bongo. Que sa sécurité est plus que jamais menacée. Pour les observateurs avertis, sa récente et brutale sortie du gouvernement participe d’une mise à mort programmée – que certains naïfs attribuent à « l'entourage du chef de l'État ».

 

Une allusion à la fameuse légende du « bon prince et des mauvais courtisans » qui, en réalité, n'est qu'une farce grotesque destinée à exonérer Ali Bongo de toute responsabilité dans les malheurs infligés aux collaborateurs tombés en disgrâce. Au Gabon, tout le monde sait que l'État c'est le chef de l'État. Il est au courant de tout et, surtout, il décide de tout. La vie, la mort, les libertés individuelles et collectives des citoyens, tout se décide au palais.

Aussi, la très prochaine arrestation de Jean-Pierre Oyiba pour « détournement de deniers publics » sera le fait exclusif du prince, c'est-à-dire d’Ali Bongo. Cela peut sembler surréaliste, ubuesque même, compte tenu de la complicité entre les deux hommes, mais le fait est là : Ali Bongo, cet homme sans cœur ni états d’âme, veut absolument se débarrasser de son « vieil ami Jean-Pierre ». D'abord politiquement, et ensuite physiquement. 

Tout part de l'élection présidentielle de 2016. Sous les yeux des observateurs du monde entier (Union africaine, Union européenne, Organisation internationale de la Francophonie), Ali Bongo est laminé par l'opposant Jean Ping qui remporte le scrutin avec près de 70% des voix. Une vraie déculottée !

 

Un gang de prédateurs apatrides

Dans le camp du président sortant, c'est la panique. A la défaite, s’ajoute l’humiliation d’une véritable bérézina. Malgré l’achat de consciences pendant la campagne électorale, la  manipulation du fichier électoral, les menaces et intimidations à l’endroit des électeurs, la confiscation des médias du service public, la distribution de tablettes, vêtements, congélateurs et autres futilités, rien n’y a fait. Les électeurs ont durement sanctionné dans les urnes le régime criminel et incompétent d’Ali Bongo qui a placé leur pays entre les mains  d’un « gang de prédateurs apatrides ». En quelques années, Ali Bongo a totalement  dépouillé les Gabonais de leur pays et de leur dignité au profit d’une clique de Maliens, Béninois, Singapouriens, Marocains pour qui le Gabon n’est rien d’autre qu’une prise de guerre à piller… Sa défaite – à laquelle ont contribué de nombreux militants du PDG – tombait donc sous le sens.

Sentant le pouvoir lui échapper, Ali Bongo s'en remettra en désespoir de cause à quelques responsables politiques originaires du Haut-Ogooué. Marie-Madeleine Mborantsuo et Jean-Pierre Oyiba seront chargés de la direction des opérations. À partir de là, les choses vont prendre une tournure tellement ahurissante que le président du groupe des observateurs commis par l'Union africaine déclarera en privé : « Un tel niveau de fraude électorale n'a jamais été vu nulle part ailleurs... » De la part d'un Tchadien qui en a pourtant vu d'autres, ces propos donnent une idée de ce qui s'est passé pendant et après l'élection du 27 août 2016. Laquelle, on le voit aujourd'hui, a débouché sur une crise dont les douloureux effets se font toujours ressentir.

 

Mborantsuo encore et toujours à la manœuvre

Au centre du calamiteux dispositif mis en place dans le Haut-Ogooué pour permettre à Ali Bongo de conserver le pouvoir, l'incontournable Marie-Madeleine Mborantsuo, bien sûr. Le jour du vote, la présidente  de la cour constitutionnelle fait parvenir la somme de 100 millions de francs président de la Cenap (Commission électorale nationale autonome et permanente) dans le Haut-Ogooué avec pour consigne de corrompre les représentants de l'opposition. Une mission dont l'intéressé va s'acquitter avec succès, puisqu'il réussira à retourner, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, la bande à Marius Mbourou, Josaphat Azzibrouck et Fabrice "Apache" Simba. Ce dernier, dans une vidéo disponible sur Youtube, va reconnaître les faits et donner des détails sur la honteuse « transaction » inspirée et financée par Mborantsuo.

Malheureusement pour les corrupteurs et les corrompus, la trahison des trois fripouilles de l'opposition ne permettra pas à Ali Bongo de rattraper son retard sur Jean Ping.

Et là, Jean-Pierre Oyiba va entrer en scène. Il recrute illico une équipe de faussaires et les installe discrètement dans sa  résidence de Franceville, située à quelques centaines de mètres du Cirmf (Centre international de recherches médicales de Franceville).  En quelques heures, ces « experts » de la falsification vont refaire tous les procès-verbaux (PV) du Haut-Ogooué en modifiant grossièrement les résultats. Tollé dans tout le pays et même à l’étranger. Le gouverneur de la province, Jacques Denis Tsamba se couvrira de ridicule lorsqu’il communiquera les chiffres. Sur Internet, La province du Haut-Ogooué fait désormais figure de référence mondiale en matière de tripatouillage électoral.

Au final, Ali Bongo se maintient par la force des armes au pouvoir après avoir, au passage, fait bombarder le QG de Jean Ping et occasionné la mort de plusieurs dizaines de Gabonais. Peu lui importe ! Les principaux artisans de cette sanglante « victoire » sont naturellement récompensés. Marie-Madeleine Mborantsuo conserve la tête de sa cour constitutionnelle, Jacques Denis Tsamba fait son entrée au gouvernement en qualité de ministre des Eaux et Forêts, quant à Jean-Pierre Oyiba, il est gratifié du titre de ministre d’Etat en charge de l’Equipement.

On croyait la boucle bouclée quand, le dimanche 1er octobre 2017, des individus armés vont cambrioler le domicile de Jean-Pierre Oyiba à Franceville. Selon le média en ligne Gabon dailynews, « ces hommes étaient cagoulés et bien armés jusqu’aux dents. Tel un film de western, les protagonistes ont commencé leur basse besogne en ligotant un des gardiens… (…) L’on ne sait pour le moment si les hommes cagoulés et armés ont pu trouver gain de cause ».  A ce qu’il semble, ils sont repartis bredouilles, et des sources bien informées renseignent que l'intrusion de ce commando au domicile de Jean-Pierre Oyiba avait pour unique objectif la récupération des PV falsifiés. Mais il aurait fait chou blanc. Cette hypothèse est confortée en partie par le torrent de boue dont on couvre Jean-Pierre Oyiba depuis plusieurs mois, et qui a quelque chose à la fois de nauséabond et de suspect.

 

 

Oyiba, la boîte noire d’Ali Bongo

Mais tout cela n’est ni fortuit ni gratuit. L’élimination d’Oyiba est au bout. Dans un premier temps, il est question de réduire son périmètre politique à Franceville. Sur les conseils de Marie-Madeleine Mborantsuo, Ali Bongo a fait procéder à un charcutage en règle de la ville de Franceville. Ainsi, il a été créé un poste de député du 2ème arrondissement de cette ville afin d’y installer l’« ajeviste » ministre des Transports Justin Ndoudangoye. Ce dernier, grand ami de Laccruche, est personnellement coaché par Mborantsuo chez qui il passe le plus clair de son temps. Autre élément du dispositif anti-Oyiba à Franceville, le ministre de l’Intérieur Lambert Matha que le PDG positionnera au 1er arrondissement lors des prochaines législatives. Pris entre le marteau Ndoundangoye et l’enclume Matha, Jean-Pierre Oyiba ne pourra plus se vanter d’être « l’un des députés les mieux élus du Gabon ». Mais il y a plus grave !

L’ancien ministre de l’Equipement dispose d’une arme dévastatrice, les presque 200 PV falsifiés qu’Ali Bongo tient absolument à récupérer. Pour ce faire, il a ordonné l’arrestation et l’emprisonnement de Jean-Pierre Oyiba. Ce n’est plus qu’une affaire de semaines. Celui-ci sera un bien commode bouc-émissaire en cette période de très sévère austérité. Une fois embastillé, humilié, fragilisé psychologiquement, il n’opposera aucune résistance à livrer les précieux documents.

Considéré comme l’une des plus importantes « boîtes noires » des turpitudes politico-financières d’Ali Bongo au cours de ces 20 dernières années, Jean-Pierre Oyiba paie aujourd’hui le prix de sa trop grande proximité avec Ali Bongo.

Dans la mythologie grecque, on raconte qu’Icare s'est brûlé les ailes pour s’être trop rapproché du soleil. Attiré par la lumière diabolique du système Bongo, Jean-Pierre Oyiba a choisi de foncer. Au risque, comme Icare, de perdre sa vie…

Au-delà des individus, cette affaire met, une fois de plus, les Gabonais face au défi de la nouvelle citoyenneté qui fera d’eux les seuls et véritables propriétaires du Pouvoir. Et ce, grâce à l’avènement d’une démocratie ayant pour vocation la protection de tous. A méditer !

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