Henri-Claude Oyima, le banquier qui rêve du Palais

« J’ai très envie d’y aller, mais pas question de me lancer trop tôt ni trop tard. Je dois aussi m’assurer que ‘’l’autre’’ est totalement inapte… ». Derrière cette confidence d’Henri-Claude Oyima se cache un projet présidentiel assez avancé. Pour preuve, l’indéboulonnable PDG du groupe BGFI Bank a récemment rencontré Denis Sassou Nguesso dans la plus grande discrétion.

Même si, selon un de ses rares visiteurs du soir, l’« envie » d’Henri-Claude Oyima semble tourner à l’obsession ces derniers temps, il n’y a, toutefois, rien de changé dans ses attitudes. L’homme continue d’observer la plus grande prudence. Hors de question pour lui de se faire griller ou, pire, de devoir subir les foudres de « l’autre » (entendez, Ali Bongo) qui assimile toute ambition présidentielle au Gabon à un casus belli. Voire à une déclaration de guerre.

Depuis quelques années, de nombreux cadres dirigeants issus du monde de l’entreprise aspirent de plus en plus à la fonction suprême dans leurs pays respectifs. C’est pratiquement le principal marqueur sociopolitique de la décennie qui vient de s’achever. Georges Oppong Weah au Liberia, Adama Barrow en Gambie, Patrice Talon au Bénin, Donald Trump aux Etats-Unis, Emmanuel Macron en France, Nabil Karoui arrivé en 2ème position lors de la dernière présidentielle en Tunisie, etc. Ces quelques exemples donnent une idée de la propension des hommes d’affaires de par le monde à vouloir diriger les Etats. Au Gabon, le projet – réel ou fantasmé – d’Henri-Claude Oyima est à ranger dans ce nouveau courant.

De "PDG à vie" du groupe BGFI à futur président à vie du Gabon ? De "PDG à vie" du groupe BGFI à futur président à vie du Gabon ?

Âgé de 63 ans, le natif de Ngouoni, dans la province du Haut-Ogooué, est un homme de pouvoir. Depuis 1985, il est l’indétrônable  big boss de la banque BGFI. « PDG à vie », brocardent certains de ses collaborateurs. 35 ans à la tête d’un empire financier qui, en plus, appartient à la famille présidentielle, ça donne forcément des idées et des « envies »… Dans son entourage, d’aucuns évoquent deux atouts majeurs dont il entend se servir le moment venu. L’argent. Henri-Claude Oyima en a. Et beaucoup. Dans le contexte de pauvreté organisé galopante que l’on observe au Gabon, l’argent peut être un instrument de levier décisif sur le plan politique. Une bonne communication, un discours adapté plus l’achat des consciences et le tour est joué. A côté de ça, il ne manquera pas de mettre en avant ses origines. Oyima est un authentique Téké. C’est incontestable ! « Rien à voir avec les Bongo (Ali et Noureddine) adoptés ou recueillis depuis le Nigeria ou le Maroc », glisse perfidement  une de ses nièces. On le voit, la campagne électorale n’est, certes, pas encore lancée, mais les glaives sont déjà de sortie.

Banquier connu et reconnu sur la scène internationale, Henri-Claude Oyima traine aussi quelques casseroles. En février 2015 par exemple, il avait eu les honneurs de la presse parisienne à propos de son rôle dans les culbutes financières du clan Bongo.  « Fin 2009, année de la mort du dictateur gabonais Omar Bongo, le compte “Sphynx” affichait un solde positif de 10 671 709 €. “Plexus” était crédité de 21 864 235 $ (soit 19 millions d’euros). Les actifs d’un troisième compte, ouvert en 1998 à la BNP de Monaco, s’élevaient quant à eux à 1,9 million d’euros. Pour chacun des trois comptes, un homme de l’ombre apparaît également comme mandataire, en plus des ayants droit. Il s’agit de Henri-Claude Oyima. Ce n’est pas n’importe qui au Gabon. Ancien conseiller de Pascaline Bongo, il est aujourd’hui le président du groupe gabonais BGFI Bank, où une partie des sommes de la succession Bongo a justement été rapatriée à l’été 2013. » Dans le cadre des enquêtes relatives à ces dossiers, il fait l’objet, depuis novembre 2014, d’une double surveillance à la fois de la part l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) et du parquet national financier pour « des faits de blanchiment de détournement de fonds publics susceptibles d’avoir été commis dans le cadre des opérations de règlement de la succession de M. Omar Bongo ».

D’apparence chaleureux et affable, volontiers grivois par moments, Oyima est plutôt décrit par ceux le connaissent comme « un tueur froid et sans états d’âme ». Ce trait de caractère il le partage avec Denis Sassou Nguesso qu’il a récemment rencontré à deux reprises en l’espace d’un mois. En octobre dernier, profitant d’une réunion du Conseil d’administration de BGFI Congo qui, soit dit en passant, dispose d’une agence à Oyo, la ville natale du président congolais, il s’est entretenu avec ce dernier. Un mois plus tard, et toujours dans le plus grand secret, rebelote. Le prétexte, cette fois, c’était le Conseil d’administration de BGFI RDC. Très intéressé par la politique intérieure gabonaise, à la fois pour des raisons familiales, mais également parce que les deux pays sont frontaliers sur près de 800 km, Sassou est régulièrement consulté par tout ce que le Gabon compte d’acteurs sociopolitiques de premier plan. Les récents pèlerinages du patron de BGFI à Oyo sont à classer dans ce registre. A propos de BGFI, quand on sait que Brice Fargeon « Laccruche » et certains de ses complices, en tête desquels Ike Aïla Ngouoni et Justin Ndoundangoye, sortent de cette écurie-là, il y a lieu de se demander  si Henri-Claude Oyima n’avait pas partie liée avec ses anciens collaborateurs aujourd’hui embastillés à la prison centrale de Libreville. Hypothèse crédible ou simple raccourci supputatif, peu importe. Ce qu’il faut retenir prioritairement c’est que si cet homme-là devait accéder à la présidence du Gabon, ce qui est fort peu probable, cela ne servirait en rien les intérêts des populations. Au contraire, il serait une véritable source de difficultés insurmontables pour la reconquête, par les Gabonais, de leur fierté et de leur souveraineté nationales. Car la dernière chose dont ce peuple a besoin, ce serait que leur pays, déjà en lambeaux et vendu à des intérêts étrangers, soit confié au banquier de la famille Bongo et d’Olam-Gagan Gupta. Un véritable cauchemar !

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