Mort dans d’horribles souffrances, Alexis Ndouna trouble déjà l’esprit des Bongo

Dès l’instant où l’enfant de Kabaga, un charmant petit hameau perdu dans la savane téké, s’était acoquiné avec Ali Bongo et son gang pour des trafics financiers illicites et quelques perverses orgies d’alcôves, sa fin était écrite d’avance. Tragique et brutale. Elle est intervenue le 21 avril dernier. Mais un mois à peine plus tard, le fantôme de Ndouna a commencé à troubler les Bongo.

Alexis Ndouna, menottes aux poignets, lors de son extradition en décembre 2019, le début de la fin Alexis Ndouna, menottes aux poignets, lors de son extradition en décembre 2019, le début de la fin

A l’image de son arrestation par Interpol, à Brazzaville, le 28 décembre 2019, le décès d’Alexis Ndouna a très rapidement animé les réseaux sociaux au Gabon. L’homme, il est vrai, avait, pendant de longs mois, défrayé la chronique et alimenté la rubrique des faits divers pour de sordides histoires de viols sur mineures et de proxénétisme. Mais, jusqu’à sa fuite au Congo, en octobre dernier, Ndouna était protégé par le système. Particulièrement par le clan Bongo à qui le prédateur sexuel rendait des menus services. Il était, par exemple, un généreux bailleur de fonds pour l’insatiable Patience Dabany, la maman d’Ali Bongo. Très populaire dans le pays téké, Alexis Ndouna a également servi d’agent électoral et de financier à Malika Bongo en 2018, lors des élections législatives à Bongoville. Et ça, ce n’est que de la petite bière, car pour Ali Bongo et quelques happy few, Alexis Ndouna c’était surtout une grosse lessiveuse spécialisée dans le blanchiment, via ses entreprises, des colossales sommes d’argent volées à l’Etat par la pègre bongoïste. Mathias Otounga Ossibadjouo (à l’époque où il sévissait à la tête de la Caisse de Stabilisation & de Péréquation), Ali Bongo et son fils Noureddin,  Seydou Kane, Brice Fargeon Laccruche Alihanga, Grégoire Kouna, Jean Ekoua, entre autres, font partie des principaux animateurs et bénéficiaires des culbutes financières coordonnées par l’étrange « homme d’affaires téké » sorti de nulle part. Pédophile libidineux connu pour ses fantasmes avilissants, Alexis Ndouna s’était taillé une solide réputation de fournisseur de jeunes filles à des personnalités du monde politico-administratif gabonais. C’est, du reste, pour viols et trafic sexuel de mineures qu’il est tombé l’année dernière. Notamment à cause de « l’affaire Wally », du nom de l’une de ses nombreuses victimes mineures dont certaines auraient, semble-t-il, été contaminées au VIH par Ndouna et certains de ses complices pédophiles.

 

Comme Hervé Ndong et Alex Eckembé avant lui, Alexis Ndouna a été liquidé par le pouvoir

Au départ, le régime Bongo-PDG a cru pouvoir sauver son serviteur en organisant sa fuite au Congo. Persuadée qu’il était désormais hors d’atteinte, la justice aux ordres d’Ali Bongo a, pour se donner bonne conscience, émis un mandat d’arrêt international contre Alexis Ndouna. La suite, on la connait : contre toute attente, Interpol Congo a fait preuve d’une extraordinaire célérité en mettant la main sur le pédophile présumé.  

De retour au Gabon, Alexis Ndouna représentait forcément une menace pour les tenants du régime qui, bien entendu, redoutaient un grand déballage en cas de procès. Il n’est donc pas exagéré de penser que le clan Bongo et ses satellites, craignant de voir déballés sur la place publique, tous les grands et petits secrets de leur pédocriminalité,  ont aidé Alexis Ndouna à disparaitre de la surface de la terre. Sans état d’âme. Comme ils l’ont fait en novembre 2019 avec Alex Eckembé, ou encore avec Hervé Ndong Nguema, proprement « liquidé » en septembre 2017 à Epinay-sur-Seine, près de Paris.

Sylvia & Noureddin Valentin Bongo, les nouveaux maîtres du Gabon Sylvia & Noureddin Valentin Bongo, les nouveaux maîtres du Gabon

Le coup de la liquidation de Ndouna a été minutieusement préparé. Pour éviter que ce grand bavard ne soit tenté de raconter sa vie à quelques codétenus, le gang au pouvoir a fait preuve d’une étrange mansuétude en l’exfiltrant discrètement de la prison de Gros-Bouquet. C’est ainsi que quelques semaines avant sa mort, Ndouna vivait dans ses multiples résidences. Mais c’était un homme considérablement diminué, parce que volontairement privé de soins, alors qu’il souffrait d'une anémie sévère et d'une grave insuffisance rénale, le tout sur fond d'hypertension artérielle et d’infection VIH très avancée. Décédé dans d'atroces souffrances,  le 21 avril dernier, Alexis Ndouna avait le pantalon maculé de sang, suite à une violente hémorragie hémorroïdale.

C'est d’ailleurs la vue de son pantalon ensanglanté qui a alerté les membres de son entourage. Transporté d’urgence à la clinique El Rapha, il souffrira le martyr toute une nuit durant, l’équipe médicale, pour le transfuser, va désespérément chercher un donneur du groupe sanguin O négatif. Etonnamment, on découvrira après la mort de Ndouna que Serge Okona, un de ses grands amis, et par ailleurs neveu de l’ancien patron de la Garde républicaine (GR), le général Grégoire Kouna, est de ce groupe sanguin. Tout comme, du reste, sa cousine, le Pr Philomène Kouna qui était pourtant à son chevet. Bizarre !  Les Kouna feraient-ils partie des gens qui avaient intérêt à voir disparaitre ce sulfureux personnage qui, on le sait, a toujours fait preuve d’une prodigalité sans égal à leur endroit ? Seule leur conscience pourra répondre à cette question. Une chose, toutefois, est certaine : Alexis Ndouna, bien que décédé, n’a pas emporté avec lui toute sa capacité de nuisance. Et on a pu le constater au moment de ses funérailles à Kabaga où ses proches ont juré de venger sa mort.

 

Sacrifier quatre Pygmées tékés pour sauver Sylvia, Noureddin, Malika et Patience

Longtemps considérées – à juste titre – comme des soutiens inconditionnels du régime, les populations  tékés ont, pour une fois, exprimé de diverses manières leur exaspération. C’est ainsi que, d’après certaines indiscrétions, des Pygmées de la contrée ont été sollicités pour jeter un sort maléfique aux « responsables de la mort de [leur] enfant ». Dans le viseur des sorciers tékés : Sylvia Valentin Bongo, Malika Bongo, Noureddin Edouard Valentin Bongo et Patience Dabany. Leurs photos, selon nos informations, auraient été enterrées dans la même fosse que le cercueil de Ndouna. Ce qui, avec quelques semaines de décalage, a mis les intéressés dans tous leurs états.

Malika Bongo (à droite) en compagnie d'Alexis Ndouna Malika Bongo (à droite) en compagnie d'Alexis Ndouna

Affolés, Sylvia, Malika et Noureddin Bongo ont chargé Patience Dabany de trouver « la solution ». Un rôle que l’ex-épouse de feu Omar Bongo, connue pour sa vénalité, a accepté de jouer, mais en contrepartie d’une somme d’argent conséquente.

Une fois en possession du pactole, la vieille dame serait entrée en contact avec des charlatans à qui elle aurait demandé de « sacrifier » quatre Pygmées Téké, censés « remplacer » les Bongo-Valentin-Dabany dans la tombe de Ndouna.

 

Brice Oligui veut « faire parler » le téléphone de Patience Dabany

Mais rien, apparemment, ne s’est déroulé comme souhaité car, dans un troublant mélange de cruauté, de cupidité et de croyances stupides, l’affaire a très vite tourné au vaudeville. Résultat : zéro Pygmée tué, mais en revanche, des dizaines, voire des centaines de millions de francs CFA disparus dans la nature. Du côté du palais présidentiel où ce sinistre feuilleton est suivi de très près, on ne va pas tarder à réagir. Non seulement pour savoir quel usage Patience Dabany a réellement fait de l’énorme pactole reçu et dont une partie, dit-elle, aurait été volée à sa résidence, mais aussi et surtout pour voir comment poursuivre la mission initiale, à savoir, tuer quatre Pygmées afin de conjurer le sort funeste qui menace d’emporter Sylvia, Noureddin, Malika et Patience dans l’au-delà… Pour cela, le colonel Brice Oligui Nguema, tout nouveau patron de la GR, a été invité à s’en occuper personnellement. Drôle de mission pour un officier supérieur, de surcroît chef de corps. Mais c’est aussi ça, le Gabon, ce pays hors normes ! En tout cas, le colonel Oligui va rapidement commencer à exécuter avec beaucoup de zèle les ordres de Sylvia et Noureddin. Ainsi, depuis quelques jours, des proches de Patience Dabany, soupçonnés d’avoir trempé dans la disparition de l’argent au domicile de la chanteuse, croupissent dans les geôles des services secrets. Mais il y a mieux – ou pire, c’est selon – : pas du tout convaincu par la version servie par Patience Dabany, au sujet du vol prétendument perpétré chez elle, l’enquêteur en chef Oligui Nguema s’est mis en tête de récupérer le téléphone portable de la maman d’Ali Bongo. « S’il le faut, on va payer quelqu’un pour le lui voler », aurait-il même proposé à ses nouveaux maîtres Sylvia et Noureddin.

Patience Dabany : la victime présumée fait désormais partie des suspects Patience Dabany : la victime présumée fait désormais partie des suspects

Question pour lui de retracer les communications de la « Mama » qui, du coup, est passée du statut de victime à celui de suspecte. Encore une histoire de fous qui mobilise les ressources et les services de l’Etat au plus haut niveau, à un moment où le pays connait une inquiétante explosion des contaminations au Covid-19 !

Pendant ce temps, Alexis Ndouna attend tranquillement l’arrivée de ses futurs voisins dont les photos circulent sans doute déjà en Enfer. Quelle affaire !

 

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