Orabank Gabon : Didier « Bling-bling » Mengome rattrapé par ses turpitudes

La filiale gabonaise de la banque Oragroup est secouée, depuis quelques semaines, par un scandale lié à une série de malversations opérées par des employés et cadres de l’entreprise. Placés sous contrôle judiciaire, certains de ces délinquants présumés font aussi l’objet de mesures conservatoires prises à leur encontre par la banque.

Didier Mengome, banquier bling-bling et indélicat Didier Mengome, banquier bling-bling et indélicat

Pour bien comprendre les enjeux de la crise qui ébranle en ce moment Orabank Gabon, il faut remonter plusieurs mois en arrière. Nous sommes au milieu de l’année 2O18. La Société gabonaise de raffinage (Sogara) fait virer d’importantes sommes d’argent sur d’étranges comptes ouverts à Orabank. Etranges parce que ces comptes, non seulement n’ont rien à voir avec les activités de l’entreprise, mais en plus ils appartiennent à des prête-noms. A la manœuvre on retrouve Noël Mboumba, celui-là même que le pouvoir a récemment et miraculeusement sorti de prison alors qu’il a reconnu publiquement avoir détourné des centaines de milliards de francs CFA. A cette époque-là, il est à la tête de la Sogara depuis le mois de novembre 2017. Dans ses culbutes financères, Mboumba associe, naturellement, son directeur financier Billy Bendo Edo.

Parmi les prête-noms chargés de dissimuler les milliards détournés et planqués par le duo Mboumba/Edo à Orabank, il y a un certain Marvyn Ondo Ndong Sima qui est par ailleurs gérant de la société Bati-verdure, une coquille vide en réalité. Point commun entre les trois hommes, ils sont tous des membres en vue d’une association très en vue : l’Ajev (Association des jeunes émergents volontaires, ou voleurs, c’est selon). Pourquoi ces margoulins ont-ils jeté leur dévolu sur Orabank pour leurs opérations douteuses ?

Loin d’être fortuit, ce choix participe tout bonnement d’une logique de clan : le DGA d’Orabank Gabon, Christ Didier « Bling-bling » Mengome est lui aussi un cador de l’Ajev. Avec lui, ses petits copains ont donc l’assurance que leur argent ainsi que le secret de leurs transactions frauduleuses seront bien gardés. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes ajéviens quand, brutalement, en septembre-octobre 2019, Brice Fargeon « Laccruche », le tout puissant président de l’Ajev tombe en disgrâce. Et avec lui, les principales têtes d’affiche du cartel. Noël Mboumba (qui entre-temps avait été promu ministre du Pétrole) et Billy Bendo Edo, entre autres, sont jetés en prison. C’est la panique dans les rangs de l’Ajev ! Pour ne pas subir le même sort, Marvyn Ondo Ndong Sima prend la poudre d’escampette.

Mboumba et Bendo Edo en taule, Ondo Ndong Sima en cavale, l’argent planqué à Orabank sous la surveillance de Didier Mengome est désormais en déshérence. Rien de tel pour donner des idées. Ce qui ne va pas tarder. Directeur général adjoint de la banque, Christ Didier Mengome, surnommé « Bling-bling » pour son côté exubérant, profite de sa position pour siphonner les comptes bancaires de ses amis, particulièrement celui ouvert au nom de Marvyn Ondo Ndong Sima. On parle de plus de 500 millions de francs CFA évaporés. Evidemment, pour réaliser son forfait, « Bling-bling » s’est attaché les services de quelques complices au sein de l’entreprise. Informé de la situation, son parent Marvyn Ondo qui comptait sur cet argent pour vivre un exil doré entre dans une colère noire. Il faut indiquer, en effet, que Didier Mengome et Marvyn Ondo ont des relations de famille. Marvyn est le fils de l’ancien Premier ministre Raymond Ndong Sima. Lequel est le beau-frère du général à la retraite Simon Mengome Atome, le père de Didier Mengome.

Adolescent, Marvyn Ondo s’était déjà signalé en dérobant le coffre-fort de son père.

Marvyn "Coffre-fort" en cavale Marvyn "Coffre-fort" en cavale

C’était au début des années 2000. Son père venait de quitter la tête de la société d’exploitation du Transgabonais. Visiblement l’économiste Raymond Ndong Sima avait planqué ses précieuses économies dans un coffre-fort à domicile, plutôt qu’auprès d’un établissement bancaire. Bizarre et surtout risqué. La preuve, son adorable fiston Marvyn a flairé le magot, et faute d’avoir pu ouvrir le caisson, il a tout simplement emporté le contenu et le contenant. Des années après, le jeune homme n’a apparemment pas beaucoup changé. Quant à Didier Mengome, il fait mentir l’adage qui dit que bon sang ne saurait mentir. Car son père, Simon Mengome Atome est connu pour sa rectitude morale. Opposant depuis une trentaine d’années au régime Bongo-PDG, ce Saint-Cyrien a toujours renvoyé de lui l’image d’un homme rigoureux et sobre. A l’opposé de son fils qui, non seulement brille par son excentricité, mais également par un opportunisme totalement assumé. Il fait par exemple partie des ressortissants d’Oyem qui étaient allés, le mois dernier, faire allégeance à Noureddin Bongo via sa grand-mère Patience Dabany. Ce qui avait arraché un commentaire cinglant à un ancien conseiller de Noël Mboumba, à l’époque où ce dernier était ministre du Pétrole : « Noureddin, on le sait tous, est loin d’être une fusée, il va donc accueillir à bras ouverts tous les voleurs de l’Ajev qui auront retourné leur veste. Il sera leur garantie pour ne pas aller en prison ». Ou pour en sortir, comme Noël Mboumba…

Didier Mengome (à gauche) chez Patience Dabany : un opportunisme assumé Didier Mengome (à gauche) chez Patience Dabany : un opportunisme assumé

Entendus le 19 mars dernier par la justice, Didier Mengome et ses complices ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire. Ils ont provisoirement échappé au mandat de dépôt à cause des restrictions liées à la pandémie de Covid-19 que le monde traverse depuis quelques semaines. Parallèlement, ils font l’objet d'une mesure disciplinaire de licenciement  pour abus de confiance aggravé. Toutefois, il y a lieu de se demander comment la directrice générale de la banque, qui a toujours fermé les yeux sur les multiples indélicatesses de Christ Didier « Blin-bling » Mengome, entend procéder pour exercer une action récursoire contre son ancien adjoint devenu insolvable.

Question perverse : que se passerait-il si Noureddin Bongo Valentin, le nouveau prophète de la bongosphère délirante, décidait de voler au secours de son nouvel apôtre ?

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