Gabon : Noureddin Bongo Valentin lance sa stratégie de conquête du pouvoir

Noureddin Bongo et Brice Fargeon « Laccruche ». Le mariage de la carpe et du lapin. Union contre nature entre un fils à papa végétatif et un intrigant. Pendant deux ans, le fils d’Ali Bongo s’est servi du lampiste « Laccruche » pour avancer masqué vers le fauteuil présidentiel. Mais la supercherie a tourné court. Accusé d’avoir voulu doubler le dauphin, « Laccruche » a été jeté en prison.

Mieux que quiconque, Noureddin sait que son père est "fini" Mieux que quiconque, Noureddin sait que son père est "fini"

Du coup, le fils de Sylvia Bongo Valentin n’a eu d’autre choix que de se lancer. Ouvertement et sans complexe. Âgé de 28 ans à peine, totalement dépourvu d’empreintes politique, professionnelle et même universitaire, Noureddin est persuadé qu’il peut, dès à présent, être khalife à la place de son « raïs » de père Ali. Tout indique, en tout cas, qu’il le veut vraiment. A première vue, cette posture désormais assumée par Bongo III pourrait laisser penser à un schéma familial élaboré à l’instigation ou, à tout le moins, avec la bénédiction d’Ali Bongo lui-même. Mais il n’en est rien ! Au contraire, toutes les sources crédibles consultées parlent d’un « passage en force du fils, avec la complicité très active de sa maman ». Il s’agit donc d’un parricide qu’illustre d’ailleurs assez bien le dévoilement quasi-officiel des ambitions présidentielles de Noureddin Valentin.

Depuis deux mois environ, le noyau dur du pouvoir s’acharne à vendre à l’opinion qu’Ali Bongo a récupéré de son AVC et qu’il est aux commandes du pays. C’est là, la première étape de la stratégie supposée conduire Noureddin à la tête du Gabon. Il faut donc entretenir le plus longtemps possible cet abominable mensonge d’Etat consistant à faire croire que c’est Ali Bongo, pourtant totalement inapte, qui dirige le pays. Cette posture, ou plutôt imposture, confère aux tenants du pouvoir (notamment Sylvia Bongo et son fils) suffisamment de marge pour manœuvrer et travailler à une énième modification de la constitution. Laquelle, selon leurs calculs, pourrait intervenir en juin ou juillet de cette année. Pendant ce temps, Noureddin Bongo Valentin, à l’abri derrière son poste de Coordinateur des Affaires présidentielles, assume la réalité du pouvoir.

Selon nos informations, les travaux pour la rédaction de la future constitution gabonaise sont en cours actuellement dans une luxueuse et discrète villa du quartier Alibandeng où, soit dit en passant, la présidente de la Cour constitutionnelle possède une immense propriété. Simple coïncidence ? Voire…

En tout cas, c’est ces lieux situés non loin de la base militaire française (camp de Gaulle), et avec l'aide technique de trois constitutionnalistes français, que plusieurs personnalités gabonaises parmi lesquelles Marie-Madeleine Mborantsuo, Faustin Boukoubi, Martin Mabala, André-Dieudonné Berre, préparent le terrain pour l’arrivée au pouvoir d’un 3ème Bongo. Un projet de loi relatif à l'adoption de cette nouvelle loi fondamentale devrait être déposé courant mars-début avril à l'assemblée nationale (puis au sénat) pour un examen et une adoption rapides. Accessoirement, des moyens colossaux seront mis à disposition pour, comme d’habitude, acheter « le vote tout à fait démocratique » des parlementaires.

Dans l’esprit de ses concepteurs, le nouveau texte de la Constitution consacrera, entre autres, l’élargissement des pouvoirs du Vice-président pour en faire le successeur d'office du président de la République. Ainsi, en cas d’indisponibilité temporaire ou définitive (le décès ou la démission) de ce dernier, le Vice-président sera chargé d’achever le mandat en cours. Mieux : s’il le désire, il pourrait se présenter à l’élection présidentielle.

Ce message vu sur Internet traduit l'état d'esprit général des populations Ce message vu sur Internet traduit l'état d'esprit général des populations

Au niveau  du PDG, une réorganisation des instances du parti au pouvoir est prévue pour les semaines à venir. Il est essentiellement question de la nomination de Noureddin Valentin comme Vice-président du PDG. Ce qui lui permettra d'avoir ainsi la mainmise sur le parti présidentiel. Pour ce faire, un plan de neutralisation ou d’exclusion de certains députés indociles est sur la table des conspirateurs. Les plus visés, Paul Biyoghe Mba, Jean-Pierre Oyiba et Guy-Bertrand Mapangou sont considérés comme étant ceux qui mobilisent le plus de militants dans leurs provinces respectives. De crainte qu’ils ne fassent échouer le projet de modification constitutionnelle, certains faucons du régime envisagent même de les « brutaliser physiquement ». Surtout Jean-Pierre Oyiba, le député de Franceville…

Annoncé depuis plusieurs semaines, le futur gouvernement sera chargé, pour sa part, non seulement de rassembler le plus largement possible autour de Noureddin, mais également de redistribuer les postes dans l'administration et les grandes entreprises afin se constituer une bonne base d’obligés et de soutiens indéfectibles. Sur le terrain le même gouvernement et ses relais devront intensifier les opérations de charme aux niveaux politique, social, économique. Les routes, la santé, l'éducation, l'eau, l'électricité sont les axes programmés prioritairement pour mettre Noureddin en valeur, le faire connaître des Gabonais, tout en continuant discrètement le lobbying au niveau international, avec l'appui du Maroc, du Togo, du Sénégal et de certaines officines françaises et singapouriennes.  

Sur le papier, ce plan a incontestablement fière allure.  Mais rien ne dit que les Gabonais se laisseront faire. Certes, une campagne de terreur et d’intimidation visant à briser toute velléité de résistance au sein de la population fait partie de la stratégie. A ce propos, une augmentation substantielle des moyens d'action et d'intervention des forces de défense et de sécurité, plus quelques promotions de complaisance sont à l’étude. Pour commencer, « les hommes en tenue » vont très prochainement recevoir plusieurs dizaines de véhicules 4x4.

Pendant la même période, l'opposition véritable et la société civile engagée vont subir de nouveaux coups de boutoir (harcèlement accentué de Jean Ping, de Jean-Rémy Yama et de leurs proches, débauchage des opposants les plus fragiles, opérations médiatiques de dénigrement et de désinformation, etc.).

Pour autant, rien, absolument rien ne peut, à l’heure qu’il est, affirmer que le coup d’Etat de Noureddin Bongo Valentin va réussir.

Vu sur Internet : et si la réalité rattrapait la fiction ? Vu sur Internet : et si la réalité rattrapait la fiction ?

Oui, il s’agit bien d’un coup d’Etat ! Car, qu'il soit réalisé  ouvertement, ou qu'il soit dissimulé, comme c’est le cas ici, derrière une succession arrangée ou forcée, le coup d'Etat, on le sait, vise à anéantir puis à remplacer un système. L'organisateur du coup d'Etat s’arrange pour prendre le contrôle politique de l'État, sans nécessairement vouloir en changer la nature et il n’a d'autre objectif que la conquête du pouvoir.

Sans doute informé des manigances ourdies par Sylvia Valentin et son fils qui projettent de remplacer la dictature des Bongo par celle des Valentins, l’un des doyens de la politique gabonaise est sorti de sa réserve la semaine dernière. A travers une déclaration d’une très grande profondeur, Zacharie Myboto, président du parti d’opposition Union Nationale, a prévenu :  «…contrairement à ce qui est évoqué ou écrit ici et là, ni le vice-président de la République, ni le premier ministre, ni le Président de la Cour Constitutionnelle, ni le directeur de Cabinet du président de la République, ni le directeur des Renseignements généraux à la présidence de la République, ni tel ou tel autre haut conseiller du président de la République, ni son épouse, ni sa famille, les uns et les autres soutenus par le Maroc et la France, n’ont le droit, et aucunement le droit, de se substituer au président de la République. Tout ce qui est fait dans ce sens et dans cet esprit, à ce jour, relève de calculs et arrangements de tous ordres, et est anticonstitutionnel. »

Péremptoire, M. Myboto conclut : « que la vacance de la présidence de la République pour quelque cause que ce soit, soit déclarée et mise en œuvre, et que la réponse à l’appel de la Mère-patrie à son chevet soit imminente !»

Et cela, « au nom de la Sagesse et du Patriotisme » !

 

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