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Le Club de Mediapart jeu. 11 févr. 2016 11/2/2016 Dernière édition

Les bons contes font les bons amis.

La conteuse et le diseur ...  Il était une fois, en pays de menteries, une conteuse et un diseur qui festoyaient à belle fête. Chacun faisait assaut d'amabilité pour convaincre les voisins que son art est supérieur à celui de son adversaire, qu'un bon conte se raconte des mots pleins les rêves et les yeux écarquillés ; qu'un joli texte se met en bouche avec toutes ses subtilités et ses agilités verbales.
Paroles de conteurs : Catherine ZARCATE © Editions Syros
Paroles de conteurs : Catherine ZARCATE © Editions Syros


La conteuse et le diseur ...

 

 

Il était une fois, en pays de menteries, une conteuse et un diseur qui festoyaient à belle fête. Chacun faisait assaut d'amabilité pour convaincre les voisins que son art est supérieur à celui de son adversaire, qu'un bon conte se raconte des mots pleins les rêves et les yeux écarquillés ; qu'un joli texte se met en bouche avec toutes ses subtilités et ses agilités verbales. 

La conteuse avait l'avantage d'avoir dans sa gibecière à mémoire plus d'histoires que les gens n'en pouvaient croire. Il suffisait qu'elle se place au milieu de la carrée pour éveiller en chaque convive son regard d'enfance. Les histoires de petites souris ou bien de lucioles vont conduisent par le cœur. Vous êtes pris au piège du récit qui se vit, qui se fait aventure épique, escapade impossible.

 

Le diseur devait trouver auditoire attentif, oreilles à l'écoute pour suivre des mots plus savants, des récits moins brillants. La lecture, quand on vous la déclame, réclame tout autant concentration et tranquillité. Elle se gagne d'arrache-pied, ne se donne pas facilement. Pour attraper un auditeur, il en faut bien des conditions favorables.

 

La conteuse fait court, elle se joue des situations et fait fort belles pirouettes. Il suffit de quelques mots pour entrer en son territoire, abandonner ses prétentions d'adultes, redevenir l'enfant que nous étions tous un jour. Le diseur fait bien plus long. Il ajoute à l'effort de l'écoute, l'art complexe des mots qui se dérobent, des formules qui se méritent. Il vous garde adulte tout en vous prenant par la main pour de douces évasions textuelles.

 

Conteuse et diseur ne jouent pas dans les mêmes cours. La première aura toujours une place au chaud au coin de la cheminée, à l'ombre d'un bouchon, auprès d'une belle tablée. Quelques ritournelles magiques et le tour est joué. Les fées sont parmi nous, les lutins et les elfes frappent à la porte du pays des songes. Le second doit faire son trou, trouver moment favorable pour que monde se taise et accepte d'entrer par effraction dans son décor de mots. Le souffle de la langue ne vient pas si facilement, il faut couper les amarres de bien des réticences.

 

La conteuse aura toujours le dessus. Elle ne demande aucun effort, elle a autour d'elle, des alliés dans la place. Il lui suffit de parler pour que les enfants s'agglutinent, ouvrent leurs mirettes et ferment leurs clapets. Les parents émus, en font tout autant. La magie opère et plus personne n'ose déranger cette magnifique alchimie !

 

Le diseur s'en retourne la tête basse et ses paroles en suspens. Il n'aura pas le dessus cette fois encore. Il ne sera toujours qu'une fois. Jamais d'autres fois pour qu'il trouve sa place. Il devra encore et encore travailler ses tournures, ciselées de belles harmonies, travailler l'émotion et alléger le discours. Son travail d'artisan, sans cesse remis sur le clavier, ne suffira pour autant à rompre le charme de la conteuse.

 

Les bons contes font les bons amis, le mot dit reste à l'écart et ne trouve pas place aux paradis enfantins. Qu'importe pour cette fois, son tour arrivera bien une autre fois. Le diseur se le dit, se le promet et fera, s'il veut enfin trouver son auditoire, l'effort de dire de mémoire ses textes pour en faire des contes à son tour.

 

De cette mésaventure, il aura écrit petite fable à dormir debout. Un texte sans histoire, un conte sans morale, un récit sans passion, une fable sans surprise, un billet sans vie. Car il se fait le défi, tous les jours de l'année, de coucher sur le papier des mots pour les croire. Il les lance au gré de la toile, leur donne un peu de vie.

 

Un jour peut-être trouvera-t-il conteuse pour les servir. En attendant, il se contente d'être humble diseur de bonnes aventures. C'est du moins ce que, fort modestement, il se dit !

 

Parolement sien !

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  • 08/06/2012 17:11
  • Par walou

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