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«En direct du Théâtre de la Ville», jeudi soir : Solidarité avec les réfugiés !

Mediapart vous invite jeudi 26 mai au Théâtre de la Ville, Place du Châtelet à Paris, pour une soirée consacrée à «l'Europe face à la tragédie des réfugiés».

LE PROGRAMME DE LA SOIRÉE
Le Club de Mediapart mer. 25 mai 2016 25/5/2016 Dernière édition

NPA et c'est nulle part ailleurs !

© fritou87

Plongée dans l'inconnu Poutou …

 

L'auditorium de la médathèque d'Orléans, drôle d'endroit pour aller à la rencontre du NPA. Des fauteuils cossus, de la moquette au sol, une salle entièrement noire à l'exception d'un plafond blanc. Seule la couleur du lieu convient à l'idée que je me fais d'une révolte anti-capitaliste.

 

Je regarde arriver un public bien différent des réunions précédentes auxquelles j'ai assister. Il y a beaucoup de jeunes, de très jeunes et je suis ravi de ne pas tous les savoir au FN. Il y a des anciens, des militants de toujours de la cause ouvrière. Ils s'installent tranquillement dans ce décor improbable qu'une grande banderole rend surréaliste pour cet endroit. « NPA : Chômage Précarité Austérité, le capital c'est la misère ... »

 

Sur l'estrade, une table drapée de blanc, deux micros, deux chaises, deux affiches. Un dépouillement extrême, aucun portrait du candidat, pas de culte de la personnalité dans ce parti. D'ailleurs, Philippe Poutou est arrivé et répond aimablement aux questions de la presse locale qui ne peut attendre comme tout le monde. Le candidat leur répond sereinement, les mains dans les poches, la chemise de jean ouverte, un blouson de cuir. Pas de fioritures.

 

Poutou dans ses réponses à nos journalistes locaux parle d'une voix tranquille, posée, décontractée. Je suis surpris de la différence avec l'image que nous renvoient les médias. Hélas, la suite me redonnera à voir l'élocuteur malhabile. Là, il est vraiment à son aise, dans une discussion impromptue. Il sourit parfois aux questions convenues, aux interrogations inchangées sur les consignes de vote au second tour, les relations avec le Front de Gauche, les sondages qui sont peu glorieux, …

 

Il lui faut de la patience pour rester calme et supporter le mitraillage d'un photographe qui n'a pas compris l'esprit du bonhomme. Le candidat affirme sa volonté de dégager Sarkozy et sa clique, c'est la priorité absolue. Il ne se situe pas dans une logique de combat, sa candidature n'est qu'un témoignage et il s'agace de de ces questions en boucle. Heureusement, une jeune femme l'interroge sur l'Espagne et la Tunisie, les luttes des peuples, le seul sujet qui préoccupe vraiment notre homme.

 

Le meeting commence quand la presse libère sa proie. Poutou monte sur l'estrade avec Eddy, un jeune postier, responsable départemental du NPA. C'est ce dernier qui ouvre le bal. Une fois encore, j'observe les mauvaises qualités d'orateur du garçon qui n'en a cure. Il use d'un ton familier, il franchit allégrement les limites de l'argot. Nous sortons du cadre policé des réunions précédentes. Il est vraiment en colère et ses mots expriment à sa manière, sa haine pour la politique.

 

Il est vrai qu'il y a de quoi dans le Loiret avec une droite autoritaire, liberticide, toute puissante et si méprisante. Nous sommes dans un laboratoire de ce qui se fait de pire en matière de sécurité et de partenariat public-privé. Les catastrophes se succèdent, les magouilles se multiplient, les salariés sont en première ligne et les syndicalistes sont inquiétés. La justice et les pouvoirs sont dans une belle collusion. Je comprends l'indignation d'Eddy, je n'approuve pas ses mots qui dérapent !

 

Ensuite, c'est le candidat qui prend la suite. Je ne reconnais plus le débatteur adroit et clair de tout à l'heure. Il a un débit de mitraillette comme si, ici aussi, le temps lui était compté. Il va à un rythme endiablé pour sortir un discours convenu qu'il débite au fil d'une pensée qui se déroule un peu comme dans un chapeau de paille -paillasson improvisé.

 

Il va vite, trop vite, il n'articule plus, il se retrouve dans la posture du syndicaliste qui égraine des revendications. Il parle d'une voix de tête presque désagréable, les lèvres pincées, il appuie ses mots d'une main, parfois des deux. Je remarque que la position assise ne le sert pas, il est mal à l'aise ainsi. Les mots roulent, se répètent, ne se renouvellent guère. La posture est celle d'un candidat de témoignage qui n'a nullement l'intention de prendre un jour le pouvoir.

 

Son combat, son espoir, ce sont les luttes ordinaires, l'unité des forces du travail, la révolte des exploités, la bataille contre un système capitaliste monstrueux. Il ne sort pas de là. Il est sincère, il est convaincu mais pas vraiment convaincant pour ceux qui ne sont pas dans sa logique. Je regrette un manque de démonstration, une insuffisance d'arguments. Il est plus dans l'incantation que dans l'exposé.

 

Pas d'applaudissements. Une écoute attentive, pas d'explosion, pas de slogans qui sont destinés à faire mouche. Nous sommes bien loin des grands messes politique. C'est un monde sans artifice, sans spécialistes qui ont ciselé des petites phrases destinées à être reprises à la cantonade. Ces mots sont ceux d'un simple ouvrier qui porte les souffrances de la classe ouvrière sans se soucier de communication.

 

Cela ne m'empêche pas de m'ennuyer fortement. Le discours tourne en boucle, la langue n'est pas toujours soignée. Seul moment plus talentueux, plus personnel sans doute, plus ressenti aussi, il se gausse de celui qui est au pouvoir et de ses amis aux grandes fortunes qu'il exècre de tout cœur.

 

Mais pour le reste, ça manque de variation dans le ton, c'est toujours trop rapide. Ce n'est manifestement pas un grand orateur. Son tour de force prend fin, la parole est à la salle. Là, c'est le grand n'importe quoi. Un homme prend le micro pour nous faire une logorrhée informe qui va de la droite à la gauche, croise Hessel et Artaud. Tous les truismes du café du commerce se bousculent en un discours interminable.

 

Un syndicaliste prend la suite. Voilà un homme habitué au discours. Il tient son auditoire, il est hospitalier et dresse un état calamiteux de notre système de santé mis à terre par une politique du profit bien réelle. Voilà belle argumentation et jolie prestation suivie ensuite d'une intervention à laquelle je n'ai strictement rien compris.

 

Poutou répond comme il peut. Une seconde salve d'interventions ne donnera rien de mieux. Il faut laisser filer le candidat qui a des obligations matinales. Je reste dubitatif sur l'utilité d'une telle débauche d'énergie pour si peu d'échos. Il faudrait une communication plus maîtrisée. Manifestement le candidat n'a pas le talent du facteur. C'est dommage pour le NPA.

 

Observateurement leur.

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Tous les commentaires

C'est nabum, Poutou n'est pas brillant orateur en public, et pour cause, il lit des discours formatés du même type que ceux de la LCR il y a 30 ans. Par contre, il est très bon dans la spntanéité, comme il l'était hier sur Fr2. Mais là n'est pas le sujet.

Dans ce fil de commentaire, j'ai lu une question, pourquoi se présente-t-il sachant qu'il n'a aucune chance, plutôt que... ? La réponse est simple, avec Nathalie Arthaud, ce sont les deux seuls à défendre un idéal, même si je ne le partage pas entièrement, plutôt que de nous propser un veribiage électoraliste uniquement destiné à se faire élire.

A ce titre, même s'il ne fait qu'1%, sa candidature est bien plus légitime que celle de certains autres. Si elle n'est entendue, et pas même nécessairement partagée, ne serait-ce que par une centaine de personnes, ce sera toujours ça de gagné sur la nullité politique ambiante.

Excellent compte rendu en tout cas, pour avoir participé à certains de ces meetings (il y a peu et il y a 30 ans), je pense que j'aurais fait sensiblement le même.

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