Enta Canta

Le chant qui réjouit le chœur.Il a plu toute la journée sur cette petite station balnéaire. Les rues semblent désertes, le centre qui les autres années grouillait d'une faune à la fièvre acheteuse sonne le creux et la fin d'été. Pourtant c'est la pleine saison.

Enta Canta choeur d'hommes © PUYO Alain

Le chant qui réjouit le chœur.

Il a plu toute la journée sur cette petite station balnéaire. Les rues semblent désertes, le centre qui les autres années grouillait d'une faune à la fièvre acheteuse sonne le creux et la fin d'été. Pourtant c'est la pleine saison. La crise dont notre bon président feint d'ignorer la réalité est ici bien tangible. Les villas sont fermées, les locations battent de l'aile et les porte-monnaies se ferment. La fête foraine, jadis si dynamique n'est qu'une pâle copie famélique de ses devancières …

 

Dans ce contexte morose, je recherche un petit coin de ciel bleu. Une chorale d'hommes m'invite à son concert en la chapelle de la plage. Quand j'arrive, le public est clairsemé, les cheveux gris et les calvities dominent. Petit à petit pourtant, la chapelle va se remplir et bientôt nous serons plus d'une centaine à espérer oublier les aléas du moment.

 

Nous attendons impatients. Le programme surprend par son éclectisme. Chants traditionnels en basque, béarnais, corse et landais, quelques gospels et des succès d'hier et d'avant hier en français constituent un ensemble hétérogène. Attendons avant de juger, l'envie est grande de se laisser emporter par des voix masculines qui vont faire vibrer les voutes.

 

J'observe pour l'instant les gens autour de moi. Quelques grands-parents ont traîné des jeunes enfants, peu enthousiastes à l'idée de passer la soirée assis en ce lieu. Quelques étrangers arrivent, curieux et interrogatifs, vont-ils être émus par ce tour de chant ? Un femme arrive peu avant le début. Elle vient s'assoir au premier rang, elle se signe avant que de gagner sa place. Ce geste, jadis si courant, surprend ici par son incongruité. Étrange déplacement des valeurs d'une société qui justement semble ne plus en avoir.

 

Puis, les choristes font leur entrée. Après un premier morceau mal venu qui ne semble pas fait pour ce groupe, la magie opère. Le ventre vibre aux sonorités graves de nos quatorze compères. On devine qu'ils se sont frottés aux soirées de troisième mi-temps de l'ovale. Ça sonne, ça emporte, ça réjouit le public. Plus le concert avance et plus l'alchimie des voix opère.

 

Il y a de la jubilation dans l'assistance. Le bonheur simple de jolis chants, de belles voix, de mélodies entraînantes … Le temps se fige, les soucis et les contrariétés s'effacent. Une communion réelle, sincère, profonde, de celles que n'a jamais su atteindre la liturgie catholique et romaine. En cette belle soirée, la Chapelle pulse au rythme d'une ferveur inaccoutumée pour elle.

 

Ce sont les chants traditionnels qui provoquent le plus d'émotions. En basque ou en corse, en zoulou ou en Peul, il y a comme une magie des sons qui se moque du sens. C'est somptueux, c'est universel. On perçoit même l'âme de ces peuples au travers des chants. Le tourment corse, la magnificence basque, la délicatesse béarnaise, la fiesta landaise, la puissance zoulou, la fierté peul…

 

Les voix se répondent, les basses nous font vibrer au plus secret de notre être, bien plus profondément que les rythmiques mécaniques de nos groupes contemporains. Les ténors nous tiennent en haleine, leurs voix perchées nous surprennent tandis que les barytons jouent les contre-points. Le chef de chœur tient tout son monde, c'est un régal.

 

Le groupe Enta Canta est tout récent. Juste deux années d'existence et de belles promesses déjà. On devine aisément le bonheur qu'ils ont à se retrouver, la joie qu'ils éprouvent à chanter ces chants qui accompagnaient sans doute leurs libations de rugbymen, leurs soirées d'ovalie. Cette fois, le chant est travaillé, les voix posées, l'harmonie est parfaite sans que rien du plaisir festif d'autrefois ne semble altéré.

 

J'ai profité d'une merveilleuse soirée, comme bien souvent les chorales savent les distiller avec délicatesse. Si vous avez, à deux pas de chez vous, une proposition de concert vocal, surtout n'hésitez pas un simple instant. Le bonheur est dans ces harmonies délicieuses.

 

Musicalement vôtre.

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