LE BÉNIN A SOIXANTE ANS MAIS DANS LE CUL-DE-SAC

EXCLUSIF BENINPLUS - Il y a peine à ne pas hurler « y a-t-il un adulte dans la maison rupture, pour parler au chef de l’Etat ? » ; lui expliquer que cette notion provinciale du développement en porte-à-faux avec les libertés et droits humains, est ridicule.

Un cul-de-sac, également appelé, une impasse, est un passage avec une seule entrée ou sortie. Dans le jeu d’échecs, l’impasse est une situation où le joueur dont c’est le tour de se déplacer n’a aucun mouvement légal.

Ici, impasse est en référence au contexte dans lequel une résolution ou une action supplémentaire semble très difficile ou improbable pour tous. Force est donc de constater en ce jour où nous célébrons soixante ans d’indépendance que nous sommes dans l’impasse au Bénin, dans un cul-de-sac, socio-économique et politique de tout point de vue. 

Sur le plan socio-économique, même si on nous parlera désormais de « pays à revenu intermédiaire de tranche inférieure », (après les bisbilles du « rebasage » économique) ou « d’asphaltage », ne nous y méprenons pas ; la pauvreté reste rampante. Les emprunts frénétiques et récurrents, les impositions et taxations tous azimuts,  les licenciements massifs, les fermetures d’entreprises fréquentes, des chômeurs par milliers, un système éducatif tangentiel, la fermeture des frontières avec le voisin fortuné de l’est, la baisse drastique du trafic portuaire, les purges au sein de l’armée, la chute du coût mondial du Coton, l’isolement diplomatique, l’embastillement, le déni de justice, la fuite des capitaux, l’incapacité d’accompagnement social de COVID-19 que sais-je d’autre… sont des signes avant-coureurs d’une situation socio-économique sans issue, un cul-de-sac.

Au plan politique, le constat est sans ambages. Le pays ne peut pas, avancer ou faire des progrès depuis que subsiste l’exclusion qui a conduit à la crise post-électorale de mai 2019 ou plusieurs enfants du Benin ont connus la morts, la population est tétanisée.

Des lois crisogenes, une constitution non consensuelle, une Assemblée nationale illégitime, des élus communaux désignés, des institutions sans crédibilité, des exilés, des résistants, des opposants, des opposants faire-valoir, des partisans, des partisans faire-valoir, des candidats sans parrains, des parrains sans candidats; une présidentielles élusive … autant d’indices patents d’un contexte politique boueux où aucun progrès ne peut être réalisé en raison d’un désaccord fondamental. En somme, il s’agit d’une impasse, d’un cul-de-sac.

Il y a peine à ne pas hurler « y a-t-il un adulte dans la maison rupture, pour parler au chef de l’Etat ? » ; lui faire prendre toute la mesure du contexte socio-économique alarmant et surtout lui expliquer que cette notion provinciale du développement qui existerait exclusif d’un ordre démocratique ou en porte-à-faux avec les libertés et droits humains, est ridicule et sans mérite. « Y a-t-il un adulte dans la maison rupture pour rappeler au chef de l’Etat » si le rêve est toujours d’être « porté en triomphe à la fin de son premier et unique mandat » comme dans un cul-de-sac, il devra se retourner car la porte de sortie est la même que la porte d’entrée… la restauration de l’ordre démocratique et républicain.

Ambassadeur Arouna, MBA est Managing Partner chez USAFCG, fondateur et PDG de Global Specialty (GSL), ancien ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Bénin aux États-Unis d’Amérique, et représentant du Bénin au Mexique et à l’Organisation des États américains. Il est un expert reconnu des investissements du secteur privé en Afrique, des relations gouvernementales et des relations entre les États-Unis et l’Afrique.

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