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Billet de blog 31 oct. 2021

Une tonne de feu et autres vérités mortelles (1)

Je l’ai vue. Elle courrait nue dans la nuit noire. Je l’ai vue je vous dis ! Son rire fou a éclaté sur ma bouche. Je l’ai vue oui, elle ouvrait chaque fenêtre de ses bras de feu ! Réveillez-vous bébés endormis, vieillards revenus de tout. Réveillez-vous ! Ma rivière d’ébène coulera vos navires chargés de plomb ! vos rêves sanglants percés de rouille !

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La vérité sur Shakespeare


Plus vous êtes sûrs, moins vous doutez, moins vous doutez, plus vous êtes ignorants, plus vous êtes ignorants, plus vous êtes sûrs ! Or, ne serait-ce que pour mentir sincèrement, ne faut-il pas connaître déjà la vérité ?

Et la vérité, qu'est-ce que c'est ? Sinon la plus petite approximation possible à l'égard de cette chose miraculeuse, changeante, retorse, visible et invisible, secrète et si complexe, qu’on finit par la confiner sagement sur une étagère, quitte à douter un jour de sa réalité : la réalité !

Il faut dire qu'au rayon des vérités immuables, certaines ont allumé à jamais l'horizon juvénile de millions de futurs gentlemen, députés, chirurgiens, bourreaux, patrons de café et autres saltimbanques, à l’image de ce fait historique majeur et croit-on, parfaitement honorable, relatif à cet espiègle souverain français, Henri IV.
Et oui bien sûr, le bon roi Henri et sa célèbre, fougueuse, et par dessus tout, immaculée monture équine. Pourtant, sachez-le une bonne foi pour toute, innocents François et pervers Aquitains, contrairement à la légende, ce roi débonnaire aurait possédé en réalité et très secrètement, un cheval vert. 

Chut ! Taisez-vous. Elément de la plus grande importance certainement, et destrier increvable, faut-il ignorer pour autant, que cet auguste bestiole n'était pas verte tout le temps ? 
Durant la poignante retraite de Russie, qui vit tant de civils déguisés en grognards, mourir en bonshommes de neige, ce cheval était indubitablement blanc. Dès que le roi, oubliant au passage la moitié de ses camarades de jeu, retrouva les premiers alpages, le cher canasson redevint effectivement vert gazon. Mais quand agonisant sous la lance du monarque, un malheureux ensanglanté le regardait par en dessous, cette bestiole prodigieuse se montrait d'un bleu étourdissant qui vous donnait envie de piquer un roupillon définitif.

Miracle relatif pour autant, quand on sait que les sujets de sa majesté, qu'ils soient quadrupèdes ou non, qu'ils dorment six pieds sous terre ou qu'ils triment sous la ronde du soleil, ont toujours été sommés de faire mieux encore, précisemment, de rester transparents, pour ne pas dire, invisibles. Miracle à double détente qui plus est, puisque les souverains et leurs précieuses familles, banquiers, missionnaires et bandits compris, se sont toujours moqués des frontières, des nations et des patries dont ils rebattent les oreilles de leurs figurants, ne voyant sous cet effet d'optique congénital, que plaines et ruisseaux à sauter, châteaux à brûler, fils à marier.

Quant au célèbre acteur Max, ces bouffonneries saignantes expliquent pourquoi il est désormais systémati­quement en retard sur un plateau. Quand ça n'est pas en avance de plusieurs années. C'est que contrairement à ses collègues de bureaux, au metteur en scène et à l'auteur lui-même, Max a déjà joué la pièce jusqu'au bout. La tragédie, oui, Max l'a jouée et déjouée mille fois en son for intérieur, et il est probable qu'on le trouve dorénavant, exactement là où ne l'attend pas.
Shakespeare non plus, n'était pas attendu. Déchaînant un océan d'hémoglobine, toute la noblesse, du Danemark à la Patagonie, se serait levée pour trancher du baigneur à la pelle, si l'annonce de sa naissance eut été distillée dans les gazettes. Lui-même n'étant d'ailleurs au courant de rien à cette date, il porta longtemps cet air légèrement ahuri, visible sur la plupart des photos d'époque. 
Bref, que n'a-t-on dit d'Akhenaton, imaginez alors, la vérité sur Shakespeare ! Outre l'impossibilité physique qui lui aurait été faite, étant bègue de la main droite, d'écrire ses propres pièces, le pauvre garçon aurait eu un prétendu penchant plus triste encore et paradoxalement ambidextre. Affreuse ambivalence en effet, car selon certains exégètes spécialisés, il aurait souvent préféré aux belles polissonnes de sa troupe, un bellâtre, à qui il dédiait cruellement d'atroces sonnets trébuchants. Inclinaison désolante pour sûr, mais parfaitement avariée et sous-estimée, quand on comprend que lesdits sonnets sont adressés à son ange... nom de dieu, à son ange ! En réalité, penser pour de vrai fait mal à la tête, surtout affublé de lunettes postiches. Dépenser repose, même si ça vous gâche la salive du crâne. C'est hélas nécessaire puisque la vie est un songe dont peu de vos voisins désirent se réveiller de leur vivant. 

De tout cet enchevêtrement neuronal et cosmique implacable, il en ressort donc une fantaisie supplémentaire cher William, que contre toute logique, tu ne serais pas qui tu es. Une ombre de ton nombre. C'est atroce, mais comme le faisait remarquer finement le neveu adoptif de sa majesté le Roi des Belges, comment un fils de gantier aurait-il pu exprimer la tragi-comédie humaine, avec ce prolifique foison­nement de grêlons multicolores, de pont-levis aimantés et d'horizons à ressorts, sans prier sa Seigneurie en cours de lui gonfler la cervelle en lui crachant dans l'oreille ? Et bien, ravalons nos sarcasmes et derrière nos larmes, regardons les choses à la loupe. Selon la norme équine la plus à cheval sur les principes, seul un pur-sang bleu marqué aux fesses d'un Ausweis au fer rouge, reçoit ce qu'il faut d'éducation princière à la schlague et se fait brosser la langue au chiendent des bonnes manières pour zozoter royalement de la sorte !

Credo tragique en kit chinois, qui en enfante un autre. Seul Lord Bill Bacon Bordednoodles peut être le souffleur de plomb de ton génie stellaire, oh Shakespeare ! Et qu'importe que ton vieux concierge Rimbaud ait hurlé de joie mille fois dans l'escalier à l'éclosion de tes premières pensées, qu'importe que ton bellâtre à sonnette trépigne sur un coussin d'air à côté de tes pompes abandonnées, il faut seulement pleurer ces fourmis qui se lèvent si rarement la nuit pour aller voir derrière leurs figurines en béton armé, l'océan étoilé leur cligner de l'œil.

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