Venezuela : une insulte à la démocratie, vraiment ?

A Caracas, le président sortant Nicolas Maduro a été réélu avec une abstention record qui n'a pas tardé à faire réagir les médias et gouvernements occidentaux. Ces derniers devraient néanmoins se rappeler que la crise politique est la conséquence des sanctions américaines, et non la cause.

 

Dans un tweet baroque dont seule l’administration Trump a le secret, la mission des États-Unis à l’ONU a déclaré que le processus électoral au Venezuela était « une insulte à la démocratie ». Le pays n’a eu de cesse de critiquer les « irrégularités » du vote, pointant le taux d’abstention, record il est vrai, des citoyens aux dernières élections. Une posture qui a de quoi surprendre, quand on sait que ceux des démocraties à l’occidentale sont en chute libre. Entre les 25% d’abstention au second tour et les 43% des votants qui disent avoir élu Emmanuel Macron « par défaut », il convient en effet d’analyser les élections vénézuéliennes avec une sérieuse dose d’humilité.

D’ailleurs, à bien y regarder, ces fameuses irrégularités composent classiquement les paroles de la ritournelle des gouvernements capitalistes. Celles qu’ils nous serinent dès lors qu’un régime qui leur déplaît subsiste. Mais à force d’invoquer les irrégularités, on en oublierait presque que la situation actuelle est le résultat d’une combinaison de sanctions… et de spéculations.

 

Situation politique complexe

Il ne s’agit pas de nier la situation explosive dans laquelle est plongée la République bolivarienne depuis plusieurs années. Celle-ci a fait des mauvais choix économiques qui l’ont conduit dans l’impasse – à moins qu’elle n’ait voulue lutter seule contre un système qui la dépasse. Politiquement, même si la démocratie a pu s’exercer (notamment en 2015, avec la victoire de l’opposition aux législatives), Nicolas Maduro est parvenu à confisquer une élection, non pas en trichant avec les urnes, mais en écartant ses adversaires les uns après les autres en utilisant les moyens de l’État.

Il ne s’agit donc pas de chanter les louanges de l’éternel successeur d’Hugo Chavez, mais bien d’admettre que la situation du pays est plus nuancée que le portrait manichéen qu’on se plait à brosser. Surtout, le gouvernement Maduro, s’il a bien contribué à un durcissement démocratique, n’en reste pas moins la victime d’un phénomène plus grave, organisé sciemment depuis des années dans l’impunité, celui d’une guerre économique orchestrée à l’encontre d’un pays socialiste qui fait tache dans une Amérique latine inféodée aux États-Unis.

 

Guerre économique

Car les accusations de guerre économique ne sont pas infondées. Elles sont même relayées par l’ONU, un organe qui a toujours critiqué l’ingérence dans les pays étrangers, et ce depuis l’invasion américaine en Irak. « Les Vénézuéliens ne sont pas aidés par la guerre économique menée actuellement contre le Venezuela, et qu'imposent aussi le Canada et certains pays de l'Union européenne.» explique ainsi Alfred De Zayas, l’expert indépendant mandaté par le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme qui s’est rendu dans le pays en décembre dernier. Le rapporteur des Nations unies ne fait pas non plus mystère de ses conclusions sur l’action américaine dans la crise du Venezuela. « Les sanctions américaines causent des morts au Venezuela » expliquait-il dans son site, faisant le parallèle avec le coup d’État par procuration qui avait renversé le président chilien Salvador Allende en 1973.

 

Les sanctions qui fragilisent la démocratie

Il est vrai que la pression économique est énorme. Devant l’ONU, de Zayas a cité de nombreux « obstacles » qui nuisent à l’état du pays, qu’il s’agisse de crime organisé, de sabotages, de paradis fiscaux, mais surtout de la spéculation sur les taux de change par des organisations « qui n'ont pas de légitimité démocratique ».

Lors d’une interview diffusée en février à la télévision vénézuélienne, Alfred de Zayas concluait, amer. « Le Venezuela souffre d'une guerre économique. Le Venezuela souffre d'un blocus financier. Le Venezuela souffre d'un haut niveau de contrebande. De là, le Venezuela a besoin de la solidarité internationale pour régler ces problèmes. Avant toute chose, il faut mettre un terme à la guerre économique, il faut lever les sanctions, parce que sont ces sanctions qui empirent la situation d'insuffisance d'approvisionnement dans le domaine médical. »

En somme, si la crise politique au Vénézuela est réelle, elle n’est pas la cause de la faillite du pays, mais une conséquence. En réitérant les sanctions, toujours plus lourdement (comme elle l’a fait à Cuba, à la Russie et à l’Iran), l’administration Trump s’assure de mettre un terme à une république socialiste dans son pré-carré sud-américain. Le rapport de l’ONU est attendu d’ici à cinq mois, en septembre 2018. Trop tard, donc, pour faire oublier les critiques. Mais suffisamment pour mettre à terre un pays déjà à genoux.

Une insulte à la démocratie selon les États-unis ? Plutôt une attaque contre cette dernière.

 

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