France Insoumise : Ces chauvin(e)s qui nous cassent les couilles.

La seule chance pour la France Insoumise chauviniste ou nationaliste est de suivre les pas d'Andrea Kotara, élu Insoumis qui, à quelques jours des Européennes, avait tweeté sans ambages: "J'appelle à voter pour la seule liste souverainiste qui met en avant l’indépendance de la France et qui est la mieux à même de faire barrage ."

Comparé au Socialisme, rien que le nom France Insoumise est une régression. Le nom France Insoumise est du même ordre symbolique, de la même valeur littérale, même littéraire que celui du Front National. Je m'explique. Qu'est-ce que la « France » dans France Insoumise? C'est le « Nationale ». Et qu’est-ce que « «l’Insoumission »? C’ est un  « Front ». France ≡ National / Insoumise  ≡ Front

D'un point de vue strictement sémiotique, si puis-je dire,  les noms France Insoumise et Front National appartiennent à la même famille, au même champ lexical. Ce sont des cousins germains. Ceci n’est pas insulte. L’inconscient Insoumis est Conscience au Rassemblement National.

C'est avec la naissance de la France Insoumise que Mélenchon (qui a passé la plus grande partie de sa vie dans le « socialisme ») et les siens ont abandonné le drapeau rouge au profit du sympathique et vibrant Bleu, Blanc, Rouge. Ils ont aussi abandonné cette vieillerie de l’International au profit de la très moderne Marseillaise. Melenchon et les siens ne se réclamaient plus de la « gauche » mais du « peuple » en prétendant que le mot gauche est un attrape-tout, qu’il empêche de penser rigoureusement. Comment se dire de gauche quand des Valls et Hollande déclarent aussi appartenir à cette famille? La question n’est pas bête. Mais la  réponse qu’ils apportent est un peu dérisoire. Que d’arguties! Car les « crapules » qui se réclament du « peuple » sont aussi légions, plus nombreuses que celles qui se déclarent de « gauche ».

Si le mot « gauche » est devenu extravagamment confus et insignifiant, le  mot « peuple », lui, est vingt fois plus extravagamment confus. Marine Le Pen elle-même met le « peuple » en exergue. C’est sa raison d'être. Le régime de Vichy, lui aussi se réclamait du « peuple ». Sarkozy? Du peuple! Hollande ? Du peuple! Macron? Du peuple! Trump? Du peuple! Bolsonaro? Du peuple! Y’a t-il un mot sur cette terre plus galvaudé que celui de « peuple »? Non.

Alors, lorsqu’on abandonne toute une histoire, toute une rhétorique, lorsqu’on fuit la « gauche » au profit de « ça », du « « peuple »..., c’est que c’est vraiment foutu. 

La France Insoumise veut fédérer le « peuple » autour du partage des richesses, de l'écologie, de la 6e république. Le renoncement au marxisme et à sa terminologie au profit d’une logorrhée petit bourgeois est ici spectaculaire...L’histoire a cessé d’être l’histoire de la lutte des classes. Et la maxime « Prolétaires de tous les pays, unissez -vous » n’est plus qu’un triste souvenir. C’est le « peuple français » l’alpha et l’oméga, c’est lui qu’il faut absolument protéger, ce grand innocent qui n’a rien demandé à personne et qui serait victime plus que quiconque de la mondialisation. L’histoire maintenant, c’est la « souveraineté du peuple français ».

La France Insoumise a tourné le dos à Marx. Elle a préféré prendre ses conseils et stratégies auprès de spécimens du type Chantal Mouffe, laquelle préconise un populisme de gauche qui doit s’opposer au populisme de droite. Quelle misère ! Même pas misère de la philosophie, misère tout court.

Gilles Deleuze, dans son Abécédaire, disait qu’être de gauche, « c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi; être de droite, c’est l’inverse. » La France Insoumise peut donc légitimement récuser le qualificatif de « gauche » que certains cherchent à lui coller. A la France Insoumise, on cultive le chauvinisme, l’écologie de la bonne conscience et la passion de la patrie. Tout le reste vient après, quoi de plus naturel... 

La France Insoumise se pense très moderne. Elle veut à tout prix faire table rase d’une certaine pensée proprement révolutionnaire, d’une certaine rhétorique marxiste qui, avouons-le, en ces temps ouvertement fascistes, n’a pas bonne presse. Elle est moderne...c’est sa délétère et indépassable condition . C’est au nom de cette modernité que de grandes figures politiques du genre Garrido, Chikirou et j’en passe, font la pluie et le beau temps de ce camp de perdition.

Dans les prochaines batailles électorales à venir, si la France Insoumise veut faire « bonne figure », si elle veut faire du « chiffre », si elle souhaite bien se faire voir , il n’y a pas mille solutions : soit elle se sur-lepenise, soit elle se sur-macronise. L’autre place qu’elle croit pouvoir et devoir incarner électoralement est peu rentable. Et même sa tardive fibre écologie ne saurait lui assurer quoi que ce soit.

 

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