Perquisition à la France Insoumise : les spectaculaires parlementaires

L’émission “Quotidien” de Yann Barthes a publié ce mercredi 11 septembre sur les réseaux sociaux l'intégralité des rushes de la perquisition tapageuse au domicile du chef de file de LFI et au siège du mouvement le 16 octobre dernier. Nous y avons décelé, au-delà du virilisme, beaucoup de romantisme. Colère romantique des Insoumis!

"Entreprendrai-je la défense du Parlement en un temps où il est de bon ton de le moquer ?"

Qui n'a pas lu le Coup d'Etat permanent de l'opposant François Mitterand? Quel réquisitoire contre la France! Contre la France gaulliste! Contre  De Gaulle! Quelle verve mitterandienne! C'est elle qui circule dans les veines de Jean-Luc Mélenchon, par ricochet, dans le cerveau des Insoumis.

Qui n’est pas au courant des Coups d'éclats permanents des Insoumis? Quel réquisitoire contre la « Start-up nation » de Macron! Contre Emmanuel Macron !

Cependant, Mitterrand n'a pas été qu'un opposant. Il a été au pouvoir. Et on a pu constater qu’il n’a pas été autre chose qu’un « dictateur gaullien ». Car, voici ce que Mitterand écrivait : « J'appelle le régime gaulliste dictature parce que, tout compte fait, c'est à cela qu'il ressemble le plus, parce que c'est vers un renforcement continu du pouvoir personnel qu'inéluctablement, il tend, parce qu'il ne dépend plus de lui de changer de cap. »

 Dans le fond, les critiques de Mitterand contre le Général De Gaulle pouvaient  être largement retenues contre lui. Ce qui signifie que ces critiques n’étaient que pur romantisme ou encore un pur exercice de style. De la vigoureuse opposition républicaine dans toute sa splendeur! Dans toute sa vanité!

La relation entre la France Insoumise et La République En Marche, c’est à dire Emmanuel Macron, ou encore le Pouvoir d’Etat relève de ce même romantisme de type mitterandien, de cette même opposition vigoureuse, mais foncièrement vaniteuse. La France Insoumise aime trop le pouvoir, se sent trop proche du pouvoir, pour prendre au sérieux ses quelques griefs à l’égard de la Ve République, à l’égard de Macron. La VIe République qu'elle appelle de ses vœux  n'est qu'un chiffre qui change....la réalité demeure la même. 

S’il y a un mot à retenir en (re)visionnant le film de la perquisition dans les locaux de la France Insoumise et de son dominant chef de file, c’est romantisme.  Romantisme des députés : « Ma personne est sacré »…Romantisme exceptionnel des policiers. Car, dans la vraie vie, on est bien d’accord que les choses ne peuvent se passer comme elles se sont déroulées dans les locaux de la France Insoumise. Ne gueule pas un policier qui veut...Tout comme il ne suffit pas d’être bafoué dans ses droits, y compris les plus élémentaires, pour se permettre les coups, les coups de gueule de la France Insoumise face aux dépositaires de l’ordre public. 

La perquisition dans les locaux de LFI n’apporte aucune nouvelle information sur la réalité du pouvoir d’Etat en France. Peut-être,  découvre-t-on ici que les policiers peuvent être des gens hautement civilisés et flegmatiques. Il n’y a pas que les gardiens de la Paix qui mettent des matraques dans le cul des gens. Dans « certaines circonstances », même quand leur autorité est sévèrement mise en cause, ils peuvent demeurer ultra passif.

La « police politique » en France est à la disposition de celui qui prend le pouvoir. Mélenchon et ses camarades en sont-ils victimes ? Ni plus ni moins que le citoyen lambda. Et lorsqu’on regarde ces députés Insoumis essayer de nous convaincre, tout porte à croire que s’ils avaient été au pouvoir, ils n´auraient pas fait l’économie de la fameuse « police politique ». Puisqu’en tant députés, ils n’hésitent pas de faire savoir à qui veut l’entendre, qu’ils ne sont pas « n’importe qui »….dans une République, dans une démocratie, ayant pour devise Liberté-Egalité-Fraternité, il y aurait donc des « n’importe qui », des « n’importe quoi », et des « importants », des « élus » qu’il ne faut pas surtout frôler.

Lorsque le député Mélenchon lâche à un bonhomme qui exécute son travail de policier : « vous savez qui je suis ? »...Lorsque le neo-bourgeois Alexis Corbière crie sur un autre : « Je suis député... » ...Lorsqu’un autre député Insoumis ose même lancer la comparaison avec le cas Benalla en soulevant le deux poids deux mesures, on est forcé de reconnaître que ces gens réclament le droit inaliénable d’appartenir à la caste bourgeoise.

Alexandre Benalla: objet de désir et de fantasme national   

 « On ne touche pas aux copains-ennemis » tel est le cri de la France Insoumise à Macron. Et ce copinage est si poussé qu’on a assisté récemment à un échange de tweets surréalistes entre Alexis Corbière et le fameux Benalla dans lequel le premier osait encore déplorer le deux poids deux mesures. Mitterrand lui aussi dénonçait les « Benalla » de De Gaulle. Arrivé  au pouvoir, il a prolongé le contrat des « Benalla ». Dans la Ve République, les barbouzes à la Benalla ne sont donc pas une exception du régime macronien. Ce n’est pas le deux poids deux mesures qui transparaît ici. Il n’y en a pas....Ce qui transparaît, c’est la proximité entre Benalla et la France Insoumise. Quant à la réalité du deux poids et deux mesures, notre société est envahie par des exemples plus catastrophiques et écœurantes. 

Si la France Insoumise avait une « morale républicaine » différente de celle de Macron, elle se serait réjouie, stoïquement, de n’avoir pas eu le même traitement que Benalla. Car, il est évident aux yeux de tous que le rapport de Benalla à la Justice française, ou plus largement les Institutions françaises, relèvent du simulacre, du faux, de l’injustice...du secret d´État,  si l’on veut être  un peu bienveillant et  « réaliste »...du traitement de faveur, si l’on mettre l’accent sur le fait qu’il est un « objet » de désir.

La France Insoumise voudrait elle avoir avec la «justice » ce même rapport de simulation, faux et injuste?  L’injustice dont elle peut se sentir victime ne pourrait s’appuyer sur le cas Benalla....En se comparant à  l’« incomparable Benalla », la France Insoumise ne démontre pas l’étendue de la corruption du régime macronien (ça nous le savions), mais la profondeur de sa propre corruption et surtout l’obsession que le personnage Benalla exerce sur elle.

Il y a quelques semaines, le musclé Alexandre Benalla proposait un « octogone » à un ministre brésilien, ancien champion de boxe...Visiblement cette proposition a produit quelques excitations du côté de la France Insoumise. Puisque, aujourd’hui, c’est le député  Ugo Bernalicis, qui voudrait se dévêtir  devant  Benalla. Frustré qu’Alexandre aille  seulement frotter ses biceps contre un macho Brésilien, le franchouillard Bernalicis, véritable poids plume, a en effet proposé au Sex-Symbol Benalla, évident poids lourd, un « combat » dans la fameuse arène octogonale. 

Qu’est ce qui pourrait expliquer cette « plaisanterie » entre un député qui se veut révolutionnaire et un barbouze du pouvoir en place, si ce n’est un désir conscient ou pas, de taper, mieux encore de se taper l’autre, sur un tatami ?

 

Lawfare : Quand le chauvin retrouve le chemin de l'international

Le Brésil ce n'est pas la France. Lula ce n'est pas Mélenchon. Les enjeux du procès de Melenchon sont différentes des enjeux du procès de Lula au Brésil.  Mais bon, Mélenchon fait feu de tout bois...Avec les "gilets jaunes", on se souvient qu'il nous disait que c'était lui le grand théoricien de ce nouveau type de révolte populaire...Et que ce mouvement légitimait son programme, hélas! Les élections européennes ont été un énième échec cuisant pour son mouvement.  

Dans une "déclaration commune" publiée dans le JDD. Plus de 200 personnalités, parmi lesquelles Jean-Luc Mélenchon, Luiz Inácio Lula da Silva (actuellement en détention), Rafael Correa, ex président de l'Equateur ou encore le secrétaire général de Podemos Pablo Iglesias (Espagne), mettent en garde contre une instrumentalisation politique de la justice, appelé le "lawfare".

Nouveau concept pour décrire une vielle pratique: on appelle ça, coup de com'.de la gauche. Vu son état, elle est un peu réduit à ça. Dans cette déclaration donc, les camarades déclarent: " Nous invitons à la vigilance pour défendre les victimes de ce type d'opération quelle que soit leur appartenance politique."

Les "victimes", c'est à dire eux, les fameuses personnalités imbriquées dans des affaires et des contextes différents. Voilà donc, en plein triomphe de l'hypercapitalisme, parlons comme Piketty, ce qu'on nous propose comme Manifeste...Comme Internationalisme :veiller sur les intérêts électorales des uns et des autres...confondre le cas Iglesias au cas Mélenchon, confondre le cas Mélenchon au cas Lula...Et Ainsi de suite, reprenons ici le titre du tout dernier bouquin du leader Insoumis, qui s'estime persécuté, en grand libérateur qu'il est, par le libéral Macron.

A t-on vu ces personnalités déclarer quelque chose lorsque le président de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, membre de l'Internationale Socialiste, avait été capturé dans son palais à Abidjan et déporté à la Haye? A t-on vu ces hautes consciences de gauche écrire quelque chose, lorsqu'il a été "libéré" et "innocenté", tout en étant interdit de séjour dans son pays ? D'où vient-il que ces 200 personnalités se réveillent seulement maintenant comme si le cauchemar avait brusquement surgi? La politisation de la justice, en interne ou à l'internationale, est la chose du monde la mieux partagée. 

L'opportunisme doublé de la légèreté d'une telle déclaration commune est une faute morale pour la gauche, à l'égard des véritables "victimes". Victimes du capitalisme, victime des politiques égoïstes des Etats, victime d'une justice tout à fait injuste qui n'a pas l'air de déranger nos hautes consciences politiques de gauche, lorsqu'elle s'applique à ceux qui n'ont ni noms, ni visages, ni patrimoine, ni peau "Blanche", et qu'on appelle sans grande difficulté "migrant". 

On aurait voulu, à chaque fois que le monde glose à propos des fameux " migrants" (je suis obligé), à propos du "déferlement migratoire" , entendre une "déclaration commune"....Hélas! Hélas! Hélas! 

 

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