La tentation Finkielkraut

Rire ou pleurer? La victime Alain Finkielkraut estime que les "Gilets jaunes" qui l'ont agressé ne sont pas des « Gilets jaunes d'origine ». C’est évident. Les vrais "Gilets jaunes", eux, capturaient des "migrants" pour les livrer à la gendarmerie nationale. Ceux-là n'auraient donc pas pu s'en prendre à lui, ses états de service pour la Grande Cause Nationale étant connus.

Alain Finkielkraut n'associe pas ses agresseurs aux « Gilets jaunes d'origine ». Tout comme une certaine presse nous informait qu'il y avait d'un côté les "Gilets jaunes" en colère mais parfaitement sages car républicains, et de l'autre les casseurs venant fatalement des banlieues. Il s'agit d'un petit jeu de petits manipulateurs. 

L'essence des gilets jaunes?

"Gilets jaunes d'origine", n'est-ce pas là une expression digne de Finkielkraut? Pour Finkielkraut, autrement dit, même un mouvement social sans queue ni tête est censé conserver sa pureté originelle, son ADN de souche. Le philosophe s'était déjà réjoui de voir cette "France d'origine" manifester sa colère légitime et intouchable. Contre qui? Les populations immigrées, notamment arabo-musulmanes et sub-sahariennes. ...Contre les élites qui ont préféré s'occuper du banlieusard plutôt que du provincial.

Aucun média n'a cru devoir montrer la vraie nature de ce soutien, cette alliance des Fienkielkraut aux "gilets jaunes"....Tout se passa naturellement, dans cette France, comme si les Finkielkraut avait un seul jour démontré que le champ de bataille était celui de l'égalité, de l'amélioration des conditions d'existence des travailleurs. Et maintenant, parce que la coqueluche Finkielkraut a été sauvagement approchée, c'est la veillée sans le corps, on en fait tout un plat. On parle d'une scène violente. Et puis quoi encore?

Je rappelle qu'un jeune SDF français, Loïc Kamtchouang a été sauvagement assassiné en juillet 2018 par une bande criminelle. La vidéo de cette agression meurtrière circule sur internet gratuitement. Les médias se sont-ils penchés sur cette affaire ? A peine. Ont-ils versé quelques larmes? Non. Ont-ils essayé de contacter les proches de ce jeune homme pour une interview? Même pas. On retient donc que, si l'agression, le crime, ne porte pas la marque d'une appartenance très spécifique, la scène violente se comprend, se tolère, se gère stoïquement dans la République. La société française la digère tranquillement, discrètement, sans bruit. Il faut que la victime soit communautarisée. Il faut que l'agression soit marquée sinon elLe n’est pas rentable médiatiquement, politiquement. Les officiels de la République n'aiment pas se prosterner devant des victimes sans référence historique. Si l'on vous attaque, il faut que l’on puisse faire intervenir votre grand-mère par exemple. Et si vous recevez la violence de l'Etat en pleine gueule, ça, vous devez savoir que ce n'est pas si violent, et ça doit pouvoir s'oublier....  AttentionAttention

Finkielkraut s’est fait agressé hier. On se presse immédiatement à sa porte pour une interview. Et que fait-il dans l'interview? Que s’y joue-t-il? La victime devient le prophète, celui qu'il faut écouter, en sa qualité de victime, mais aussi en sa qualité de philosophe capable de distinguer l'indistinguable "Gilets jaunes d'origine" du  "Gilets jaunes ce-que-vous-voulez''. Le magazine Causeur de l'insupportable Elisabeth Lévy a même affirmé que les agresseurs de Finkielkraut étaient au fond des soraliens, des dieudonnistes, des islamo-gauchistes, des indigénistes, voire des décolonialistes. Qui dit mieux? Les gilets jaunes que portaient les agresseurs du philosophe n’avaient donc rien de très significatif......Qu'est-ce donc que le gilet jaunisme? Au nom de quoi le "Gilet jaune d'origine " serait exempt de toute accusation de violence? d'antisémitisme?  Qu'est ce que ce mouvement avait dans ses origines de chimiquement pur, moralement respectable? Pas grand chose.

Vais-je rentrer dans le bal des écœurements subits ou professionnalisés ? Vais-je m'émouvoir du sort de Finkielkraut, qui même après avoir été agressé continue d'être un agent de la guerre civile et de la propagande raciste? Non.

Qui sème le vent, récolte la tempête. 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.