Une histoire de cons

ships-sailing-sea-sky-534514-1365x1024

 

Ce matin, une rafale de vent à emporté presque tous les cons. J'ai failli m'envoler mais je me suis bien accroché au banc sur lequel j'étais assis.
C'est que, voyez-vous, tout homme est composé comme ceci : de hautes montagnes d'intelligence ainsi que de vastes plaines de conneries.
Chez certains, les hautes montagnes sont de petites collines. En cas de vent fort, elles n'offrent que peu de protection et la plaine est vite dévastée.
Un homme suffisamment intelligent protège sa connerie, ne l'offre pas à la vue de tous, ne laisse pas le vent y souffler. Chez les plus habiles, la vaste plaine devient une clairière mystérieuse et angoissante, ne voyant jamais le soleil, emplie de marécages et à l'odeur nauséabonde. Seul un aigle à la vue perçante peut alors apercevoir cette zone de connerie en la survolant.

Le vent à emporté tous les pauvres cons et les cons les plus nauséabonds sont restés.
Que le soleil brille ! Le souffle a chassé la brume dont l'horizon avait toujours été doté.
On y aperçoit maintenant une curieuse ligne bleutée dans laquelle vient se coucher le soleil.
Intrigué, je demandai aux autres cons de venir avec moi explorer cet endroit. Cependant, aucun ne voulut m'accompagner. C'est qu'ils préfèrent regarder les montagnes !
J'entrepris donc le voyage seul, devant traverser la grande plaine qui me séparait de la ligne bleue.
Cette dernière s'élargissait au fur et à mesure que j'approchais. À quelques kilomètres, je me rendis compte que la ligne bleue était composée d'eau. J'entendais déjà le bruit de ses vagues, bruit qui m'était alors inconnu et que je ne pus identifier qu'aux pieds de cette gigantesque étendue.
Cela me terrifia ! A perte de vue, l'eau s'étendait. J'avais bien entendu une très vieille histoire sur des terres recouvertes par les eaux. Mais jamais je ne me serais douté qu'une telle menace pouvait vraiment planer sur le royaume des cons.
Le vent, on pouvait s'en protéger avec les montagnes, mais une telle quantité d'eau pourrait recouvrir, en un rien de temps, la plus haute d'entre elles.
Que faire ? Je me décidai d'abord à retourner alerter les autres de ma trouvaille. Mais ils rigolèrent, pensant que la ligne bleue n'était qu'une récompense esthétique pour les cons qui restent, un paysage à admirer depuis les montagnes et fournissant des pensées symboliques exquises.
Rien à faire. J'eus alors une idée folle. Naviguer sur cette mer pour évaluer son ampleur et trouver d'autres terres où d'autres cons vivent peut-être.

Ce que j'ai découvert est proprement stupéfiant. Après des mois de navigation, je pus enfin toucher terre en accostant dans la brume. Là-bas, je rencontrai des cons bien différents de chez nous. Leurs montagnes aussi étaient différentes. Elles étaient taillées en forme de grandes marches, alors que les nôtres sont plutôt rondes. Je discutais alors avec ces inconnus et me rendit vite compte qu'ils étaient exactement comme nous. Le vent n'avait pas soufflé là-bas, et les cons pullulaient. Tous ne regardaient que les montagnes. Les pauvres cons admiraient jalousement les hautes montagnes des cons nauséabonds.
Je finis par m'en aller, un peu déçu. Je repris la mer et rencontrai d'autres peuples sur d'autres terres. Après 3 ans du même constat, j'eus envie de rentrer, un peu dépité d'être seul sur la mer.

Cependant, un jour, j'aperçus un point briller sur la mer, et je décidai de m'en approcher. Plus près, je vis qu'il s'agissait d' une grande voile blanche qui se dirigeait vers une petite île. Je la suivis. Arrivée sur l'île, aucune brume ne m'accueillit, mais un port bien construit où je pus accoster avec l'aide d'une dizaine d'autochtones qui me regardaient avec un sourire curieux.
Ils vivaient tous au bord de la mer, parce que l'île était certainement trop petite pour y dresser des montagnes. Il y avait bien de grandes plaines et quelques collines, mais rien qui put protéger du vent. Je leur demandai alors comment ils faisaient pour ne pas s'envoler. Ils me répondirent que, quand le vent commence à souffler, ils attachent tous leurs bateaux entre eux et se réfugient à l'intérieur. Ainsi, personne ne s'envole.
Ils ont aussi une coutume que j'ai trouvée très étrange. Sur la plage, chacun construit tous les jours un monticule de sable de la hauteur et de la forme qu'il souhaite. La nuit, la marrée détruit toutes ces constructions, mais ils recommencent chaque jour. Leur demandant pourquoi ils faisaient cela, ils me racontèrent que c'était une tradition ancestrale héritée de leur terre d'origine de laquelle ils étaient partis en bateau. Cela devait rappeler à chacun que l'eau est toujours plus puissante que la terre, que la plus grande montagne est toujours faible et fragile face à la grande mer.
Néanmoins, ils semblaient tous les jours prendre grand plaisir à ces constructions, les uns n'ayant pas eu le temps de construire une grande montagne admirant ou jalousant les autres. Ils partageaient ainsi en jeu ce qui chez nous est réel, recréant chaque jour un véritable moment de construction d'intelligence pour protéger la connerie.
Mais, s'en remettant au pouvoir de la mer, ce peuple sentait profondément qu'aucune construction intellectuelle n'était éternelle. Ils vivaient ainsi, sans avoir complètement renoncé à l'intelligence, jouant avec elle, acceptant leurs plaines de conneries. Ils n'étaient pas malheureux, car leur vie se déroulait principalement sur la mer. Ils se laissaient porter par elle. Tout en s'en méfiant, ils avaient appris à la connaître, à pêcher ses fruits, à les ramener à terre pour les partager entre eux.

Je suis resté sur cette île et les cons joueurs de là-bas m'ont adopté. Je vis paisiblement depuis, car je ne suis plus seul. Le vent n'est plus une menace, je joue, j'apprends encore à aimer la mer.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.