Non Bolloré, par pitié, ne faites pas ça...

Dans une tribune parue dans le JDD, le grand Vincent Bolloré, se demande : Faut-il abandonner l'Afrique? L'heure est grave! Très grave!

Tribune dans le JDD par Vincent Bolloré Tribune dans le JDD par Vincent Bolloré

 

Moi, je vous aime Monsieur Bolloré, d'un amour sans concession, sans concurrence, sans contrat.

Moi, j'ai du respect pour votre tâche. Votre job. Votre mission, peut-être pas civilisatrice, ça, c'est du passé, me diriez-vous, hélas mission capitale, capitalo, capitalistique.....et tout le tralala développement machin truc. J'ai du respect pour vos 18,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires. A bas les jaloux! 

Vous avez sur l'Afrique des mots si touchants, si respectueux, si ronds, si délicats. On croirait presque que vos enfants vivent dans un quartier populaire, c'est à dire insalubre, de Yaoundé, d'Abidjan ou de Conakry. 

Vous trimez très dur, matin et soir, pour un continent qui n'est même pas le vôtre. Que la justice française vienne vous chercher des poux dans la tête, ça, je comprends, c'est de nature à décourager l'homme d'action que vous êtes. Insupportable ! Et puis, je vous l'accorde, quelle façon de traiter ce continent de 2 milliards d'habitants!

 

Vous vous disputez avec la justice de votre pays l'exclusivité de l'amour de l'Afrique, de la justice, de la bonne conduite. Si vous êtes sur le continent, c'est que vous croyez en l'avenir de l'Afrique, n'est-ce pas? Et si la Justice française va fouiller dans vos relations avec les agents publics étrangers, c'est pour sauver le pauvre continent de votre délinquance, n'est-ce pas? ....Décidément! L'Empire du Bien!

 

C'est donc avec beaucoup de naturel que vous vous demandez : Faut-il abandonner l'Afrique? Question aux allures philosophiques. Sinon pourquoi n'avoir pas titré Dois-je abandonner l'Afrique? Là, cette question vous concerne directement, elle en appelle à ce qui vous sert de conscience ....

Faut-il abandonner l'Afrique? Un peu comme en 1884, on se demandait Faut-il partager l'Afrique? Et elle fut partagée. Merci qui? Merci Bismarck! Maintenant, vous, vous voulez l'abandonner. A-B-A-N-D-O-N-N-E-R......Qu'ils se débrouillent! Vous n'avez pas que ça à faire! Non d'une pipe, qu'est-ce que les gens croient? Que sans Afrique vous n'avez pas vos millions, vos milliards? Merde alors, qu'est-ce que ça signifie?!!

Bolloré, votre question ne manque pas de toupet, mais elle est douloureuse. Comment ça abandonner? Dans les mains de qui ? De quel chinois, bon sang? A peine soignés de l'Ebola, vous voulez déjà nous priver de votre chère amitié? Pitié Bolloré! Ne faites pas ça! Enfin....comme vous voulez! C'est vous le Maître.

On vous accuse de corruption. Quelle rigolade! Et qui ose vous accuser ? La justice de l'Etat français. Non-sens! Contre-sens!  Négationnisme!  Opportunisme capitalistique! Ça, vous le savez autant que moi. Ce n'est pas la justice qui vous attaque, c'est l'image de la France qu'on souhaite préserver, c'est le capitalisme qu'on souhaite redéployer. 

 

La justice française, si elle veut s'attaquer à la corruption des agents publics étrangers, peut trouver meilleur délinquant, plus consistant, et plus pervers que vous. Ainsi, je lui propose à votre place de coupable idéal, de victime sacrificielle,  l'Etat français, qui lui, est le coupable véritable en matière de corruption sur le continent Noir. Les affaires sont légions. Les massacres innombrables. Les corruptions massives et permanentes. Impossible pour un juge vraiment juste de voir Bolloré sans voir ce qui accompagne Bolloré. 

Bref, faut-il abandonner l'Afrique? Telle est votre question. Malgré votre compétitivité légendaire sur ce continent, vous me permettrez de qualifier votre question d'un peu sotte...Je reconnais que vous pouvez avoir des accès d'ignorance, car, en vérité, l'Afrique est abandonnée à elle-même depuis la nuit des temps. Chacun y vient, s'y essuie les pieds,et repart....chacun y vient, pille et se déclare grand ami du continent. On ne l'aide que pour mieux l'ensevelir. On ne l'aime que pour mieux la condamner. 

Que vous abandonniez l'Afrique, après y avoir régné en grand Saigneur.....Pourquoi pas! Mission accomplie. L'Histoire se répète, et comme disait Trotsky, elle est cruelle. Cruelle....

Ces histoires de business ne sont jamais faites pour durer. Vous aurez fait votre temps. Chapeau l'artiste! On se sucre pour un temps. On presse le jus du citron, et puis on lâche le fruit....Un peu comme un client qui, rentrant dans un bordel, voyant une pimpante prostituée avec ses bas de soie, son rouge à lèvres, ses fards, son string, tout excité, bandant à n'en plus finir, met la main à la poche, voue un culte à la prostituée.... guettant ses seins, salivant derrière son postérieur....Et puis, une fois qu'il a baisé la dame dans tous les sens, qu'il a spermé sur son visage, qu'il a déchiré les dentelles, bref, une fois l'acte accompli, il se demande à quoi bon venir encore dans ce bordel, à quoi bon se refaire encore la même dame, la même pute? Surtout que la pute commence à attirer pas mal de regards, y compris des moins que rien, ça n'attire plus donc! Faut-il abandonner la prostituée Jeanne? se demande Vincent Bolloriac.

 

Une pute, on se la fait une fois. Peut-être deux....ou trois....de toutes les façons, ça doit finir. Et Bolloré s'est fait l'Afrique. Il veut, il envisage de lâcher le morceau Afrique maintenant. Ou, astuce de vautour capitaliste, il fait monter les enchères, il veut faire parler la bourse....

 

Hélas, qui payera donc les pots cassés?

 

PS: Les victimes de sa compagnie ferroviaire au Cameroun continuent d'attendre une visite de courtoisie de sa part, en compagnie de son ami Paul Biya, Roi fainéant.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.