Le bourgeois gentilhomme de Marseille face au Président des riches

Avant que le coq chante , Mélenchon s'était déjà renié trois fois. Ite missa est.

C’est l’impétueux Mélenchon, et sa rageuse France Insoumise, qui ont attribué à Macron le titre de « Président des riches ». Ils ont vu juste.

 

C’est le révolutionnaire Mélenchon et sa novatrice France Insoumise, qui, en début de législature, ont réclamé pour eux, le titre de premier opposant à Macron. Déconsidérant ainsi le score de Le Pen aux présidentielles, et bravant le cortège des députés Les Républicains de l’Assemblée Nationale.

 

C’est Mélenchon et ses camarades députés, qui sont les plus critiques, et tant mieux, à l’endroit de Macron à l’Assemblée Nationale. Nul n’ignore les différents coups d’éclat des Insoumis au Perchoir du palais Bourbon : Daniel Obono s’attaquant à la politique migratoire, François Ruffin prenant la défense du personnel des EPHAD, Alexis Corbière tempêtant contre les licenciements à Carrefour…..

Et Mélenchon, lui-même, dans un de ses meeting en pleine campagne, nous avait averti du danger que représentaient Fillon, Macron, Le Pen. Devant des milliers de gens, il avait tonné :« Si vous élisez ces trois-là, vous allez cracher du sang ». C’est dire !

 

Rappelons aussi que Mélenchon et les siens ont voté la motion de censure en pleine affaire Benalla.  Et Macron qui avait alors nargué ces/ses opposants et dénonciateurs : « S'ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu'ils viennent le chercher ».

 

Hé bien, ce week-end, alors que Macron rencontrait la chancelière allemande Angela Merkel à Marseille, le député des Bouches-du-Rhône est allé chercher le Responsable de l’affaire Benalla...et que s’est-il passé ?
 

 

Parenthèse inattendue

 

 Que s’est-il passé de comique à Marseille ?

 

Il s’est passé que le révolutionnaire Mélenchon, accordant une interview à BFM TV, a déclaré en parlant de Macron que : « L’homme qui a fait voter les lois les plus dures en matière d’immigration au point de recevoir les compliments du néo-fasciste Salvini n’a de leçons à donner à personne ». Voici la liberté d’expression.

 

Mélenchon accuse Macron d’être,  si ce n’est un criminel, complice d’un criminel. Car, « des lois les plus dures en matière d’immigration » faut s’imaginer  leurs conséquences....c’est de l’ordre du crime. En sus, si on souligne que  Macron reçoit  les compliments d’un fasciste (criminel)...c’est quand même dire qu’il est complice de crime. D’ailleurs, il a traité Macron de grand xénophobe...renvoyant ainsi au Président le compliment que ce dernier lui avait adressé.

 

Dans le fond, Melenchon n’a pas tort, même s'il fait semblant d’ignorer que le code CESEDA a toujours été d’une étrange brutalité à l’égard des étrangers. En créant les centres de rétention, Mitterrand, en bon homme de gauche, a largement précédé Macron dans sa dureté en matière d’immigration. Il y a donc en France comme une constante et logique républicaine qui se poursuit à l’égard des immigrés.

 

Alors, Melenchon dit tout ça ...il faut donc le croire énervé contre tous ces gens qui rendent la vie de millions de gens irrespirable. Il faut le croire sévère à l’endroit des ennemis du peuple.

 

                                      La rencontre hasardeuse

 Dans la soirée de vendredi, quelques heures après l’interview coup de poing de Mélenchon sur Macron, les deux hommes se sont croisés, fortuitement nous dit-on, au milieu d’une immense foule. Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas.

 

Un  journaliste, assistant alors à cette étrange scène d’amour, d’éclats de rire, de courtoisie, de légèreté entre le président des riches et l’Insoumis du palais Bourbon rappelle à monsieur le député qu’il a traité Macron de grand xénophobe.

Et là, patatras!  Comme Saint Pierre, Mélenchon se renia trois fois : ah non, non, non.

Le président des riches souffrait de voir son frère républicain et bourgeois maltraité par un journaliste qui refusait de comprendre ce qu’est l’esprit républicain, ce qu’est la liberté d’expression du député, Macron se sentit donc obligé de voler au secours du chef des Insoumis: 

- Non ça m'étonnerait...

-Vous ne pouvez pas le croire?!! fit le Mélenchon.

- Non, non, non réconforta le président des Riches.

- Légère exagération marseillaise, s'amusa le député Bouches-du-Rhône.

 

Macron a dit devant un Melenchon mutique : « Melenchon n’est pas mon ennemi ». Ennemi politique j’entends.

 

Tout ennemi de la cause climatique, de la cause populaire qu’il est.....Macron n’est pas l’ennemi de Melenchon. Que sont-ils alors? L’un bourgeois de gauche, parlementaire de surcroît, patriote ....l’autre, bourgeois tout court, ex banquier, etc. Les farces d’une même pièce.

 

Devant Macron, Melenchon s’est éteint. Le bourgeois gentilhomme est apparu dans son costume le plus éclatant. Démontrant ainsi, aux yeux d’une opinion encore suspicieuse, qu’il n’est pas le Chavez, le Maduro qu’on croit. C’est entendu.

 

Nul ne réclamait à Mélenchon d’insulter monsieur le président de la République. Nul ne réclamait un débat-surprise sur la suppression de l’ISF.....De là, à se soumettre devant la figure présidentielle, c’est énorme.

Qui ignore les vives et subites colères et parfois insultes  publiques de Melenchon à l’endroit des journalistes ou de quelques anonymes (cf Perigueux)? Tonnant avec les faibles...minaudant avec les forts. On tempête sur un militant qui a le malheur de nous dire qu’on gagne 40.000 euros et on sourit le cœur tranquille à un monsieur qu’on désigne comme responsable de la déshumanisation de millions de gens.

Que vaut le discours politique ? A quoi bon s’énerver tous les jours à l’Assemblée si c’est pour bisouter Macron lorsqu’on le croise? Qu’est- ce que la lutte politique ? Qu’est-ce que cette courtoisie républicaine ? L’électeur, dans tout ça ?

 

C’est un fait divers qui vient (re)confirmer ce que tout le monde savait déjà : l’opposition parlementaire, plus généralement encore le parlementarisme est un simulacre. Une farce. Une vaste plaisanterie. Une mièvre, triste, basse idée de la représentation du peuple. Le parlementarisme, en effet, c’est l’excès de paroles, excès de langage.  C’est la consolidation du grand mythe de la liberté d’expression....liberté d’opinion....liberté de ton. Liberté bourgeoise. Oui, le parlement c’est l’institution bourgeoise par excellence. Et qu’il y ait un, deux Ruffin ...un, deux ouvriers...un, deux jeunes.... un, deux Insoumis n’y changent pas grand-chose. L’acceptation de quelque insoumis que ce soit, de quelque communiste de siéger au parlement est une victoire de la bourgeoisie, du camp libéral (épris justement de liberté), du capitalisme.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.