De quoi l’écologie politique est-elle le nom ?

Marcher pour le climat procède de la même foi que les processions catholiques pour un défunt ou l’Assomption.

 

Les anticapitalistes réformistes

 

"Le capitalisme est la cause du dérèglement climatique" dixit Naomie Klein dans un article publié le 3 août dernier sur le site américain TheIntercept.com : « Capitalism killed our climate momentum, not “human nature” ».

 

Chez les Insoumis en France, avec la démission du gouvernement du pape de l’écologie française, Nicola Hulot, on a surtout entendu, ces derniers temps, le dogme selon lequel "libéralisme et écologie étaient incompatibles".

 

Quant au patron de Mediapart, n'a t-il pas fait siens, dans son plaidoyer pro Hulot (Nicolas Hulot: une démission salutaire, un tournant historique, cf Mediapart), ces propos d'un collectif de politiques et de syndicats: "Ensemble, nous décrétons l’état d’urgence sociale, écologique et solidaire. Ensemble, nous sommes déjà le monde de demain".


Que de fictions anticapitalistes primaires! Non seulement, si on veut être sérieux dans l’analyse, le capitalisme n’est pas cause du dérèglement climatique, mais il n’y a rien de plus compatibles que la pensée libérale et la pensée écologique. Pour ce qui est du nous sommes déjà le monde de demain, pure sentimentalité gauchiste. Le monde de demain, c'est Macron, Trump, Salvini, Orban, Erdogan, Xi Jinping qui le dessinent. Nous,si ce nous est vraiment inclusif, en Afrique et ailleurs, demeurons les damnés de la terre.

 

 

L’idée d’un règlement climatique?

 

La géologie nous apprend que notre planète a connu plusieurs époques, plusieurs ères qui remontent à des millions, voire des milliards d’années.

 

Le changement climatique précède l’Histoire de l’Homme moderne sur la terre. L'Homme n'y est pour rien dans la tectonique des plaques et les dérèglements climatiques qui en ont découlé.

 

Le capitalisme n'est pas responsable de la surrection de la chaîne himalayenne, qui a complètement modifié la mousson asiatique et le climat de tout l'hémisphère Nord, il y a 20 millions d'années.

 

L’homo sapiens n’a pas reçu en héritage une planète en homéostasie, bien réglée, bien disposée, avec des climats extrêmement favorables partout sur la surface du globe.

 

Les groupes humains de tout temps ont migré à la recherche d'un environnement moins agressif. Ce qu'on appelle aujourd'hui, avec beaucoup de compassion, réfugié climatique, n'a rien de nouveau. Que voit-on dans la série Games Of Thrones ? De grands événements climatiques qui obligent des groupes humains à migrer dans des contrées plus favorables, à se préparer à l'attente du Grand Hiver, et donc à l'arrivée des créatures effrayantes, les "Marcheurs Blancs". Oui, Marcheurs Blancs. Je n'y suis pour rien dans la dénomination de ces créatures bizarres.

 

Le climat n’a jamais été stable. Il a toujours été d’une certaine façon en « dérèglement ». Il n'a pas attendu les méchants capitalistes pour partir en couille.

 

Cela dit, nous savons aujourd'hui, grâce aux scientifiques, que le climat, au-delà de ses éternelles lois physiques qui le commandent, est aussi impacté par l’action de l’Homme, notamment par les émissions de CO2.  Que faire ? Demander pardon à la nature pour tout le mal fait ? Ou alors devenir écologiste ?

 

 

Pensée libérale et pensée écologique : compatibilité de nature


La gauche occidentale, ne sachant plus à quel saint se vouer depuis qu'elle a acté les funérailles du communisme au XXe siècle, a trouvé dans l’écologie un nouveau terrain de combat politique. Après s'être social-démocratisée, elle a commencé sincèrement à croire que l’écologie était un anticapitalisme innovant. Or, c’est le capitalisme, en réalité, qui sécrète la pensée écologique telle qu'elle se manifeste dans notre contemporanéité.


N’est-il pas curieux que l’on ne retrouve que l’écologie politique dans les pays développés, capitalistes, démocratiques ?


Ce ne sont pas les pygmées ou Massaïs d’Afrique, les Nambikwara ou Achuar d’Amazonie, lesquels vivent dans une relative césure de notre monde consumériste et capitaliste, qui sont des militants écologistes. Ce n’est pas dans les pays sous-développés que la pensée écologiste est très active, en voie de développement…C’est, comme par hasard, dans des pays qui ont terminé de se partager le monde, qui ont connu des révolutions industrielles et scientifiques, qui connaissent un niveau de vie sans égal dans le monde, qu’une bande de consciencieux nous parle interminablement d’écologie comme le nouveau ciment d’une politique humaniste. Ce n'est ni plus ni moins que de l'occidentalo-centrisme. Un refus de lier son avenir politique aux populations du reste du monde.

Le capitalisme n’a aucun souci avec l’écologie. C’est pour lui une opportunité extraordinaire de se refaire une santé. Ceux qui pensent que l'écologie poserait un problème aux capitalistes croient naïvement que ceux-ci sont des ennemis du savoir, des nouvelles créations, des nouvelles découvertes, qu'ils ne comprennent rien à rien. Archi faux.

 

Le capitalisme ne saurait tourner le dos aux perspectives que lui offre, à ce stade, l'écologie. Et même quand il feint de résister à quelques avancées écologiques, ce n'est pas une résistance fondamentale, de principe...C'est tout simplement qu'il y a un calcul de bénéfices qui n'a pas encore été résolu. 

 

Prenez Apple, l’entreprise dépasse les 1000 milliards de capitalisation boursière. Elle peut donc allègrement se vanter de sa conscience et de son action écologiques. L’entreprise de Steve Jobs a inauguré en Avril dernier son nouveau campus de 260 000 mètres carrés (2,8 millions de pieds carrés). Elle revendique l’une des meilleures efficacités énergétiques du monde. Le campus est alimenté à 100 % en énergies renouvelables et notamment par une centrale solaire de 17 mégawatts. Il s’agirait du plus grand bâtiment à ventilation naturelle au monde, pouvant se passer de climatisation et de chauffage neuf mois par an. Qui dit mieux ?

 

L’industrie automobile n’est-t-elle pas en train de se révolutionner dans les véhicules plus écolos ? Plus intelligents ? Les voitures du futur seront toutes électriques, nous dit-on. C'est dire à quel point les industriels ont donc pris le problème des émissions de CO2 au sérieux. 

Là où la transition écologique n'a pas encore été amorcée, il faut se dire que le capitalisme n'attend que ça. Comment voulez-vous qu'un futur écologique lui fasse peur? Le capitalisme n'a cessé de s'étendre aux populations les plus reculées de la surface du globe pour l'intégrer dans son marché et son jeu concurrentiel.

 

Quelle entreprise capitaliste n’a pas sa direction RSE (Responsabilité sociale des entreprises) ? Toutes parlent de développement durable. C'est-à-dire de capitalisme durable. Et les capitalistes n’ont pas pour but le suicide immédiat de l’humanité. C’est le profit sans fin. Il faut donc mobiliser tous les savoirs disponibles pour se régénérer.

Le consommateur occidental est devenu un consommateur « intelligent », « responsable ». Il croit par-là échapper au capitalisme. Il mange même bio, et se pense révolutionnaire. Alternatif. Il n’en est rien.

 

Le système capitaliste lui aussi est devenu "responsable", "intelligent", "vegan",  ''vbio'', "féministe", "antiraciste"... Le capitalisme n’a aucun problème avec toutes ces nouvelles races de citoyens engagés, Marcheurs. Il les chérit. Tout comme il a chéri Nicolas Hulot. Et Macron, voyant cette perle écologique, l'a cueilli.

Si l'on fouille, certains seraient même étonnés d’apprendre que la multinationale Monsanto Bayer, producteur de glyphosate, finance plusieurs ONG environnementales ou programmes de recherche médicale. Ils sont aussi vert chez Monsanto.


Pour revenir sur le libéral, le capitaliste Macron, on ne peut pas minimiser son Make Our Planet Great Again. Un appel aux chercheurs, aux enseignants, aux entrepreneurs, aux associations, aux ONG, aux financiers, aux étudiants et à toute la société civile à se mobiliser et à rejoindre la France pour mener la lutte contre le réchauffement climatique. Même si les actes ne suivent pas toujours, au moins c'est clair pour tout le monde, les capitalistes eux aussi, ont des consciences écolo.

 

La Banque Mondiale, le FMI, l’ONU, soit des institutions éminemment libérales, sont résolument engagées pour sauver la planète. Elles financent mieux que quiconque les initiatives écologiques, les recherches sur les énergies renouvelables. Un monde « écologique » ne fait nullement peur aux capitalistes. Pour ceux qui recherchent un logement à Paris, ils peuvent même remarquer qu'il y a pour chaque appartement mis en location ou en vente, un diagnostic énergétique...Le loyer a beau grimpé, le souci écologique demeure.

 

L’écologie n’est pas incompatible avec le libéralisme. Elle n’a su que se développer là où, précisément, il y avait une tradition libérale bien ancrée. Une tradition bourgeoise. Parlementaire. Il n’y a pas plus écolos que les classes moyennes des pays libéraux. Ou alors, c’est qu’il faut croire véritablement à a vielle idée civilisatrice.

 

Cependant, que les experts prennent n'importe quel écolo de Paris, qu'on pèse, évalue, quantifie un peu son empreinte écologique ou son empreinte carbone, et qu'on compare ensuite avec n'importe quel énergumène de Bamako, et on verra qui impacte plus le climat négativement. L'on calculera les déplacements de chacun, la quantité de nourritures, les vêtements, les loyers, la consommation d'énergie, d'eau, etc.

 

 

La Marche pour le climat ou l'esprit Game Of Thrones

 

Quel était le but, l’enjeu de ce beau monde que j’ai vu marcher à Paris ce week-end ?


Ils étaient tous là, lunettes de soleil, le teint richement bronzé, la conscience en paix, smartphones à la main, battant le pavé au nom du climat, pour le climat.

 

Le climat leur dit un chaleureux merci !

 

Les citoyens se trompent s’ils pensent que sur cette question écologique, ils peuvent avoir des intérêts divergents de la classe dominante. On a besoin des prolétaires sans doute mal payés, mais pas en mauvaise santé. Ça coûte cher l’hôpital.

 

La conscience environnementale des dirigeants de ce monde est assez poussée. Il existe bel et bien un droit international de l'environnement. Et depuis l'après guerre, les conventions sur l'environnement, les conférences sur la Terre, les sommets sur le climat n'ont cessé de se multiplier. Hollande lui-même a tenu a organisé la COP21, et puis Macron a renchérit sur le sujet.....Voyez l'ex-socialiste Ségolène, n'est-elle pas déjà la représentante des Esquimaux sur terre? Quelle avancée!

 

Marcher pour le climat, de quoi s'agit-il? Regretter le bon vieux temps? Inscrire la règle verte dans la constitution? Creer une juridiction des crimes spéciaux contre l'environnement? Mobiliser l'opinion mondiale sur cette cause? Que les plus éthiques sur ce domaine m'expliquent.

Le mot "écologie" est en train de subir le même sort que celui de "démocratie". Il y aura d'une part, les vrais écolos, censeurs devant l'éternel, et d'autre part, les polluants, qu'on sermonera, taxera. Et, qui sait, peut-être assistera t-on à un droit d'ingérence écologique. Militairement, on installera des gouvernements écolos dans les pays sous-développés. Pour le bien de l'Humanité. Nous n'avons qu'une planète en partage.

 

La planète, notre bien commun...?

 

Je rappelle des chiffres que tout le monde connait. L'an dernier, les 1 % les plus riches ont empoché 82 % des richesses créées, alors que les 3,7 milliards de personnes qui forment la moitié la plus pauvre de la planète n’en ont rien vu. Dit comme ça, on passe à côté de l'essentiel, on zappe ce que signifie concrètement vivre ici bas en étant "rien",  en ayant "rien'', on ne se représente pas la vie de ces milliards de personnes.

 

Et pendant qu'une infime partie de la population détient la presque totalité de la richesse, le journal Le Monde continue de faire la publicité de ces personnalités alerteuses sur le climat, la démographie en Afrique....Oui, c’est vrai que depuis 2000 mille ans, c’est ça le problème.


Dans un monde aussi foncièrement inégal, prétendre que nous avons la planète en partage est un leurre. Nous ne vivons guère dans le même monde. Nous n'appartenons même plus à la même espèce, n'en déplaise à quelques idéologues.

 

Ce n'est pas avec la pensée écologique que de telles inégalités pourront être abolies. Ce n'est pas avec l'écologie qu'on perçoit une proposition affirmative universelle rompant avec le capitalisme actuel.


Bien sûr, il faut que l'Homme, grâce aux progrès de la science et de la technique, vive en intelligence avec ce qui l'entoure. Qu'il sache enfin, qu'en tant que maître et possesseur de la nature, la tâche lui revient de faire ce qui est dans son possible.


Ne pas se déclarer "écologiste" ne veut aucunement dire qu'on est anti-écologiste, pro-nucléaire ou qu'on n'a aucune prise de conscience. Se déclarer "écologiste" n'a rien de criminel non plus, c'est même en un certain sens respectable...mais, là où l'écologie commence un peu à nous emmerder, à être une véritable sécrétion libérale, c'est lorsqu'elle veut se prendre pour ce qu'elle n'est pas, ne peut pas être ou ne doit pas être: une urgence, une alternative au capitalisme, l'horizon de la politique.


- Une urgence. Rien de solide ne se bâtit dans l'urgence. Ce n'est pas en secouant un comateux dans tous les sens qu'on le sortira de ce profond sommeil. Demain, le monde sera écologique comme il est aujourd'hui démocratique, sera t-il pour autant délivré des intérêts privés, de la concurrence effroyable, de la recherche du gain, et de la négation de toute une partie de l'humanité? Rien n'est moins sûr.Les urgences en politique  ne sont jamais désintéressés. L'urgence d'intervenir en Irak, l'urgence de tuer Kadhafi, l'urgence de la décolonisation, l'urgence de l'aide au développement, l'urgence humanitaire.....et maintenant, patatras! l'urgence écologique. Qui décrète l'état d'urgence?

- Une alternative au capitalisme. J'ai déjà démontré, je le crois, que l'écologie est le surmoi du capitalisme. Ou, si on veut changer de registre langagier, une sécrétion bourgeoise, un occidentalo-centrisme.Bien de multinationales capitalistes sont d'ores et déjà engagés dans la transition écologique, certaines financent de bon cœur des projets et recherchent sur les énergies renouvelables et le monde propre de demain. L'écologie ne sera même pas une garantie contre le productivisme d'antan. Il y a le productivisme vert.

-L'horizon de la politique.Dans un monde aussi inégal, violent, impérialiste, raciste malgré l'abolition du mot race dans quelques charitables constitutions, dans un monde aussi concurrentiel, et donc insolemment discriminatoire, dans un monde aussi injuste où des millions de congolais peuvent crever dans l'indifférence planétaire tandis qu'une vingtaine de parisiens assassinés, eux, mobilisent les larmes et l'attention de la planète....dans un monde aux fondements néolithiques, l'horizon de la politique ne peut pas être de rester dans le néolithique. L'horizon de la politique doit être l'émancipation des masses dans les quatre coins du monde, l'abolition de la propriété privée responsable des inégalités, et des injustices les plus meurtrières. L'horizon de la politique doit s’élever au dessus du capitalisme. Et s'élever au dessus du capitalisme n'est pas une mince affaire. Karl Marx et bien d'autres avant lui ont commencé le travail. Il faut le poursuivre.

                                                                                            
Il faut réveiller le communisme. Non pas celui de Pierre Laurent ou de Xi Jinping.  Il faut réveiller l'idée selon laquelle le monde doit être et peut être organisé autrement que sur les valeurs divines de la propriété privée, la concurrence, le profit, les inégalités indépassables ou nécessaires, les nationalismes vigoureux. Que les masses, les intellectuels, partout dans le monde, soient confortés d'abord sur ce point.

 

Sans communisme, point d'avenir en commun. Il faut nommer la bête du capitalisme, c'est déjà un grand pas.

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