Djordje Kuzmanovic, cette figure insoumise de la droite extrême

En Février 2018, c'était dans les colonnes de Causeur que le notable Insoumis était allé répandre son affection pour le sort économique de l'Afrique en disant que: "L'immigration économique est d’abord un drame pour les pays d’origine". Septembre 2018, les élections européennes arrivant à grand pas, Kuzmanovic récidive. Où va la France Insoumise? A droite!

                                                Cette gauche nationaliste et franchouillarde 

Quelle interview!

D'emblée, le journaliste de l'Obs pose une question formidable au porte-parole de la France insoumise pour les questions internationales:

- "En Allemagne, Sahra Wagenknecht dit vouloir en finir avec la "bonne conscience" de la gauche sur l'immigration. Qu'est-ce que la "bonne conscience"?" Oui, qu'est-ce que cette histoire de bonne conscience?

l'Insoumis réponds: 

- "Sur la question migratoire, en particulier, la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires, qui risquent de s’accentuer encore du fait des catastrophes climatiques. Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut "accueillir tout le monde", il s’agit d’aller à l’encontre des politiques ultralibérales – ce que la social-démocratie a renoncé à faire. "

Bien, monsieur Djordje Kuzmanovic ne répond pas exactement à la question, à savoir qu'est ce que "la bonne conscience"? Il ne répond pas à cette question, parce que "bonne conscience", sous des airs de sincérité, de véracité, de réalisme, est un pur élément de langage. Il s'agit de faire croire qu'avant nous, c'était des sentimentalistes, mais avec nous, ça sera tout autre chose.

Et parlant de cette bonne conscience de gauche, on ne peut ne pas convoquer le passé du chef des Insoumis, son long passé au camp socialiste, ce camp qui avait déjà reconnu en 1984 que : " Le Front nationale pose des bonnes questions, mais leur donne de mauvaises réponses." Fabius avait-il bonne ou mauvaise conscience?

Pour Djordje, il faudrait donc que la Gauche prêche clairement l'immigration zéro, puisqu'il s'agit d'assécher les flux migratoires. Que cette Gauche n'ait pas peur de prêcher la même chose que Marine Le Pen. Faut arrêter avec la bonne conscience....le FN pose des bonnes questions.

Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut "accueillir tout le monde". Mais, monsieur l'Insoumis, la gauche n'est pas si molle que vous voulez nous faire croire, elle n'est pas si bonne conscience, elle n'a jamais "accueilli tout le monde". Qui, dans la gauche, du moins celle qui a déjà eu à gouverner, et donc celle de Mélenchon, a défendu qu'il fallait accueillir tout le monde? Personne. Au contraire, cette gauche a crée en 1984 les Centre de rétention administrative. 

Certes, en 1981,  on peut parler de bonne conscience de gauche, lorsque Mitterand va régulariser, dans la foulée de sa victoire, 130.000 sans-papiers.  Décision tout à fait calculée. Avant lui, sous Giscard, le gouvernement de Raymond Barre, à la recherche de solutions pour endiguer le chômage, avait tenté d'organiser le retour de plusieurs centaines de milliers de travailleurs algériens dans leur pays. 

Trois ans après cette régularisation massive, la Gauche fera voter une sévère loi sur l'immigration. Au-delà des polémiques politiciennes, ce à quoi on assiste en France à chaque fois qu'il s'agit d'immigration, c'est le bal des faux culs. La Gauche a démontré depuis longtemps, sur cette histoire d'immigration, que rien ne la distinguait de la Droite. Mais il ne profite électoralement, ni à la Droite, ni à la Gauche de dire qu'on se ressemble, qu'on est pareil. 

 

Perdu dans les nuages

Un peu loin dans l'interview, le journaliste questionne encore le candidat aux européennes:

- "Est-ce que l’idée que l’on tarira les migrations en aidant au développement des pays en difficulté n’est pas utopique ? Le journaliste Stephen Smith, par exemple, assure que l’aide au développement, dans un premier temps, rend les populations plus mobiles…".  Stephen Smith, le fameux spécialiste de l'Afrique incontournable dans les rédactions parisiennes, qui a rédigé un livre hautement idéologique, sous couvert de statistiques.

Réponse de l'Insoumis:

- "L’aide au développement, aujourd’hui, s’inscrit dans le cadre des politiques économiques dominantes. Elle peut, dans certains cas, favoriser l’émigration des populations les plus éduquées. C’est pourquoi nous proposons un tout autre paradigme : le protectionnisme solidaire. Les pays les plus pauvres ne peuvent pas se développer si leurs richesses économiques sont pillées par des multinationales, s’ils sont écrasés par les dettes illégitimes, si leurs classes moyennes émigrent vers des pays plus riches et si leurs industries sont entièrement orientées vers des marchés extérieurs."

Là aussi, je voudrais quand même signaler que Mélenchon ne cache pas son amour pour Mitterand. Et Mitterand, c'est quand même l'homme de la Baule. C'est à la Baule que Mitterand était allé vanté l'aide au développement de la charitable France. Il disait aux dirigeants africains:

Permettez-moi quelques rappels simples. La France est toujours le premier des pays industriels avancés dans l'aide aux pays en voie de développement. Le premier, nettement, devant tous les autres. C'est vrai que des pays comme le Canada ou l'Allemagne font un effort tout à fait estimable. Mais, c'est vrai que d'autres grandes puissances restent à quelque distance et même parfois à une longue distance. Notre aide à l'Afrique en 1990 est supérieure à celle de 1989 qui, elle-même, était en accroissement par rapport aux années précédentes [...] La France fait son devoir."

Bien! Les temps ont changé. Le mittérandien Mélenchon parle maintenant de protectionnisme.....comme Trump, avec cette différence toute amusante, que lui, en bon socialiste dans l'âme ajoute: Protectionnisme solidaire.

Djordje Kuzmanovic veut assécher les flux migratoires....pour un protectionnisme solidaire. Prolétaires de tous les pays, nous vous aimons bien, mais restez chez vous, voilà la France insoumise.  

"Les pays les plus pauvres ne peuvent pas se développer si leurs richesses économiques sont pillées par des multinationales, s’ils sont écrasés par les dettes illégitimes, si leurs classes moyennes émigrent vers des pays plus riches et si leurs industries sont entièrement orientées vers des marchés extérieurs."...ça c'est du baratin!  Qu'est-ce qu'il appelle "richesses économiques", classes moyennes", "leurs industries" ? Les pays les plus pauvres, à l'instar de la Centrafrique, n'ont précisément pas de richesses économiques, ils ont un sous sol riche, qui a fait les beaux jours de Giscard....il n' y a pas que les multinationales pilleuses,  il y a au départ, les Etats, leurs armées. Il n'y a pas d'industrie en Centrafrique, du moins celle qu'on retrouve, sont pour la plupart des succursales de multinationales. Un Protectionnisme solidaire, ça, c'est le privilège de certains Etats bourgeois.

Croire qu'après des siècles de pillage, d'accumulation, d'inégalités mondiales (Etats-Maîtres et d'Etats-Esclaves), qu' il suffira de l'idéologie protectionniste pour développer les pays pauvres, c'est pure fiction.

Quant à la fameuse "classe moyenne" des pays pauvres, je ne demande qu'à voir....Et puis, si elle existe,  ce monsieur Djordje croit-il que ça change quelque chose qu'elle soit dans les pays pauvres d'origine ou dans son pays ou son Europe?  Les classes moyennes sont occidentalisés. Celles qui peuvent consommer consommeront les marchandises qui viennent d'ailleurs...Elles auront donc beau rester sur place, la saignée persistera.

Si les Insoumis croient qu'ils pourront plier le genou du capitalisme avec leur égoïsme solidaire, je leur souhaite bon vent.

Monsieur Djordje ajoute: "Cette vision rejoint celle de l’anti-impérialiste burkinabè Thomas Sankara : il faut protéger son pays, son économie, non pas dans une logique de repli sur soi, mais dans une perspective internationaliste, de respect et d’égalité entre les nations, qui a longuement été défendue par la gauche."  ça y est, il a parlé de Sankara. La messe est dite!

Thomas Sankara est un respectable monsieur. Un militaire. Il faudrait contextualiser sa lutte, ses prises de positions. t il ne faudrait pas donner à celle-ci une valeur qu'elle n'ont pas. L'anti-impérialisme n'est pas une vision. C'est une réaction. L'impérialisme par contre, ça c'est une vision. Une vision, c'est une force affirmative. L'anti-impérialisme, est une force défensive. Il faut donc pas tout confondre. L'Afrique ne se construira pas sur l'anti-impérialisme...il lui faut une affirmation positive. 

Il faut protéger son pays? De quoi? (la peste ou le choléra?) Contre qui? (migrants et capitalistes?)....Que la Gauche Insoumise nous dise, de quoi il faut protéger son pays? Son économie? Pardonnez cher monsieur, mais tout le monde ne s'appelle pas les USA, la France, l'Italie...Certains n'ont rien à protéger. Leur économie ne vaut strictement rien comme l'économie du Niger, là où Areva se ravitaille.

Le tour de force langagier de ce monsieur c'est de dire qu'il faut se protéger non dans une logique de repli sur soi, mais dans une perspective internationaliste...concrètement ça veut dire quoi? Politiquement? Stratégiquement? C'est quoi cette perspective internationaliste nationaliste? On veut assécher le robinet migrant, la source migrante....pour construire depuis les réseaux sociaux la belle idée internationaliste, c'est ça?

 

 La gauche, la gauche, la gauche, la gauche....

Autre question du journaliste:

- Est-ce qu’en déployant la rhétorique du "surnombre", en faisant le lien entre chômage et migration, on n’entre pas sur un terrain favorable à l’extrême droite ?

Le marxiste protectionniste-solidariste répond superbement: 

Cette accusation est absurde. Elle émane d’une partie de la gauche - celle que je dénonçais tout à l’heure - qui a oublié les discours de Jaurès dans le "socialisme douanier" par exemple ! Lorsque vous êtes de gauche et que vous tenez sur l’immigration le même discours que le patronat, il y a quand même un problème… Ce que nous disons n’a rien de nouveau. C’est une analyse purement marxiste : le capital se constitue une armée de réserve. Lorsqu’il est possible de mal payer des travailleurs sans papiers, il y a une pression à la baisse sur les salaires. Cette analyse serait d’extrême droite ? Vous plaisantez. 

Débusquons le sophiste.

Le journaliste a posé une question. C'est absurde d'y voir une accusation. Quel sacré bluffeur notre Insoumis. Elle émane d'une partie de la gauche...Laquelle? Celle qui n'a jamais été au pouvoir? En tout cas ce n'est pas la gauche de Mélenchon. Lui, il a toujours appartenu à la bonne gauche du moment, tel un bon dribbleur responsable. 

Lorsque vous êtes de gauche et que vous tenez sur l’immigration le même discours que le patronat, il y a quand même un problème....Non monsieur le fondamentaliste, et là encore, on peut demander, qu'est-ce qu'être des gauche?  Ce que nous disons n’a rien de nouveau. C’est une analyse purement marxiste....Sans doute une analyse marxiste. Mais ce n'est pas ça le point de vue de Marx. Marx n'était pas un Insoumis, c'était un communiste. Et le Communisme, c'est sa force, ne se cache derrière son petit doigt. Le communisme de Marx est internationalistes: "Les prolétaires n'ont pas de patrie". ça veut tout dire. Libre à Djordje d'entretenir maintenant la confusion entre le discours ou le but du patronat sur les travailleurs immigrés, et celui de Karl Marx.

Par ailleurs, le capital dans un monde incroyablement mondialisé, n'a pas pas besoin d'attendre quelques malheureux sans papier pour baisser les prix. Le capital, par les délocalisations, va à la rencontre des travailleurs des pays du Sud pour trouver une main d'oeuvre bon marché. Le capital n'a vraiment pas besoin de sans- papiers pour faire son armée de réserve. Le capital n'est pas nationaliste....il bouge partout. Mais puisqu'il y a des sans papiers, des gens à exploiter, il ne va pas se faire prier...Actuellement, la logique des salaires est plus impacté par le phénomène macroéconomique des délocalisations que celui des "sans-papiers". Car si ce n'est qu'une histoire de "sans-papiers", la solution est vite trouvée.

 

Alors que préconisez-vous de faire ? Le programme de La France insoumise prévoit de "refuser la militarisation" des frontières de l’Europe… 

Le futur député répond:

-Nous sommes contre la traque des migrants : c’est une grande différence avec l'extrême droite.

Vous avez donc tous lu la grande différence qui oppose l'extrême droite et les révolutionnaires, écolo, Insoumis de gauche ? Et ça dénonçait la bonne conscience tout à l'heure. Si vous prônez l'immigration zéro comme l'extrême droite, et que vous croyiez vraiment à ce que vous dites, il n'y a aucune raison de ne pas passer à la traque des migrants....sinon la raison de la bonne conscience.

 

Maintenant, je vais faire un petit exercice de composition, je vais mettre côte à côte trois bouts de phrases d'un même paragraphe de notre Insoumis:

-  ...il faut engager une régularisation massive des sans-papiers;  il faut engager une régularisation massive des sans-papiers ; On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. 

La soumission à Loi des Insoumis est formidable. Quel est donc cet étrange étranger qui ne pourra ni faire partie de la masse des sans papiers qu'on régularisera, ni du cortège ds réfugiés...et dont il faudra vite se débarrasser rapidement  ?  Le rapidement ici sert à prouver qu'on est pas de cette gauche bonne conscience...qu'on peut faire le job aussi bien que l'extrême droite, donc au lieu de voter pour ces fascistes, voter pour nous les patriotes.

 

Jean Luc Mélenchon a quand même tenu à préciser à l'Obs que "son conseiller" donnait son point de vue personnel sur l'immigration....ça y est, on s'est offert un gilet par balles.

 

 

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